JO 2016 : en Grèce, la flamme s’est éteinte au camp de réfugiés d’Elaionas

Publié dans LE MONDE le 04.08.2016

Sur le chemin sablonneux ­entre le camp de réfugiés d’Elaionas et le métro, Yasmine Haddad et ses deux enfants marchent sous un soleil de plomb dans cette zone industrielle de la banlieue d’Athènes. Hébergée avec cinq autres migrants dans un préfabriqué, elle espère pouvoir rejoindre dans quelques mois son mari en Allemagne et se rend chez l’avocat afin de préparer son dossier pour un regroupement familial.

A quelques jours du début des Jeux de Rio, cette mère de famille syrienne se souvient encore du ­passage de la flamme olympique, le 26 avril, dans le camp d’Elaionas :« C’était un moment fort. Nous ­avions l’impression que ce Syrien qui avait fui la guerre et qui portait la torche était notre étendard, qu’il pouvait inciter l’opinion publique ­internationale à s’intéresser à nos problèmes. » Ibrahim Al-Hussein, 27 ans, avait été sélectionné par le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) et le Comité international olympique (CIO) pour ce passage de relais. La promesse avait été faite en janvier par Thomas Bach, le ­président du CIO, pour « envoyer un message d’espoir et de confiance aux réfugiés et attirer l’attention du monde sur le sort et le problème des réfugiés dans le monde ».

« Cela n’a pas changé notre quotidien »

Originaire de la région de Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie, Ibrahim Al-Hussein, nageur de compétition dans son pays, a perdu son pied droit dans un bombardement. Désormais en fauteuil roulant, il pratique le basket-ball et la natation, tout en travaillant comme serveur dans une cafétéria. Le 25 août, le jeune homme, qui est arrivé en Grèce en 2014 et possède une carte de séjour, devrait s’envoler pour Rio afin de participer aux Jeux paralympiques avec l’équipe grecque de natation. Mais il attend encore son visa. « J’aime l’idée que je puisse devenir un modèle d’intégration. Mais, surtout, j’aimerais passer un message aux pays européens : les réfugiés ne doivent pas juste rester dans les camps, nous avons beaucoup de talents, explique-t-il au Monde. Moi-même, j’ai mis du temps à me remettre au sport, mais, avec du soutien, j’ai réussi. Il y a beaucoup d’autres sportifs réfugiés comme moi qui n’attendent que de pouvoir s’adonner à leur passion. »

Depuis le passage de la flamme olympique à Elaionas, le sort des quelque 50 000 réfugiés bloqués en Grèce n’a pas réellement changé. Les départs vers d’autres pays se font au compte-gouttes et les regroupements familiaux prennent entre six et dix mois. « Une attente où la priorité est de survivre », lance Yasmine. « Dans notre camp, nous avons vu défiler beaucoup d’hommes politiques, de personnalités, la flamme olympique, mais, au final, cela n’a pas rouvert les frontières ou changé notre quotidien », déplore-t-elle, amère.

« Ne pas se contenter des effets d’annonce »

« Le symbole de cette flamme entrant dans le camp ou de cette équipe de réfugiés allant aux Jeux de Rio est très beau, mais il ne faudrait pas se contenter d’effets d’annonce, dit Roulam Reza, 37 ans, un Afghan qui a fui son pays il y a huit mois. Il faut agir pour améliorer le quotidien des réfugiés, leur fournir de la nourriture, des vêtements mais aussi des moyens de se divertir et d’échapper à leur quotidien difficile. Le sport peut être un bon moyen, mais encore faut-il avoir les équipements pour. »

 

Dans le camp d’Elaionas, dans la banlieue d’Athènes, en janvier.

Le camp d’Elaionas dans la banlieue d’Athènes. Crédit: Thanassis Stavrakis/ AP

Au camp d’Elaionas, un panier de basket et un but de football ont été installés. Un professeur de sport vient aussi cinq fois par semaine. Mohamed, un Malien de 18 ans, a formé une équipe de foot avec ses amis du Mali, du Congo et de Guinée. Le jeune homme a regardé les matchs de l’Euro sur les écrans géants placés sur les terrasses des cafés du centre d’Athènes. « Evidemment, j’ai envie de suivre les Jeux, mais nous n’avons pas de télévision ici, donc c’est un peu compliqué, explique-t-il. Pour la première fois, une équipe de réfugiés est envoyée aux JO, mais les réfugiés dans les camps ne peuvent pas suivre les épreuves, c’est dommage ! J’espère que cette initiative va tout de même aider le monde à comprendre qu’on est tous les mêmes. Peu importe d’où on vient, nous avons tous les ­mêmes hobbies. » Ali, un Afghan de 25 ans, rappelle que« les Jeux olympiques, dans l’Antiquité, étaient un moment de trêve où les guerres s’arrêtaient ». « Malheureusement, ce n’est plus le cas, poursuit-il. Mais, en tant que réfugiés, nous devons avoir une place dans cette compétition pour montrer à tous que les conflits continuent de mettre de nombreuses ­personnes sur les routes de l’exil. »

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  • Marina Rafenberg (Athènes, correspondance)