Le Maire fait souffler “l’optimisme” à Athènes avant l’Eurogroupe

Par Odile Duperry, Marina Rafenberg | Publié le 12/06/2017mis à jour à 16h48

Le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire s’est montré optimiste lundi à Athènes avant un Eurogroupe crucial jeudi, en assurant qu’on n’était “pas loin d’un accord” sur la poursuite du plan d’aide à la Grèce.

Il a aussi annoncé “une proposition française” sur la dette grecque à cet Eurogroupe, réunion des ministres de l’Economie et des Finances de la zone euro.

“Depuis quinze jours, je multiplie les rencontres et je suis optimiste que nous aurons une bonne solution, nous ne sommes pas loin d’un accord”, a assuré M. Le Maire devant le Premier ministre Alexis Tsipras.

La Grèce a absolument besoin jeudi que l’Eurogroupe s’entende sur le prochain déboursement qui sera fait au pays, dans le cadre du plan d’aide de 86 milliards d’euros signé en juillet 2015.

La Grèce doit en effet rembourser plus de sept milliards d’euros à ses créanciers, dont la BCE, le mois prochain.

Mais le versement est actuellement bloqué, non parce que la Grèce n’aurait pas respecté ses engagements de réformes, bien au contraire, mais parce que l’Allemagne exige que le FMI participe financièrement au plan.

Or, celui-ci ne veut pas le faire sans engagement des Européens à alléger la dette grecque (179% du PIB).

Mais Berlin rechigne avant les législatives de septembre.

Alors que la Commission européenne a appelé les créanciers de la Grèce à “ne pas jouer avec le feu”, le FMI semble prêt à temporiser sur ses exigences pour garantir le versement vital de juillet.

Mais c’est la Grèce cette fois qui s’y oppose, estimant que ce compromis retarderait son retour sur les marchés.

“Il ne faut faire de procès d’intention à personne, a assuré M. Le Maire à l’issue de sa rencontre avec M. Tsipras. Chacun dans cette négociation a des intérêts, il est légitime que chacun les défende le mieux possible”.

– Porte-bonheur d’Amorgos –

Il a annoncé qu’il proposerait d’ores et déjà à l’Eurogroupe d’introduire “un mécanisme de souplesse” sur la dette grecque.

Ce mécanisme consisterait semble-t-il à lier les remboursements à la performance du pays, “plutôt que de figer les choses” sur les prévisions de croissance ou sur l’échéancier des remboursements.

Ainsi, “en fonction des résultats de la croissance, on se donne la possibilité de réévaluer les autres données”, a-t-il avancé.

Alors que personne n’attend vraiment de véritables négociations sur la dette grecque avant l’année prochaine, après les élections allemandes, ce mécanisme, espère-t-on à Bercy, pourrait notamment encourager les investissements étrangers.

M. Le Maire, qui a également rencontré lundi le ministre des Finances Euclide Tsakalotos et le gouverneur de la Banque de Grèce Yannis Stournaras, a “salué le courage” d’Alexis Tsipras et souligné avec insistance “les décisions importantes et difficiles” prises par le gouvernement grec ces derniers mois, pour remplir le cahier des charges exigé par les créanciers.

La rencontre entre les deux hommes a semblé très détendue. M. Le Maire a exhibé son bracelet porte-bonheur acquis à Amorgos, “mon île préférée en Grèce”.

“Avec l’optimisme et la chance des dieux grecs je suis sûr que nous arriverons” à un accord, a-t-il plaisanté. “Nous sommes certains que les dieux sont avec nous, mais nous devons faire ce qu’il faut pour les aider un peu”, a rétorqué M. Tsipras en souriant.

M. Le Maire, en poste depuis moins d’un mois, a déjà rencontré plusieurs interlocuteurs-clés de la négociation, Christine Lagarde, directrice générale du FMI, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble et Jeroen Dijsselbloem, le président néerlandais de l’Eurogroupe.

La dette grecque, et le poids qu’elle fait peser sur le pays et sur l’Europe, est un des chevaux de bataille du président français Emmanuel Macron.

Une de ses dernières déclarations de campagne, la veille de son élection, avait été qu’il “mènerait le combat” pour une restructuration de celle-ci.

“Nous savons de toute façon tous qu’il faudra en venir là”, avait-il ajouté, estimant qu’un succès redonnerait à l’Europe “de la crédibilité collective”.

 

A Athènes, « après sept ans d’austérité, on ne voit toujours pas le bout du tunnel »

Alors que les ministres des finances de la zone euro se réunissaient lundi à Bruxelles, les Grecs observaient sans grand enthousiasme et avec lassitude cette énième réunion.

LE MONDE ECONOMIE | 23.05.2017

Athènes, correspondance – MARINA RAFENBERG (intérim)

A Athènes, place Syntagma, Eleni Stergiou arrête les passants et tente de les diriger vers le cabinet de chirurgie esthétique pour lequel elle travaille. « Après sept ans d’austérité, nous ne voyons pas le bout du tunnel. La crise n’est pas finie ! La preuve, j’en suis réduite à faire ce petit boulot, où je suis payée selon le nombre de clientes qui viennent au centre médical », explique la quadragénaire qui a perdu son emploi de commerciale il y a cinq ans.

La énième réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles, qui s’est tenue, lundi 22 mai, afin de trouver un accord sur le déblocage d’une nouvelle tranche de prêts et sur la dette publique abyssale ne déclenche pas l’enthousiasme à Athènes. « Je perds le fil avec toutes ces réunions bruxelloises, où le gouvernement grec espérait obtenir une petite victoire qui s’est finalement soldée par plus d’austérité », soupire Mme Stergiou.

« Mauvais choix économiques »

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A 26 ans, Despina n’est pas plus optimiste. La jeune femme a vu la plupart de ses amis partir à l’étranger. « Malheureusement, la Grèce ne va pas se remettre de cette crise avant une bonne décennie… Notre génération a deux choix, soit s’exiler, soit rester au pays avec des salaires de misère », constate cette employée d’une compagnie de téléphonie.

Sur un banc ombragé de la place Syntagma, où des milliers de manifestants s’étaient rassemblés il y a quelques jours pour protester contre de nouvelles mesures de rigueur votées au Parlement, Vangelis, 38 ans, chômeur, ne voit pas l’intérêt du débat sur la dette. « Est-ce que l’allégement de la dette publique va avoir une incidence directe sur le citoyen moyen ? Même si un jour un accord était trouvé, est-ce que le gouvernement pourrait à nouveau augmenter les retraites, créer de l’emploi, baisser l’imposition sur les entreprises ? », se demande-t-il dépité. Vangelis avait voté pour Alexis Tsipras en 2015, mais il le regrette : « Nos dirigeants se plaignent de ne pas avoir de marge de manœuvre pour mener leur politique économique. C’est trop facile ! »

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« Les Grecs sont lassés »

Un avis partagé par Stamatis, 73 ans. « Tsipras a fait de mauvais choix économiques en conservant un secteur public coûteux et en taxant les entreprises. Il n’y a pas d’issue à la crise ainsi… », souligne ce retraité, qui touche une pension de 1 020 euros. Avec la quatorzième baisse des retraites votée au Parlement, le 18 mai, Stamatis perdra, à partir de 2018, 200 euros supplémentaires par mois. « Le gouvernement annonce vouloir prendre des mesures sociales pour contrer ces nouvelles mesures d’austérité. La distribution gratuite de nourritures aux enfants dans les écoles, c’est une bonne idée. Mais en quoi cela va-t-il compenser les baisses de retraite qui aidaient les familles toutes entières ? », s’offusque-t-il en feuilletant le journal Ta Nea. « Rendez-vous en 2018 », titrait le quotidien de centre gauche, prévoyant qu’aucun accord sur un allégement de la dette ne serait trouvé, lundi 22 mai.

Dans son bureau surplombant la place Syntagma, un député de Syriza, sous couvert d’anonymat, comprend l’amertume de la population. « Les Grecs sont lassés, ils voient depuis 2010 leurs salaires et leurs retraites baisser, les impôts augmenter… Mais la question de la dette devrait les intéresser !, assure-t-il confiant. La Grèce a désormais tous les avantages pour attirer les investisseurs étrangers : la main-d’œuvre, la terre, les produits sont bon marché, il ne reste qu’à lever l’incertitude sur la dette… Une fois que cette question sera réglée, le spectre de la faillite ne sera plus à l’horizon, l’économie pourra redémarrer ! »

 

GRÈCE : MALGRÉ LA COLÈRE POPULAIRE, LE PARLEMENT VOTE DE NOUVELLES MESURES D’AUSTÉRITÉ

| De notre correspondante à Athènes | vendredi 19 mai 2017

C’est une nouvelle cure de rigueur que le Parlement grec a votée dans la nuit de jeudi à vendredi. Athènes s’est engagée auprès de ses créanciers à économiser près de 5 milliards d’euros. Dans la rue, les Grecs se mobilisent contre Alexis Tsipras.

 

Par Marina Rafenberg

 

« C’est un quatrième mémorandum qui va nous mener à la pauvreté », crie au micro un syndicaliste aux manifestants qui se sont rassemblés jeudi soir sur la place Syntagma. Face à eux, le Parlement, dans lequel sont réunis les députés qui s’apprêtent à voter de nouvelles mesures d’austérité.

« Nos dirigeants sont les esclaves des créanciers, ils ne pensent pas au peuple grec qui s’enfonce dans la misère ! », s’indigne Dimitris, 79 ans, qui touche une retraite de 720 euros et ne se résout pas à une nouvelle baisse de sa pension.

Certains manifestants brûlent des drapeaux du Syriza, le parti du Premier ministre grec Alexis Tsipras. « Il nous a déçus. Finalement, il est comme les autres, il a cédé et maintient une politique d’austérité ! », regrette Sakis, un journaliste au chômage. « Si des élections étaient organisées maintenant, Tsipras ne ferait plus que 10% », pronostique-t-il.

Mercredi, Sakis a participé au défilé organisé lors de la grève générale lancée par les syndicats. Métro, bus, tramway ont fonctionné au ralenti, comme les hôpitaux grâce au personnel d’astreinte, les bateaux sont restés à quais et les écoles fermées.

Malgré la colère, le Parlement grec a voté tard dans la soirée de jeudi les réformes devant dégager 4,9 milliards d’euros d’économie. Le gouvernement grec s’y était engagé lors de l’Eurogroupe du 7 avril à Malte afin de débloquer un nouveau prêt dont Athènes a besoin d’ici le mois de juillet pour éviter la faillite.

Les mesures votées contiennent notamment une nouvelle réforme des retraites, la quatorzième en sept ans. Dès 2018, les retraites de plus d’un million de retraités (sur 2,6 millions) vont encore baisser jusqu’à 18%. D’après les chiffres officiels, elles ont déjà diminué en moyenne de 40% depuis le début de la crise. De nouvelles hausses d’impôts et des cotisations sociales sont également prévues.

Selon le gouvernement grec, cette énième cure de rigueur doivt ouvrir la voie à un allègement de sa dette, qui atteint 179 % du PIB.

En Grèce, le grand désarroi des retraités

Les syndicats se mobilisent mercredi contre les nouvelles mesures d’austérité et une énième réforme des retraites.

LE MONDE ECONOMIE | 16.05.2017 à 10h59 • Mis à jour le 17.05.2017 à 06h42 | Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim)

« Notre futur est incertain. Chaque année, de nouvelles baisses des pensions de retraites et de nouveaux impôts nous tombent dessus. Nous ne savons pas combien de temps nous allons encore pouvoir vivre sur nos économies », constate, amer, Costas Theodorakopoulos, 70 ans.

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La Grèce et ses créanciers – Banque centrale européenne (BCE), Mécanisme européen de stabilité (MES) et Fonds monétaire international (FMI) – ont conclu, le 7 avril à Malte, un accord prévoyant de réduire les dépenses du pays de l’équivalent de 2 % du produit intérieur brut (PIB) entre 2019 et 2020. Il s’agit de réaliser plus de 3,6 milliards d’euros d’économies.

Pour protester contre ce nouveau train d’austérité, les syndicats du privé et du public ont appelé à une grève générale de 24 heures mercredi 17 mai. Car pour tenir cet objectif d’économies, le Parlement grec doit voter, jeudi, une énième réforme des retraites : la quatorzième depuis 2010.

La pension moyenne a chuté de 40 % depuis 2010

« Pour nos dirigeants, il est plus facile de couper dans nos pensions que de trouver de l’argent en luttant contre la corruption et l’évasion fiscale ! Mais, les retraités ne doivent pas être les sacrifiés de cette crise économique, il faut que le gouvernement fasse des économies ailleurs ! », déclare M. Theodorakopoulos, qui tenait jusqu’à ses 68 ans une pépinière à Egaleo, dans la banlieue est d’Athènes.

Après quarante-quatre années de cotisations, il devrait percevoir une retraite de 900 euros par mois, mais il est toujours dans l’attente de la liquidation de son dossier pour pouvoir commencer à toucher pleinement sa pension. « Seule une avance de 500 euros par mois m’est allouée pour le moment », explique-t-il, excédé par les retards pris par l’administration.

Selon les chiffres officiels fournis par le ministère grec des finances, dans sa base de données Helios, la pension moyenne en Grèce s’élève à 833 euros ; un montant qui a chuté de près de 40 % depuis 2010. L’épouse de M. Theodorakopoulos, Eleni, fonctionnaire à la retraite depuis sept ans, a vu sa pension fondre de 1 200 euros par mois à 850 euros.

« J’ai l’impression d’avoir été floué ! »

« Nous faisons des économies sur l’essence, le chauffage, les sorties, les vacances… Mais nous devons tout de même aider notre fille de 30 ans, au chômage depuis plus d’un an et sans allocation ! », raconte l’ancien pépiniériste.

En Grèce, où 24 % de la population active et près d’un jeune de moins de 30 ans sur deux sont sans emploi, la moitié des ménages compte sur la retraite de leurs parents ou grands-parents pour vivre, selon Savvas Robolis, professeur à l’université d’Athènes Panteion, spécialisé sur les questions de sécurité sociale.

Konstantinos Lionas, 72 ans, aide lui aussi son fils, qui, après la faillite de son entreprise, doit éponger des dettes importantes. « En sept ans, ma retraite de commerçant est passée de 1 660 euros à 1 080 euros. Et je ne suis pas le plus mal loti. Comme je suis propriétaire, au moins je ne crains pas de me faire expulser de mon logement. Mais je trouve aberrant de devoir subir encore une nouvelle baisse de mes revenus dans les années à venir comme le prévoit le dernier accord signé par le gouvernement avec les créanciers… J’ai travaillé toute ma vie depuis mes 12 ans, cotisé pour profiter de mes vieux jours, j’ai l’impression d’avoir été floué ! », s’exclame cet Athénien en colère.

D’après l’association Réseau principal des retraités, les nouvelles mesures, qui doivent être votées par le Parlement jeudi, prévoient la diminution en moyenne de 18 % du montant des pensions pour près d’un million de retraités.

« Nous nous enfonçons dans la misère »

En mai 2016, le gouvernement du premier ministre Alexis Tsipras avait déjà passé une réforme de retraites contestée. Cette loi prévoit de repousser l’âge du départ de 62 à 67 ans d’ici à 2022 ; les cotisations sociales pour les professions libérales, les indépendants et les autoentrepreneurs ont été augmentées considérablement et l’allocation de solidarité EKAS pour les retraites inférieures à 700 euros doit être progressivement supprimée d’ici à 2019.

A 95 ans, Christos Papazoglou, pâtissier à la retraite, comptait bien sur la centaine d’euros de cette aide. « Actuellement, je ne touche que 665 euros par mois et je dois en même temps payer près de 200 euros d’eau, d’électricité, de téléphone, d’impôts… et subir en plus l’augmentation de la TVA sur tous les produits, même alimentaires », soupire le vieil homme, qui, malgré son âge avancé, compte faire le déplacement depuis sa Crète natale pour participer à la manifestation contre les nouvelles mesures d’austérité.

« Il faut continuer à se mobiliser, nous nous enfonçons dans la misère. J’ai connu la guerre et je ne pensais pas un jour revivre des situations d’appauvrissement comme celle que nous vivons aujourd’hui ! », soutient M. Papazoglou, qui fait des économies sur tout. « Imaginez-vous qu’il m’arrive de m’éclairer à la bougie certains soirs ! », lance-t-il.

« Nos retraites ne servent qu’à survivre ! »

Pour Olga Lappas, 82 ans, impossible de protester mercredi. Sa santé l’en empêche. « Honnêtement, nous ne suivons même plus les baisses de retraite, mais de mois en mois ça devient de plus en plus difficile », note cette ancienne assistante sociale, qui vit dans la banlieue nord d’Athènes et dont la pension a été réduite de 30 % depuis le début de la crise.

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« Nous avons diminué toutes nos dépenses, mais pas celles indispensables à notre santé. Les rendez-vous chez les médecins, les déplacements en taxi, les médicaments, tout cela n’est pas pris en charge par la sécurité sociale. Nous sommes obligés d’aller dans le privé car sinon il faut attendre des mois pour obtenir un rendez-vous. Quant à la personne qui vient nous aider à domicile, nous la payons de notre poche faute d’aide de l’Etat », explique-t-elle avant d’arriver à ce triste constat : « Actuellement, nos retraites ne servent qu’à survivre ! »
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/05/16/en-grece-le-grand-desarroi-des-retraites_5128288_3234.html#uwsBg6VVgv6CHeYZ.99

Colis piégé au FMI : qui se cache derrière la Conspiration des cellules de feu ?

Soupçonnée d’avoir expédié un explosif au FMI, l’organisation est responsable de plus de 250 attaques.

LE MONDE | 17.03.2017 à 17h46 • Mis à jour le 17.03.2017 à 20h48 | Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim)

La Conspiration des cellules de feu, groupe anarchiste qui a revendiqué, jeudi 16 mars, l’envoi d’un colis piégé, la veille, au ministère des finances allemand, serait, d’après les enquêteurs, également à l’origine de l’incident survenu le même jour à Paris au siège du FMI, au cours duquel une employée a été blessée au visage et aux mains. En effet, les mêmes méthodes ont été utilisées et rappellent les tactiques de la mouvance anarchiste grecque.

En Allemagne, le paquet qui comportait un livre où était caché l’explosif avait été envoyé sous le nom d’un ancien ministre du parti Nouvelle-Démocratie (ND, droite), Adonis Georgiadis, issu de l’extrême droite et honni de l’extrême gauche grecque. Le colis parisien avait, lui aussi, été expédié sous le nom d’un porte-parole du parti de droite, d’après Nikos Toskas, le ministre adjoint à la protection civile grec.

La Conspiration des cellules de feu est bien connue des autorités et de la police grecques. Elle est en effet responsable, depuis sa création, de plus de 250 attaques contre diverses institutions, magistrats. « C’est l’un des groupuscules anarchistes les plus dangereux qui opèrent actuellement en Grèce, même si, contrairement [à l’Organisation révolutionnaire] du 17-Novembre, qui a tué 23 personnes entre 1973 et 2002, il n’a jamais fait de victimes graves », explique Vassilis Lambropoulos, journaliste au quotidien To Vima et spécialiste du terrorisme d’extrême gauche.

Cibles privilégiées des organisations anarchistes

« En Grèce, nous sommes habitués aux actions ponctuelles de groupuscules anarchistes qui, d’ordinaire, placent des explosifs ou envoient des colis piégés chez des députés ou des magistrats, dans des banques. Mais ils avertissent en général en amont la police pour ne pas faire de victimes, souligne Mary Bossi, professeure de sécurité internationale à l’université du Pirée et autrice de plusieurs ouvrages sur le terrorisme en Grèce. Cependant, la Conspiration a déjà dit dans plusieurs communiqués qu’elle pouvait s’en prendre à la population. Dans sa rhétorique, si les citoyens restent sur leur chaise et ne participent pas au combat, ils sont complices du pouvoir et peuvent donc être touchés par leurs actions. »

Les cibles de la Conspiration des cellules de feu sont assez classiques : banques, casernes militaires, députés, magistrats. Dans la revendication de l’attaque contre le ministère des finances allemand, publié sur le site d’information alternatif Indymedia, l’organisation soutient avoir agi dans le cadre d’un plan Nemesis (« justice », en grec).

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« Nous continuons avec passion et conviction notre combat contre les institutions, les lieux et les visages du pouvoir », est-il expliqué dans un communiqué. L’Allemagne et le FMI sont jugés responsables par une grande partie de la population grecque des mesures d’austérité qui s’abattent sur son pays depuis six ans et sont donc des cibles privilégiées pour les organisations anarchistes et anticapitalistes.

« La crise économique et sociale a renforcé le mouvement anarchiste grec. La défiance envers les politiques et l’Etat grandit, les institutions internationales qui imposent au pays la rigueur sont de plus en plus mal vues par la population », confirme M. Lambropoulos. Une analyse que partage Mme Bossi : « La crise économique pousse de nombreux jeunes à rejeter le système démocratique actuel et ils peuvent se retrouver dans ces mouvements contre l’Etat, contre le capitalisme. » En visant le siège du FMI à Paris, « la Conspiration vise à se faire reconnaître internationalement et a suscité de nouvelles collaborations à l’étranger avec des organisations anarchistes. Elle dispose déjà de liens étroits avec les anarchistes italiens de la Fédération anarchiste informelle », commente la chercheuse.

Une organisation née en 2008

Mais la création du groupuscule anarchiste remonte à avant le début de la crise, en janvier 2008, quelques semaines après l’assassinat, par des policiers, d’Alexis Grigoropoulos, un jeune adolescent. Le quartier d’Exarcheia, à Athènes, terreau de l’anarchisme grec, s’était alors embrasé pendant plusieurs semaines. A la suite de cette révolte urbaine, plusieurs organisations telles que la Conspiration des cellules de feu avaient vu le jour.

En 2009, la Conspiration s’en était prise à la résidence d’un procureur puis au tribunal de Thessalonique, dans le nord de la Grèce. L’organisation avait aussi perpétré une vague d’attentats en Grèce contre des banques et des concessionnaires de voitures de luxe. Le 3 novembre 2010, quatorze colis piégés – selon le même procédé que celui utilisé contre le ministre des finances allemand et le siège du FMI à Paris – avaient été envoyés à plusieurs ambassades en Grèce, mais aussi à Angela Merkel, au président Nicolas Sarkozy, au premier ministre italien Silvio Berlusconi ou à José Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission européenne. En 2011, une dizaine de membres du groupe sont emprisonnés, et condamnés pour « participation à une organisation criminelle ».

En 2014, la Conspiration fait son grand retour avec de nouvelles recrues. Le nombre de membres actifs de l’organisation s’élève à 60, mais beaucoup sont en prison, selon Mary Bossi. En revanche, le nombre de sympathisants prêts à entrer en action pourrait atteindre 2 000 personnes. « Même si les membres de la Conspiration sont en prison, ils ont accès à Internet. Ils communiquent sur plusieurs sites du réseau anarchiste et ainsi recrutent de nouveaux membres », précise la chercheuse.

Interrogé sur la chaîne de télévision Skai, le ministre adjoint de la protection civile grec, Nikos Toskas, a assuré que l’équipement de contrôle à l’aéroport d’Athènes était « le meilleur d’Europe ». Quant au risque de nouveaux envois de colis piégés, le ministre s’est voulu rassurant : « Il n’y a pas de signe d’un nouveau paquet piégé. » Mary Bossi remarque cependant que « les derniers gouvernements grecs ont toujours considéré les actions des organisations anarchistes comme des actes de faible intensité, comme s’il s’agissait d’amateurs. Mais il faudrait peut-être qu’ils se méfient, car désormais elles se renforcent et tissent des liens importants à l’étranger ».

 

Colis piégés : qui se cache derrière la Conspiration des cellules de feu ?

Soupçonné d’être à l’origine de l’envoi du colis piégé au FMI, ce groupe anarchiste grec a revendiqué celui qui a été expédié au ministère allemand des Finances.

PAR , À ATHÈNES

 Publié le 17/03/2017 à 08:23 | Le Point.fr

GRÈCE : CAZENEUVE À ATHÈNES POUR NÉGOCIER LES EXIGENCES DES CRÉANCIERS

De notre correspondante à Athènes |Pour le Courrier des balkans;  vendredi 3 mars 2017

 

Bernard Cazeneuve, le Premier ministre français, se rend aujourd’hui à Athènes, alors que le gouvernement d’Alexis Tsipras est en négociation pour conclure l’évaluation des réformes exigées par les créanciers du pays. Si aucune solution n’est trouvée avant l’été, la Grèce risque la faillite.

Par Marina Rafenberg

À Athènes, l’annonce de la visite du Premier ministre français Bernard Cazeneuve n’a pas fait beaucoup de bruit. Le préoccupation première, cette semaine, c’est le retour des créanciers du pays (BCE, Commission européenne, FMI), qui négocient pour évaluer le paquet de réformes prévues par l’accord signé à l’été 2015. En juillet, la Grèce doit à nouveau rembourser des prêts et, sans accord avec les créanciers avant cette échéance, le pays se trouvera dans l’incapacité d’honorer ses dettes et il risque la faillite.

Les représentants des créanciers qui ont rencontré les ministres des Finances et du Travail ont notamment discuté de la possibilité de prolonger les mesures d’austérité après 2018. Une hypothèse à laquelle s’est pour le moment refusé le gouvernement d’Alexis Tsipras. Les retraites pourraient même être de nouveau rabotées. Mercredi, une manifestation était organisée devant l’hôtel Hilton, où les représentants des créanciers ont installé leur QG. Jeudi, c’était au tour du corps médical et du personnel hospitalier de se mobiliser.

La Grèce a changé et elle est en train de réussir. Il faut l’accompagner dans cette réussite.

Dans ce contexte tendu, l’arrivée de Barnard Cazeneuve n’est pas une si mauvaise nouvelle pour Alexis Tsipras. La France plaide, tout comme le FMI, pour un allègement de la dette grecque qui s’élève actuellement à près de 180% du PIB. Sans mesures d’allègement (baisse des taux d’intérêt dans les remboursements des prêts ou allongement des périodes de remboursement), elle pourrait atteindre 275 % du PIB selon le FMI. Mais Berlin ne semble pas prêt à accepter une telle initiative. Michel Sapin, le ministre français de l’Économie et des Finances, a lundi estimé que « la Grèce a changé et qu’elle est en train de réussir. Il faut l’accompagner dans cette réussite et le faire jusqu’au bout pour lui permettre en 2018 de revenir sur les marchés ».

Outre une discussion avec le Premier ministre grec Alexis Tsipras, Bernard Cazeneuve, qui est accompagné de Michel Sapin et du secrétaire d’État aux affaires européennes, Harlem Désir, doit s’entretenir avec des dirigeants d’entreprises françaises implantées en Grèce et rencontrer des demandeurs d’asile qui vont être relocalisés en France en mars. Dans le cadre du programme européen adopté en octobre 2015 qui permet aux réfugiés d’être transférés vers d’autres pays européens, la France a accueilli près de 2 800 personnes, bien loin des objectifs fixés de 400 réfugiés relocalisés chaque mois depuis la Grèce.