CINÉMA GREC : YORGOS LANTHIMOS, LE CHEF DE FILE DE LA « VAGUE BIZARRE », PRIX DU SCÉNARIO À CANNES

| De notre correspondante à Athènes | samedi 27 mai 2017

 

Après avoir présenté« Canine » en 2009 et « The Lobster » en 2015, Yorgos Lanthimos, qui s’est imposé comme le chef de file de la nouvelle vague du cinéma grec, a obtenu le prix du scénario (ex-aequo) pour « Mise à mort du cerf sacré », son nouveau film.

 

Par Marina Rafenberg

Avec l’étonnant « Mise à mort du cerf sacré », c’est la troisième fois que Yorgos Lanthimos présente un film au festival de Cannes . À 44 ans, le cinéaste qui a débuté dans la publicité et les vidéos-clips avant de se consacrer au septième art surprend toujours autant avec une nouvelle œuvre inspirée du mythe antique d’Iphigénie.

L’histoire est celle d’un chirurgien, Steven, qui adopte un adolescent de 16 ans après la mort de son père lors d’une opération qu’il dirigeait. En apparence adorable au début, le jeune Martin va peu à peu se transformer en personnage diabolique et faire une prophétie terrible : tous les membres de la famille de Steven (sa femme et ses deux enfants) seront paralysés s’il ne se montre pas prêt à sacrifier l’un de ses enfants pour sauver les autres. Un huis clos déroutant et pervers qui, comme les autres films de Yorgos Lanthimos, joue avec le réel, interroge les relations sociales et familiales, mêle les dialogues absurdes à la cruauté et la violence. À la fin du film, le spectateur chamboulé doit tirer seul ses conclusions.

« Je préfère les films mystérieux qui ne donnent pas trop de détails ou d’informations sur l’histoire ou les personnages. (…) Je trouve ça beaucoup plus intéressant qu’une fiche de lecture explicative. En tant que spectateur, je veux être actif, c’est donc comme ça que j’appréhende mes propres films », déclarait-il au site Film de culte en 2013.

APRÈS COLIN FARREL ET LÉA SEYDOUX, NICOLE KIDMAN

C’est en 2009 que Yorgos Lanthimos commence à se faire remarquer sur la scène internationale avec son film « Canine » qui obtient le prix un Certain regard au 62ème festival de Cannes. Il s’agissait déjà d’un huis-clos familial pervers ayant pour décor la banlieue athénienne. Tourné avec 350 000 euros, le film donnait à l’époque l’impression d’un ovni cinématographique qui avait incité la critique à s’intéresser au renouveau du cinéma grec et à cette « vague bizarre », comme l’avait surnommée la presse anglo-saxonne.

En 2015, le réalisateur revenait avec « The Lobster », une fable futuriste dans laquelle les célibataires sont transformés en animaux s’ils ne trouvent pas l’âme-sœur dans les 45 jours. Il obtient le Prix du Jury à Cannes. Tourné en anglais, comme d’ailleurs « Mise à mort du cerf sacré », « The Lobster » a permis à Yorgos Lanthimos de toucher un plus grand public et d’attirer des acteurs réputés comme Colin Farrel, Rachel Weisz ou Léa Seydoux.

Dans son dernier opus, on retrouve Nicole Kidman. « Dans cette phase de ma vie et de ma carrière, je veux oser plus, dépasser mes limites, et un réalisateur comme Yorgos Lanthimos peut vous pousser dans cette direction », a confié l’actrice australienne lors de la présentation du film au Festival de Cannes. « Par exemple, de nombreuses fois, Yorgos demande aux acteurs de ne juste rien faire et c’est plus dur que ce que l’on croit ! »

Yorgos Lanthimos, qui lors d’une interview au Guardian en 2012 déclarait « avoir réalisé trois films en Grèce dans des circonstances très difficiles », a décidé de s’installer à Londres, où les conditions sont meilleures pour la production de ses films. Mais ce déménagement n’est pas irrévocable : « Avant j’étais réticent à l’idée de revenir en Grèce, mais maintenant je sens une espèce de liberté dans mon pays que je ne retrouve pas ailleurs à l’étranger où les réglementations sont très nombreuses », confiait-il au journal grec To Vima le 22 mai dernier.

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