L’Union européenne a recommencé à expulser des réfugiés vers la Grèce

 

| De notre correspondante à Athènes | lundi 14 août 2017

Le ministre grec de l’Immigration l’a annoncé : les renvois de réfugiés vers la Grèce ont repris, après six ans d’interruption du règlement Dublin III. Les ONG sont inquiètes alors que les autorités sont toujours débordées.

 

Par Marina Rafenberg

« Nous avons eu des pressions de certains pays européens pour reprendre les renvois vers la Grèce », a expliqué le ministre de l’Immigration, Ioannis Mouzalas, au micro d’une radio grecque. Avant de lâcher :« Je comprends que les gouvernements européens veulent satisfaire certains de leurs électeurs ».

Depuis 2011, le règlement de Dublin III était suspendu et les demandeurs d’asile entrés sur le sol européen par la Grèce n’y étaient plus renvoyés par les autres pays membres de l’Espace Schengen. Le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations unies et plusieurs ONG considéraient que les conditions d’accueil en Grèce étaient jusqu’à présent « inhumaines » pour les réfugiés.

Le ministère de l’Immigration grec a déjà reçu 392 demandes de retour, mais pour l’instant, les renvois se font très progressivement : cinq depuis l’Allemagne, trois depuis la Suisse, deux depuis la Belgique et un depuis les Pays-Bas.

Les ONG sont inquiètes

Les personnes renvoyées en Grèce auront le droit d’y demander d’asile. Les renvois ne s’appliqueront que pour les candidats à l’exil arrivés après la fermeture de la route des Balkans en mars 2016 ; la mesure ne sera pas rétroactive.

Du côté des ONG, on grince des dents. Les conditions d’accueil en Grèce restent critiques pour les réfugiés. En juillet, Human Rights Watch affirmait par exemple que les services d’asile grecs ne prenaient pas assez bien en compte le cas des réfugiés mineurs non accompagnés souvent enregistrés comme des adultes et détenus dans les centres avec des adultes.

Vingt-cinq ONG ont également envoyé au gouvernement une lettre dénonçant l’excessive complexité administrative, qui constitue pour de nombreux réfugiés une entrave à l’accès au travail et à la santé. La Grèce accueille actuellement 60 000 réfugiés sur son territoire.

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Tilos, l’île grecque qui tend les bras aux réfugiés

| De notre envoyée spéciale à Tilos | mardi 22 août 2017

École, apprentissage de la langue, travail dans les infrastructures touristiques… La petite île grecque de Tilos, près de Rhodes, accueille les réfugiés syriens avec un succès tel que beaucoup d’entre eux se verraient bien faire leur vie sur ce bout de terre émergé dans la mer Egée. Reportage.

 

Par Marina Rafenberg

Tilos ne compte que 500 habitants, se situe à 15 heures de bateau d’Athènes, et pourtant la petite île s’est acquise une renommée : abolition de la chasse en 1993, mise en place d’un système de télémédecine, premier mariage homosexuel en Grèce en 2007, accueil des réfugiés venant de Turquie avec les seuls moyens de la mairie et de la population locale, première île de Méditerranée en passe de devenir autosuffisante en énergie. À Tilos, « l’humain prime sur tout », explique en souriant la maire Maria Kamma, élue en 2004.

En 2010, l’île accueille déjà des milliers de réfugiés, Afghans et Irakiens, avant que les arrivées de Syriens ne s’amplifient au printemps 2014. Sans aide gouvernementale ou européenne, le conseil municipal et les habitants organisent l’accueil des déracinés, installés successivement dans l’école, l’église, puis un camp militaire abandonné et réaménagé. En 2014 et en 2015, jusqu’à .000 réfugiés (soit le double de la population locale) arrivaient en quelques jours sur les côtes de la petite île. « Imaginez qu’à l’époque, nous n’avions même pas de bateaux des garde-côtes pour récupérer ces pauvres personnes en pleine mer ou lors de tempête ! C’était un pêcheur de l’île qui allaient les secourir au risque de sa vie », raconte Eleni Pissa, coordinatrice de Solidarity now. Depuis juillet 2016, l’ONG a installé dix conteneurs dans l’ancien camp militaire et a encouragé les familles vulnérables qui attendaient dans des conditions pénibles sur d’autres îles comme Lesbos ou Rhodes à venir à Tilos.

Depuis la mise en place de l’accord UE-Turquie en mars 2016, le flux vers les îles grecques s’est tari. Les réfugiés qui arrivent sur les îles voient leurs demandes d’asile étudiées. Si les services d’asile considèrent que la Turquie est un « pays sûr », ils peuvent être renvoyés de l’autre côté de la mer Egée. Mais les services d’asile étant débordés, les examens des demandes prennent des mois et les réfugiés vivent dans des conditions précaires dans des camps souvent surchargés comme à Chios, Lesbos ou Kos…

Pour s’intégrer, la base, c’est la langue. Sans communiquer, on ne peut rien faire.

« Nous suivons leur demande d’asile, les mettons en contact avec des avocats à Rhodes. Parallèlement, nous leur donnons les outils appropriés pour s’assurer un avenir, ici à Tilos, en Grèce, ou à l’étranger. Pour s’intégrer, la base, c’est la langue. Sans communiquer, on ne peut rien faire. Nous donnons des cours de grec, d’anglais, d’informatique à tous les réfugiés qu’ils le souhaitent. Nous leur faisons passer des diplômes d’anglais ou d’informatique qui leur serviront s’ils décident de continuer leurs études ailleurs », soutient Eleni Pissa. Six personnes travaillent avec elle au centre d’accueil pour réfugiés : deux professeurs de grec, deux d’anglais, une assistante sociale et une femme de ménage.

Issam, 12 ans, parle anglais et grec, joue de la guitare et entonne des chansons grecques. Après un mois à Kastellorizo, puis un autre à Rhodes, il a été transféré ici avec sa famille, il y a six mois. Il s’est fait des amis grecs et a repris un rythme scolaire normal après avoir arrêté l’école pendant quatre ans. « Moi, je veux grandir à Tilos, je me sens bien avec tout le monde, l’île est très jolie. C’est un petit paradis ! », s’exclame-t-il.

Elena Pissa renchérit : « Le camp n’est qu’à cinq minutes de la place du port de Livadia. Toute la journée, les locaux et les réfugiés se côtoient, nous ne formons qu’un à Tilos. » Les habitants n’ont jamais exprimé de réticence à accueillir les réfugiés, contrairement à d’autres îles voisines plus touristiques qui craignaient des répercussions économiques. « Nous avons réagi normalement comme tout humain doit réagir face à des situations de détresse. Combien d’entre nous, Grecs, ont été réfugiés et migrants et peuvent comprendre ce que ces personnes endurent ? », note Maria Kamma. Les habitants se sont également rendus compte qu’il était de leur intérêt d’accueillir les réfugiés : treize emplois ont été créés sur l’île avec la mise en place du programme de Solidarity Now, et l’école locale va être redynamisée avec l’arrivée des jeunes réfugiés à la rentrée prochaine.

« Vous savez, 7500 réfugiés sont passés par notre île et ils transmettent tous une image très positive de Tilos dans leur pays d’accueil. En Allemagne, en Suède, on entend parler de Tilos par la voix des réfugiés », ajoute la maire. Grâce au programme de Solidarity Now, financé à hauteur de 500 000 euros par le Haut Commissariat aux Réfugiés, l’Union européenne et la fondation Open Society, sept réfugiés sur 20 ont trouvé un travail saisonnier sur l’île, dans un hôtel, une boulangerie, un restaurant et un supermarché. Maha, qui n’a jamais travaillé de sa vie en Syrie, est ravie de faire le service de chambre à l’hôtel Eleni. Et son employeur, Michalis Kipraios est admiratif : « L’administration a fait tous les papiers pour qu’elle travaillent en toute légalité et qu’elle ait la sécurité sociale. Pourquoi est-ce que j’embaucherai un autre employé venant d’Athènes ou d’ailleurs en Grèce, alors que j’ai quelqu’un sur place qui travaille très bien ? ». Dans les mois à venir, Maria Kamma veut créer une coopérative pour fabriquer le fromage de chèvre traditionnel de l’île : « Un bon moyen pour employer également les réfugiés qui le veulent. »

Grèce : le nouveau coup de poker d’Alexis Tsipras

Article publié dans LE MONDE | 21.08.2015  |Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim)

D’un pas décidé, le regard sombre, Alexis Tsipras s’est dirigé vers 20 h 30, jeudi 20 août, devant les caméras : « Le mandat que j’ai reçu le 25 janvier a atteint ses limites. » Le premier ministre grec a officiellement annoncé sa démission et la tenue de nouvelles élections anticipées, tentant un nouveau coup de poker, un peu plus d’un mois après le référendum sur le plan d’aide à la Grèce qui a fait trembler l’Europe et failli aboutir à la sortie de la Grèce de la zone euro.

Alexis Tsipras a demandé aux électeurs de le « juger aussi bien sur ses succès que sur ses erreurs ». Le premier ministre, tout en rappelant qu’il avait tout fait pour obtenir le meilleur accord possible avec les créanciers du pays, a demandé au peuple « de décider si l’accord est valable pour sortir un jour des plans de rigueur » et « de savoir qui peut mener les réformes nécessaires ».

Malgré la victoire du non au référendum, la Grèce a accepté un prêt de 86 milliards d’euros sur trois ans assorti de nouvelles mesures de rigueur… rejetées par les Grecs quelques semaines plus tôt.

Depuis la défection d’une quarantaine de députés de Syriza qui ont refusé, le 14 août, de voter en faveur du troisième plan d’aide de 86 milliards d’euros au pays, la démission du premier ministre et la tenue de nouvelles élections faisaient la « une » de tous les médias grecs.

La majorité parlementaire, désormais réduite à 119 députés sur les 300 que compte l’Assemblée, « ne laissait pas d’autre choix à Alexis Tsipras que de convoquer de nouvelles élections », explique l’analyste politique Georges Séfertzis.

« La fracture au sein du parti devenait de plus en plus évidente et Alexis Tsipras a besoin d’un gouvernement stable s’il veut passer toutes les mesures nécessaires et rester au pouvoir le temps d’une législature normale [quatre ans]. Il lui fallait clarifier les choses et évincer les dissidents. »

Lire le reportage   En Grèce, « ces élections anticipées sont un désastre pour la population »

« L’irresponsabilité d’Alexis Tsipras »

Alexis Tsipras n’a pas précisé de date pour ces prochaines élections législatives, troisième vote de l’année pour les Grecs, mais les médias spéculaient jeudi sur le 20 septembre, à moins que l’opposition – qui n’est pas en position de force – n’essaie de gagner du temps.

Quelques minutes après l’allocution télévisée d’Alexis Tsipras, Evangelos Meïmarakis, le nouveau chef de Nouvelle Démocratie (ND, droite), principal parti d’opposition, a fait savoir qu’il explorerait « toutes les possibilités pour que les élections soient la dernière des options ». Au Pasok (parti socialiste), la présidente, Fofi Gennimata, a dénoncé« l’irresponsabilité d’Alexis Tsipras qui encore une fois fuit ses responsabilités », et qualifié les élections de « catastrophiques pour le pays ». La Constitution grecque prévoit que le président de la République, Prokopis Pavlopoulos, doit demander au deuxième parti, en l’occurrence Nouvelle Démocratie, s’il est en mesure de former un gouvernement.« Sans l’appui des députés du Syriza et des Grecs indépendants (ANEL), l’opposition n’y arrivera pas », commente Michalis Spourdalakis, professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes.

Vendredi, Evangelos Meïmarakis a reçu du président grec un mandat de trois jours pour former un nouveau gouvernement. En cas d’échec, le président de la République devra nommer un premier ministre provisoire jusqu’aux élections. Comme le veut la Constitution, ce sera la présidente de la Cour suprême, Vassiliki Thanou-Christophilou, qui dirigera alors le gouvernement.

Lire aussi   Tout savoir sur l’accord trouvé entre la Grèce et ses créanciers

Fronde interne

Le premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé le 20 août sa démission et la convocation de nouvelles élections législatives .

La préoccupation d’Alexis Tsipras n’est pas son opposition, mais l’aile gauche de son parti, en voie de dissidence, qui critique ouvertement le premier ministre. « Le gouvernement agit sous le régime de la panique et de la peur. (…) Il veut appeler les citoyens à voter avant qu’ils ne soient informés de la totalité des mesures comprises dans le troisième mémorandum et avant qu’ils ne ressentent leurs effets au quotidien », explique dans un communiqué la Plate-forme de gauche. Vendredi, 25 députés de Syriza issus de cette plateforme ont décidé de créer un nouveau parti, derrière l’ancien ministre de l’énergie, Panagiotis Lafazanis.

Celui-ci avait été écarté du gouvernement le 17 juillet à la suite de l’accord signé par Alexis Tsipras avec ses créanciers européens. Issu des rangs traditionnels du parti communiste, M. Lafazanis est favorable à un retour à la drachme et la fin des plans d’aide. Ce nouveau parti devrait se nommer « Unité populaire ». Selon la télévision publique ERT, il pourrait être soutenu par Zoé Konstantopoulou, la présidente du Parlement qui s’est plusieurs fois prononcée contre l’accord signé par le premier ministre, mais le très médiatique ex-ministre des finances, Yanis Varoufakis, ne devrait pas être de la partie. Il ne devrait pas non plus être sur les listes de Syriza.

Si l’organisation de ces élections était attendue, la rapidité de l’annonce a néanmoins surpris, alors que Syriza devait organiser un congrès en septembre ou octobre. « Alexis Tsipras a bien conscience que plus il attend, plus sa cote de popularité risque de baisser », explique Georges Séfertzis. M. Tsipras pourra en plus bénéficier d’une disposition de la constitution qui prévoit que si les élections ont lieu moins de 18 mois après les précédentes, les électeurs ne peuvent se prononcer que sur des listes fermées, et non panacher les noms à leur guise.

D’après le dernier sondage publié fin juillet par l’institut Metro Analysis, Syriza recueillerait près de 33,6 % des voix aux prochaines élections, contre 17,8 % pour la Nouvelle Démocratie et 6,1 % pour To Potami (centristes). Michalis Spourdalakis pense même que Syriza pourrait obtenir les 37 % nécessaires pour obtenir la majorité absolue et se passer d’une coalition :« Les Grecs, pour le moment, croient qu’Alexis Tsipras a tout tenté dans les négociations, qu’il a été l’objet de chantage de la part des Européens. En outre, ils ne veulent pas de l’ancienne classe politique corrompue, l’opposition actuelle ne représente pas une alternative. »

La formation d’un nouveau front antiaustérité mené par la Plate-forme de gauche constitue-t-elle une menace pour Alexis Tsipras ? « Pas vraiment. L’aile gauche du Syriza anti-euro ne représente qu’entre 3 et 4 % de l’électorat de Syriza », estime Michalis Spourdalakis. Si Syriza n’obtient pas la majorité absolue, « tout devient plus compliqué, poursuit-il. Les Grecs indépendants risquent de ne pas dépasser 3 % et de ne pas avoir de députés. Et alors, quelle coalition serait possible ? Le Pasok et To Potami sont trop libéraux pour Syriza… »

La Grèce sous le flux des migrants

À Lesbos, les autorités locales sont dépassées. Elles craignent que les demandeurs d’asile, six fois plus nombreux que l’an dernier, menacent la saison touristique.

Le jour se lève sur l’île de Lesbos. Sur la route entre l’aéroport et la ville de Mytilène, de petits groupes de migrants, munis d’un sac à dos pour tout bagage, marchent à un rythme soutenu. Les voitures ne ralentissent pas à leur vue. “Ces deux derniers mois, il en arrive sans arrêt… La situation est devenue ­incontrôlable!”, raconte ­Thanassis Iordanou, un chauffeur de taxi. Au port de Mytilène, un navire militaire accoste avec, à son bord, une vingtaine de personnes équipées d’un gilet de sauvetage. Les gardes-côtes viennent de les arrêter au nord de l’île où leur bateau pneumatique a été abandonné par les passeurs.

Mohamed observe la scène tout en rechargeant son téléphone portable à la borne où les voiliers s’approvisionnent en électricité. Dans ses bras, sa fille de 2 ans. À ses côtés, sa femme et sa mère. Syriens, ils ont fait le voyage depuis Damas. “Après un trajet de sept heures sur un rafiot où nous étions une cinquantaine de réfugiés entassés, nous sommes arrivés à Lesbos. Les gardes-côtes ne sont même pas venus nous chercher… Nous avons traversé l’île à pied pendant plus de quatre heures, ma fille pleurait et nous étions tous épuisés par le voyage”, raconte cet ancien contrôleur aérien.

“18.000 migrants pour une population de 30.000 habitants”

Désormais, comme une centaine de migrants campant sur le port à proximité des bureaux de la police portuaire, Mohamed et sa famille attendent d’être enregistrés par les forces de l’ordre et d’avoir un permis de séjour dans le pays. Un premier sésame leur permettant de prendre le ferry pour Athènes. “Il y a encore un an, nous recevions 50 migrants par jour. ­Actuellement nous avons entre 400 à 500 arrivées par jour. Nous sommes submergés de travail et manquons de personnel pour effectuer les démarches administratives”, avoue, impuissant, le lieutenant Nikolaos Grigorelis.

À quelques mètres du débarcadère où l’état de santé des migrants est vérifié, le maire de Mytilène, Spiridon Galinos, est en réunion de crise avec son cabinet. “Nous sommes devenus un mini-gouvernement, nous devons gérer des problèmes qui devraient être du ressort de l’État central et de l’Union européenne”, affirme l’élu avant d’ajouter : “Plus de 18.000 migrants ces cinq derniers mois sont passés à Mytilène pour une population de 30.000 habitants! Nous devons à la fois aider ces réfugiés et protéger les entreprises touristiques de l’île qui commençaient enfin à aller mieux…”

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Des réfugiés arrivent au port de Mytilène sur le bateau des garde-côtes grecs. Photo: Marina Rafenberg.

Un camp improvisé sans sanitaires corrects

L’inquiétude est perceptible chez les hôteliers de Mytilène : “Certains touristes arrivent à l’hôtel, voient le port encombré de tentes et de migrants dormant sur les bancs et repartent immédiatement. Nous avons enregistré plusieurs annulations depuis un mois ; c’est du jamais-vu!”, constate Kostas, le gérant de l’hôtel Blue Sea. Katie et John, un couple de touristes anglais, se disent “émus”. Avec d’autres visiteurs, ils se sont organisés pour collecter de l’argent et fournir de la nourriture, des vêtements aux réfugiés. “Après ces vacances à Lesbos, nous sommes plus alertés sur la question de l’immigration. L’Europe doit agir et ne peut pas laisser la Grèce, en pleine récession, gérer cette situation toute seule!”, souligne Katie.

À Lesbos, le passage obligatoire pour les migrants est le centre de rétention de Moria, une caserne perdue dans la campagne où la police prend leurs empreintes digitales et enregistre leur demande d’asile. Prévu pour accueillir 650 personnes, plus de 1.000 réfugiés y séjournent actuellement pour quatre ou six jours avant d’être à nouveau lachés dans la nature. “Dans le système actuel, la police doit engager une procédure criminelle contre les migrants pour entrée illégale sur le territoire. D’habitude les charges sont abandonnées mais la procédure est trop lente et ne permet pas de répondre à l’urgence du problème”, affirme William Spindler, en mission en Grèce pour le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies qui a annoncé le renforcement de sa présence dans la mer Égée.

Face à l’arrivée massive de ­migrants, la mairie a mis à leur disposition, depuis deux semaines, un site équipé de tentes. Mais les installations conçues pour près de 300 personnes abritent aujourd’hui 1.050 migrants, qui n’ont accès ni à des sanitaires corrects, ni à des douches. Dans ce camp improvisé, Naqib Sinnah, 21 ans, a déjà passé une semaine : “Nous vivons un enfer! Même si certains amis m’avaient raconté le récit de leur long périple pour rejoindre l’Europe, je ne pensais pas que ce serait si difficile!”

Marina Rafenberg, envoyée spéciale à Mytilène (Grèce) – article publié Le Journal du Dimanche le 14 juin 2015

Grèce : Aube dorée en campagne derrière les barreaux

Des députés actuellement incarcérés se représentent aux élections législatives de dimanche. Avec l’espoir que leur parti se hisse à la troisième place.

PAR , À ATHÈNES

Publié le 22/01/2015 à 17:07 sur Le Point.fr

“Chers combattants et combattantes, je m’adresse à vous depuis la prison où je me trouve détenu illégalement.” Dans une salle comble, décorée de drapeaux grecs, une centaine de militants se lèvent pour écouter le discours de Nikos Michaloliakos, le chef du parti néonazi Aube dorée. Le leader n’a pas obtenu d’autorisation pour sortir de sa cellule et participer au meeting qui se tenait, mercredi soir, dans un hôtel du centre d’Athènes.

Depuis le meurtre du rappeur Pavlos Fyssas par un militant d’Aube dorée en septembre 2013, la justice grecque a entamé une procédure judiciaire contre les membres et les députés du parti. Sur les dix-huit députés élus en 2012, sept sont poursuivis pour “appartenance à une organisation criminelle” et se trouvent actuellement en détention. Trois autres sont sous résidence surveillée. Le procès devrait s’ouvrir en mars après divers et nombreux reports. “Les députés d’Aube dorée n’ont pas encore été jugés et, à ce titre, gardent leurs droits civils”, explique Takis Zotos, avocat de la partie civile. Certains d’entre eux se représentent donc aux législatives du 25 janvier, notamment le porte-parole Ilias Kasidiaris, connu à l’étranger pour la gifle infligée à une députée communiste lors d’un débat télévisé.

Le troisième parti

Les slogans lancés par les candidats du parti et repris en écho par la salle sont les mêmes que lors des dernières élections : “Dehors, les étrangers”, “la Grèceappartient aux Grecs” ou encore “Patrie, honneur, Aube dorée”. Les militants parlent de “complot sioniste” qui aurait conduit la Grèce dans le gouffre de la crise et, bien sûr, de leur thème de prédilection : l’immigration. “Les étrangers sont plus nombreux que nous dans le centre d’Athènes, j’ai peur de circuler. Ils nous volent, tuent, et violent !” assène sans retenue un jeune sympathisant.

Aube dorée ne porte plus si beau qu’en 2012. Le parti doit faire profil bas et le nombre de ses sympathisants s’est réduit. Le parti nazi, qui avait obtenu 9,4 % des voix aux européennes de mai, est désormais crédité de 5 à 6 % et se dispute la troisième place avec un parti de centre gauche To Potami (la Rivière). Mais Ilias Panagiotaros, un des seuls élus du parti à pouvoir mener campagne hors de prison, se veut optimiste : “Nos députés seront tous réélus, et Aube dorée va être troisième.”

Si le parti arrivé en tête lors du scrutin de dimanche n’arrive pas à former une coalition dans les trois jours suivant l’élection, ce sera au deuxième puis au troisième de prendre un mandat auprès du président de la République pour former un gouvernement. Personne ne parvient à concevoir que Nikos Michaloliakos se rende dans les jours à venir auprès du président Papoulias…