GRÈCE : MALGRÉ LA COLÈRE POPULAIRE, LE PARLEMENT VOTE DE NOUVELLES MESURES D’AUSTÉRITÉ

| De notre correspondante à Athènes | vendredi 19 mai 2017

C’est une nouvelle cure de rigueur que le Parlement grec a votée dans la nuit de jeudi à vendredi. Athènes s’est engagée auprès de ses créanciers à économiser près de 5 milliards d’euros. Dans la rue, les Grecs se mobilisent contre Alexis Tsipras.

 

Par Marina Rafenberg

 

« C’est un quatrième mémorandum qui va nous mener à la pauvreté », crie au micro un syndicaliste aux manifestants qui se sont rassemblés jeudi soir sur la place Syntagma. Face à eux, le Parlement, dans lequel sont réunis les députés qui s’apprêtent à voter de nouvelles mesures d’austérité.

« Nos dirigeants sont les esclaves des créanciers, ils ne pensent pas au peuple grec qui s’enfonce dans la misère ! », s’indigne Dimitris, 79 ans, qui touche une retraite de 720 euros et ne se résout pas à une nouvelle baisse de sa pension.

Certains manifestants brûlent des drapeaux du Syriza, le parti du Premier ministre grec Alexis Tsipras. « Il nous a déçus. Finalement, il est comme les autres, il a cédé et maintient une politique d’austérité ! », regrette Sakis, un journaliste au chômage. « Si des élections étaient organisées maintenant, Tsipras ne ferait plus que 10% », pronostique-t-il.

Mercredi, Sakis a participé au défilé organisé lors de la grève générale lancée par les syndicats. Métro, bus, tramway ont fonctionné au ralenti, comme les hôpitaux grâce au personnel d’astreinte, les bateaux sont restés à quais et les écoles fermées.

Malgré la colère, le Parlement grec a voté tard dans la soirée de jeudi les réformes devant dégager 4,9 milliards d’euros d’économie. Le gouvernement grec s’y était engagé lors de l’Eurogroupe du 7 avril à Malte afin de débloquer un nouveau prêt dont Athènes a besoin d’ici le mois de juillet pour éviter la faillite.

Les mesures votées contiennent notamment une nouvelle réforme des retraites, la quatorzième en sept ans. Dès 2018, les retraites de plus d’un million de retraités (sur 2,6 millions) vont encore baisser jusqu’à 18%. D’après les chiffres officiels, elles ont déjà diminué en moyenne de 40% depuis le début de la crise. De nouvelles hausses d’impôts et des cotisations sociales sont également prévues.

Selon le gouvernement grec, cette énième cure de rigueur doivt ouvrir la voie à un allègement de sa dette, qui atteint 179 % du PIB.

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GRÈCE : LA PREMIÈRE MOSQUÉE OFFICIELLE D’ATHÈNES N’EST PAS LA BIENVENUE

| De notre correspondante à Athènes | lundi 15 mai 2017

Athènes est la dernière capitale de l’Union européenne sans mosquée officielle et les musulmans désespèrent de voir leur lieu de culte inauguré. Promise par le gouvernement pour le mois de mai, l’ouverture a désormais été reportée à la fin de l’été. Reportage.

 

Par Marina Rafenberg

À Eleonas, dans la banlieue ouest d’Athènes, rien ne laisse entrevoir qu’une mosquée va être érigée au milieu des entrepôts et des stations essences. Des tôles et des barbelés empêchent d’apercevoir le bâtiment et l’avancée des travaux. Aucun minaret ne flanque l’édifice. Seuls des graffitis contre la construction de la mosquée et des petites croix en bois permettent de situer le futur lieu de culte. « Non à la mosquée », « Vive l’orthodoxie », peut-on lire sur les murs de l’entrée du chantier.

Athènes est la seule capitale européenne où il n’y a aucune mosquée officielle, alors même que la population musulmane s’élève à plus de 200 000 personnes et s’agrandit avec l’arrivée de réfugiés de Syrie, d’Afghanistan ou du Pakistan. Seule la Thrace, au Nord-Ouest du pays, possède des mosquées et des cimetières musulmans. Une importante minorité turque y vit.

La construction d’une mosquée à Athènes est un projet qui remonte à une dizaine d’années. « Depuis 2006, je me bats pour qu’on ait une mosquée, mais ma patience commence à s’épuiser », se désole Naim Elgandour, le président de l’association musulmane de Grèce. « Il est tout à fait légitime d’avoir une mosquée comme dans toutes les autres capitales européennes. Mais nous avons eu droit à des mensonges à répétition, à un manque de volonté politique. Encore récemment, le ministère de l’Enseignement et des Cultes nous avait promis que la mosquée serait prête en avril pour nous annoncer quelques semaines plus tard que son fonctionnement n’était prévu qu’en août… »

UNE MOSQUÉE À PARTAGER ENTRE SUNNITES ET CHIITES

« Les travaux de la mosquée devraient se terminer autours du 15 mai, mais son fonctionnement ne sera pas immédiat, car il faut d’abord décider de la manière dont elle sera gérée », explique Giorgos Kalantzis, le secrétaire général aux Cultes. « L’imam doit notamment être choisi lors d’un conseil administratif composé de cinq représentants de la communauté musulmane et du ministère de l’Éducation et des Cultes, mais ses membres n’ont pas encore été désignés. »

La majorité des musulmans d’Athènes sont sunnites, mais il faut que les chiites puissent aussi avoir un lieu de culte. Même si l’imam officiel de la mosquée sera sunnite, les chiites pourront décider d’avoir un autre imam. La mosquée sera un lieu géré par l’État qui pourra décider de louer la salle aux différentes tendances de la religion musulmane.

Ce n’est qu’à partir de 2013 que le projet de la mosquée a été relancé. Le 4 août 2016, le Parlement grec a finalement voté un amendement qui doit permettre la construction du lieu de culte à Eleonas. La mosquée devrait faire 500 m² pour une capacité d’accueil de 400 fidèles. Son coût est estimé à 946 000 euros et tous les frais sont couverts par l’État.

L’OPPOSITION DES HABITANTS DU QUARTIER

Après cinq appels d’offres, c’est donc le site d’Eleonas, quartier moins résidentiel qu’industriel, qui a été retenu. Mais il ne fait pas que des contents dans les environs. Des rassemblements regroupant habitants du quartier, militants du parti néo-nazi Aube dorée et représentants de l’Église orthodoxe ont déjà été organisés à plusieurs reprises.

Dans une station essence, près du chantier, Stavros ne mâche pas ses mots : « Cette mosquée ne va nous apporter que des problèmes. Déjà qu’entre musulmans, entre sunnites et chiites, ils ne s’aiment pas… J’ai peur que cela ne crée des bagarres, que ce quartier ne soit plus tranquille, qu’il se remplisse de réfugiés et de migrants ». Son ami Andreas, pompiste, ajoute : « Les habitants des alentours et les commerçants ne veulent pas de la mosquée, nous allons recueillir des signatures pour qu’elle n’ouvre pas. On aurait dû être consultés davantage par le ministère ».

Devant l’université d’Agriculture, Kostas, la vingtaine, se montre plus mesuré : « Il y aura toujours des gens pour s’opposer à la construction d’une mosquée dans leur quartier, mais les musulmans de notre pays ont droit à un lieu de culte. Eleonas n’est pas un quartier d’habitations, il y a beaucoup de friches industriels, la fac, ce n’est pas comme si c’était en plein centre d’Athènes. Il n’y aura pas d’appel à la prière, pas de minaret, donc je ne vois pas où est le problème ».

L’ENJEU DE LA LÉGALISATION DES MOSQUÉES NON-OFFICIELLES

En attendant l’ouverture de la mosquée, les musulmans pratiquants doivent prier dans des mosquées cachées dans des entrepôts ou des sous-sols. « Actuellement, il y a 70 salles de prières à Athènes, non officielles, qui doivent justement se doter auprès du ministère d’un permis de fonctionnement », affirme Giorgos Kalantzis. « Il faut que ce soit des lieux sûrs, avec des sorties de secours adaptées, des extincteurs, etc. Les lieux qui n’auront pas eu de permis du ministère devront fermer. »

À Kalithea, quartier où de nombreux Égyptiens résident depuis des années, plusieurs salles de prières n’ont pas encore reçu le fameux permis du ministère. Ali n’avait pas connaissance du lieu de construction de la future mosquée. Il assure que, de toute façon, il n’ira pas jusqu’à Eleonas pour prier, il veut continuer de pouvoir aller à sa salle de prière près de chez lui.

Le responsable de sa salle de prière, un Égyptien qui habite en Grèce depuis dix ans, d’abord réticent, finit par s’exprimer sur le sujet : « Nous sommes en négociations avec le ministère pour avoir un permis. Une seule mosquée pour 300 personnes ne suffira pas. Dans la capitale, on compte environ 300 000 musulmans. Il faut d’autres lieux de culte pour les accueillir », affirme-t-il. « D’ici quelques semaines, nous devrions avoir le permis pour continuer à faire fonctionner notre salle de prière, mais nous irons tout de même par curiosité voir la nouvelle mosquée quand elle ouvrira. »

En Grèce, le grand désarroi des retraités

Les syndicats se mobilisent mercredi contre les nouvelles mesures d’austérité et une énième réforme des retraites.

LE MONDE ECONOMIE | 16.05.2017 à 10h59 • Mis à jour le 17.05.2017 à 06h42 | Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim)

« Notre futur est incertain. Chaque année, de nouvelles baisses des pensions de retraites et de nouveaux impôts nous tombent dessus. Nous ne savons pas combien de temps nous allons encore pouvoir vivre sur nos économies », constate, amer, Costas Theodorakopoulos, 70 ans.

Lire aussi :   Accord surprise entre la Grèce et ses créanciers à l’Eurogroupe

La Grèce et ses créanciers – Banque centrale européenne (BCE), Mécanisme européen de stabilité (MES) et Fonds monétaire international (FMI) – ont conclu, le 7 avril à Malte, un accord prévoyant de réduire les dépenses du pays de l’équivalent de 2 % du produit intérieur brut (PIB) entre 2019 et 2020. Il s’agit de réaliser plus de 3,6 milliards d’euros d’économies.

Pour protester contre ce nouveau train d’austérité, les syndicats du privé et du public ont appelé à une grève générale de 24 heures mercredi 17 mai. Car pour tenir cet objectif d’économies, le Parlement grec doit voter, jeudi, une énième réforme des retraites : la quatorzième depuis 2010.

La pension moyenne a chuté de 40 % depuis 2010

« Pour nos dirigeants, il est plus facile de couper dans nos pensions que de trouver de l’argent en luttant contre la corruption et l’évasion fiscale ! Mais, les retraités ne doivent pas être les sacrifiés de cette crise économique, il faut que le gouvernement fasse des économies ailleurs ! », déclare M. Theodorakopoulos, qui tenait jusqu’à ses 68 ans une pépinière à Egaleo, dans la banlieue est d’Athènes.

Après quarante-quatre années de cotisations, il devrait percevoir une retraite de 900 euros par mois, mais il est toujours dans l’attente de la liquidation de son dossier pour pouvoir commencer à toucher pleinement sa pension. « Seule une avance de 500 euros par mois m’est allouée pour le moment », explique-t-il, excédé par les retards pris par l’administration.

Selon les chiffres officiels fournis par le ministère grec des finances, dans sa base de données Helios, la pension moyenne en Grèce s’élève à 833 euros ; un montant qui a chuté de près de 40 % depuis 2010. L’épouse de M. Theodorakopoulos, Eleni, fonctionnaire à la retraite depuis sept ans, a vu sa pension fondre de 1 200 euros par mois à 850 euros.

« J’ai l’impression d’avoir été floué ! »

« Nous faisons des économies sur l’essence, le chauffage, les sorties, les vacances… Mais nous devons tout de même aider notre fille de 30 ans, au chômage depuis plus d’un an et sans allocation ! », raconte l’ancien pépiniériste.

En Grèce, où 24 % de la population active et près d’un jeune de moins de 30 ans sur deux sont sans emploi, la moitié des ménages compte sur la retraite de leurs parents ou grands-parents pour vivre, selon Savvas Robolis, professeur à l’université d’Athènes Panteion, spécialisé sur les questions de sécurité sociale.

Konstantinos Lionas, 72 ans, aide lui aussi son fils, qui, après la faillite de son entreprise, doit éponger des dettes importantes. « En sept ans, ma retraite de commerçant est passée de 1 660 euros à 1 080 euros. Et je ne suis pas le plus mal loti. Comme je suis propriétaire, au moins je ne crains pas de me faire expulser de mon logement. Mais je trouve aberrant de devoir subir encore une nouvelle baisse de mes revenus dans les années à venir comme le prévoit le dernier accord signé par le gouvernement avec les créanciers… J’ai travaillé toute ma vie depuis mes 12 ans, cotisé pour profiter de mes vieux jours, j’ai l’impression d’avoir été floué ! », s’exclame cet Athénien en colère.

D’après l’association Réseau principal des retraités, les nouvelles mesures, qui doivent être votées par le Parlement jeudi, prévoient la diminution en moyenne de 18 % du montant des pensions pour près d’un million de retraités.

« Nous nous enfonçons dans la misère »

En mai 2016, le gouvernement du premier ministre Alexis Tsipras avait déjà passé une réforme de retraites contestée. Cette loi prévoit de repousser l’âge du départ de 62 à 67 ans d’ici à 2022 ; les cotisations sociales pour les professions libérales, les indépendants et les autoentrepreneurs ont été augmentées considérablement et l’allocation de solidarité EKAS pour les retraites inférieures à 700 euros doit être progressivement supprimée d’ici à 2019.

A 95 ans, Christos Papazoglou, pâtissier à la retraite, comptait bien sur la centaine d’euros de cette aide. « Actuellement, je ne touche que 665 euros par mois et je dois en même temps payer près de 200 euros d’eau, d’électricité, de téléphone, d’impôts… et subir en plus l’augmentation de la TVA sur tous les produits, même alimentaires », soupire le vieil homme, qui, malgré son âge avancé, compte faire le déplacement depuis sa Crète natale pour participer à la manifestation contre les nouvelles mesures d’austérité.

« Il faut continuer à se mobiliser, nous nous enfonçons dans la misère. J’ai connu la guerre et je ne pensais pas un jour revivre des situations d’appauvrissement comme celle que nous vivons aujourd’hui ! », soutient M. Papazoglou, qui fait des économies sur tout. « Imaginez-vous qu’il m’arrive de m’éclairer à la bougie certains soirs ! », lance-t-il.

« Nos retraites ne servent qu’à survivre ! »

Pour Olga Lappas, 82 ans, impossible de protester mercredi. Sa santé l’en empêche. « Honnêtement, nous ne suivons même plus les baisses de retraite, mais de mois en mois ça devient de plus en plus difficile », note cette ancienne assistante sociale, qui vit dans la banlieue nord d’Athènes et dont la pension a été réduite de 30 % depuis le début de la crise.

Lire aussi :   L’économie grecque toujours en récession

« Nous avons diminué toutes nos dépenses, mais pas celles indispensables à notre santé. Les rendez-vous chez les médecins, les déplacements en taxi, les médicaments, tout cela n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. Nous sommes obligés d’aller dans le privé car sinon il faut attendre des mois pour obtenir un rendez-vous. Quant à la personne qui vient nous aider à domicile, nous la payons de notre poche faute d’aide de l’Etat », explique-t-elle avant d’arriver à ce triste constat : « Actuellement, nos retraites ne servent qu’à survivre ! »
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/05/16/en-grece-le-grand-desarroi-des-retraites_5128288_3234.html#uwsBg6VVgv6CHeYZ.99

GRÈCE : DÉBORDÉS ET PLUS PAYÉS, LES SERVICES D’ASILE SONT EN GRÈVE

| De notre correspondante à Athènes | jeudi 6 avril 2017

Les contractuels des services d’asile grecs, embauchés après la fermeture de la « route des Balkans », se sont mis en grève. Ces derniers ne sont plus payés depuis des mois et ne peuvent pas traiter correctement les demandes des réfugiés, faute de moyens suffisants.

 

Par Marina Rafenberg

Quelque 300 employés contractuels ont été embauchés par les services d’asile grecs depuis la fermeture de la « route des Balkans ». Mais, impayés depuis plusieurs mois, ces derniers se sont mis en grève mercredi, pour 48 heures. Ils ont aussi organisé un rassemblement devant les bureaux du ministre de l’Immigration, Ioannis Mouzalas, qui a reçu leurs représentants.

Une soixantaine de contractuels n’ont pas été payés depuis novembre et près de 260 depuis janvier-février. Les demandeurs d’asile qui avaient rendez-vous ces derniers jours pour que leurs cas soient étudiés se sont donc retrouvés en face d’effectifs réduits et les entretiens ont parfois été reportés de plusieurs mois.

Ahmad, un Syrien de 26 ans arrivé sur les côtes grecques avant la mise en œuvre de l’accord UE-Turquie le 20 mars 2016, a demandé l’asile en Grèce en septembre dernier et obtenu un entretien le 4 avril. Mardi, à 14h, une employée lui a appris qu’il n’y avait pas de traducteur disponible. Ahmad a rétorqué qu’il pouvait parler en anglais et ne souhaitait pas disposer de son droit à un traducteur. Mais il va falloir qu’il revienne le 11 août prochain pour son entretien. Légalement, la Grèce doit étudier dans un délai de neuf mois maximum les demandes d’asile des réfugiés arrivés dans le pays.

« Les services d’asile manquent de personnels et surtout de traducteurs, ce n’est pas si évident de trouver des personnes qualifiées parlant bien grec et arabe », concède-t-on au ministère de l’Immigration. « Nous avons embauché des gens récemment, mais pas encore assez. Il y a des mois, l’EASO, le Bureau européen d’appui en matière d’asile, avait promis de nous envoyer des renforts, mais nous les attendons toujours. »

Lors de la mise en place de l’accord UE-Turquie, les pays européens avaient promis de soutenir la Grèce, notamment dans les îles, pour aider le pays à traiter les demandes d’asile au plus vite. Selon la Commission européenne, 4000 spécialistes, parmi lesquels des traducteurs, devaient être déployés. Dans les faits, seul un quart d’entre eux sont arrivés.

GRÈCE : AVEC LA CRISE, LES HÉRITIERS PRÉFÈRENT RENONCER AUX SUCCESSIONS

| De notre correspondante à Athènes | samedi 15 avril 2017

Quand on accepte un héritage, on prend l’actif et le passif : en Grèce, les successions comprennent bien souvent des dettes non réglées aux banques, au fisc ou à la Compagnie d’électricité. Les héritiers se méfient aussi du nouvel impôt foncier imposé par les créanciers du pays. Du coup, beaucoup préfèrent renoncer aux successions.

 

Par Marina Rafenberg

D’après le Syndicat des notaires grecs, les héritiers sont de moins moins nombreux à pouvoir assurer les frais de succession d’un parent décédé. Les plus pauvres ne peuvent pas payer l’impôt foncier (Enfia) exigé par les créanciers du pays depuis 2012 et qui a commencé à être effectivement prélevé en 2014. L’une de ces méthodes consiste à faire passer l’héritage à la génération suivante. Par exemple, un fils se démet de son héritage au profit de son propre fils. Une façon d’éviter de nouveaux frais à payer à la seconde succession. Cette tactique permet aussi de diminuer l’impôt sur la fortune de l’héritier.

Autre problème que remarquent les notaires : lorsqu’il y a plusieurs héritiers pour une propriété, ces derniers préfèrent bien souvent renoncer à l’héritage pour ne pas avoir à payer de frais, surtout si le bien ne représente pas un grand intérêt économique.

Avec la crise, de nombreux héritages comprennent aussi les dettes que parents et grands-parents ont accumulées. Il est donc de plus en plus fréquent de voir des personnes refuser des héritages pour ne pas avoir à rembourser des sommes importantes auprès des banques, du fisc, des compagnies d’eau et d’électricité.

Or, si ni les enfants, ni les petits-enfants, ni les cousins germains n’acceptent l’héritage, le bien revient automatiquement à l’État. Il arrive parfois que dix personnes d’affilée refusent l’héritage. Pourtant, les droits de succession ne sont pas très élevés en Grèce, surtout en comparaison avec d’autres pays européens : pour une succession d’une valeur de 500 000 euros, les frais s’élèvent à 11 500 euros pour des parents du premier degré (enfants, parents) et à 63 500 euros pour le second degré (frère, sœur, cousins).

With art and sport, young refugees build new lives in Greece

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ATHENS (AFP) –

Jawad Ahmadi, an 18-year-old Afghan, reached the island of Lesbos a year ago with his older brother and cousin, believing Greece would be just a temporary stop on his way to Germany.

But just as he arrived, Europe’s borders were shut, leaving him stuck in Greece and curtailing his European dream.

“For eight months, every day, I woke up without knowing what I was going to do that day,” Ahmadi says. “I was going crazy.”

But four months ago, Ahmadi made his way to the Athens offices of the Greek Forum of Migrants and began Greek language lessons.

Now, in addition to the language classes, he is preparing for a football tournament, part of an effort by aid groups to help young refugees find a place in their new home.

“I decided to take charge and start building my future. I want to study computers and keep playing football, my passion,” says Ahmadi.

“In the end, it’s probably a good thing that I stayed in Greece. Here, the government doesn’t give any help to refugees: You have to work harder than in Germany, where refugees are pampered.”

With the support of Mercy Corps, the US-based humanitarian group, Ahmadi has formed his own football team. It competes in a tournament launched by the group in January for teams composed of refugees as well as volunteers from Greece, Spain and other European countries.

“We’ve noticed that a lot of activities were being offered for children, but there were few for teenagers and young adults,” says Mercy Corps’ Monica Rabii.

“But they are very nervous because they don’t know what their future holds.”

“That’s why, thanks to donations from large international companies, we decided to finance projects for young refugees, in partnership with local players.”

– ‘Like a normal citizen’ –

For Ahmadi, the tournament is the best way for migrants to mix with Greeks and other Europeans, “and to show that refugees are just like any other youths”.

Each morning he leaves a camp in Oinofita, an industrial zone about an hour north of Athens, to attend his language classes and football practice.

“I only come back to the camp to sleep,” he says. “I feel more and more like a normal citizen, and less like a migrant stuck in Greece,” he said.

Iman al-Bohtori, a 22-year-old Syrian who also arrived last March, is also looking forward to recovering “a normal life”.

She is hoping to be allowed to join family members in Sweden, where her sister recently went to be with her husband and their brother.

“When my sister left, I was very depressed, I felt paralysed,” says Bohtori, who has an economics degree from the University of Damascus.

But after meeting a worker at Mercy Corps, she began attending activities organised by Melissa, an association that helps migrant women by putting them in touch with former refugees.

There, she plays the guitar and makes origami, activities that help her to “stay positive, and not think about the past or the uncertainties of the future.”

Melissa recently held a sculpture class where participants began by carving dolls out of potatoes — eliciting peals of laughter around the room.

“It is meant for every single one of them to feel some worth, to create, to have creativity, to not just sit and wait,” said Brumilda Mustafa Guda, an Albanian artist who led the class.

For Zozen Daoud, a 26-year-old Syrian mother of two, the class offers a chance to “relax, and forget that I’m stuck in Greece with no job and far from the ones I love”.

“I spent eight months at Idomeni,” a migrant camp on the closed border with Macedonia, “where I only thought about my survival,” she said.

“Now, even if Greece wasn’t my first choice, I have to think about settling here, learning the language and finding a job.”

by Marina RAFENBERG

Bloqués en Grèce, des réfugiés se reconstruisent par l’art et le sport

REPORTAGE 

“Je ne reviens au camp que pour dormir, je me sens de plus en plus comme un citoyen normal”.

AFP/ Marina RAFENBERG. Publié le 27/03/2017.

“Pendant huit mois, chaque jour, je me réveillais sans savoir ce que j’allais faire de ma journée, je devenais fou”, raconte Jawad Ahmadi. Aujourd’hui, il apprend le grec et s’occupe d’un tournoi de football à Athènes.

Jawad, 18 ans, Afghan de Kaboul, pensait que la Grèce ne serait qu’une étape sur la route de l’Allemagne. Mais lorsqu’il débarque sur l’île de Lesbos le 5 mars 2016, avec son frère aîné et son cousin, les frontières du nord du pays viennent de se refermer, ruinant son rêve.
Un an plus tard, après des mois difficiles, Jawad a surmonté sa déception. “Finalement, ce n’est peut-être pas plus mal que je sois resté en Grèce. Ici, l’Etat ne donne pas d’aides aux réfugiés. Tu es obligé de faire plus d’efforts qu’en Allemagne où les réfugiés sont choyés”, croit-il savoir.
Il y a quatre mois, il s’est donc rendu dans les locaux du Forum grec pour les migrants à Athènes pour suivre ses premiers cours de grec. “Je me suis pris en main pour construire peu à peu mon avenir. Je veux étudier l’informatique et continuer le football, ma passion”, souligne-t-il.

Pour cela, il bénéficie du soutien d’une ONG, Mercy Corps, qui l’a aidé à monter son équipe, et depuis janvier à mettre en place un tournoi où s’affrontent différentes équipes composées de joueurs réfugiés, grecs mais aussi italiens et espagnols notamment.
“Nous avions remarqué que beaucoup d’activités étaient proposées aux enfants mais peu aux adolescents et jeunes adultes. Pourtant, ils sont très angoissés car ils ne savent pas à quoi va ressembler leur avenir”, explique Monica Rabii, de Mercy Corps. “C’est ainsi que grâce à des fonds venant de grandes entreprises internationales,nous avons décidé de financer les projets qu’avaient certains jeunes réfugiés, en partenariat avec des acteurs locaux”, poursuit-elle.

Pour Jawad, le tournoi de foot est le meilleur moyen “de faire se rencontrer des Européens, des Grecs et des réfugiés, et de montrer que les réfugiés sont des jeunes comme les autres, avec les mêmes passions”.
Chaque matin il part du camp d’Oinofita, dans une zone industrielle à une heure au nord d’Athènes, pour suivre ses cours de grec et aller à son entraînement de foot.

‘Comme un citoyen normal’

“Je ne reviens au camp que pour dormir, je me sens de plus en plus comme un citoyen normal et plus comme un migrant coincé en Grèce”, se réjouit-il.

A Athènes, dans le centre Melissa qui coopère avec Mercy Corps, Iman Al Bohtori, une Syrienne de 22 ans, aspire aussi à reprendre une “vie normale”. Arrivée elle aussi en mars 2016, elle attend un hypothétique regroupement familial en Suède. Sa soeur a pu y rejoindre son mari et leur frère il y a quelques semaines.
“Quand ma soeur est partie, j’étais très déprimée, je me sentais paralysée”, raconte cette diplômée en économie de l’université de Damas. Mais elle finit par écouter une personne rencontrée à Mercy Corps, qui insiste pour qu’elle vienne “participer aux activités ou juste papoter”. Elle joue de la guitare, fait des origamis, pour “aller de l’avant, rester positive, ne pas penser au passé ni à l’incertitude de l’avenir”.

A Melissa, association qui vient en aide aux femmes réfugiées en incitant les migrants d’hier à dialoguer avec les nouveaux arrivants grâce aux arts, le cours de sculpture prodigué par une artiste albanaise provoque des éclats de rire. Les participantes doivent fabriquer une poupée à partir d’une pomme de terre. “Je me détends, j’oublie que je suis bloquée en Grèce sans travail et loin de ceux que j’aime”, commente Zozen Daoud, une Syrienne de 26 ans.
“J’ai passé huit mois à Idomeni (à la frontière fermée avec la Macédoine), où je ne pensais qu’à ma survie, confie cette mère de deux enfants. Désormais, même si la Grèce n’était pas mon premier choix, je dois penser à m’y intégrer, apprendre la langue, trouver un travail”.