GRÈCE : DÉBORDÉS ET PLUS PAYÉS, LES SERVICES D’ASILE SONT EN GRÈVE

| De notre correspondante à Athènes | jeudi 6 avril 2017

Les contractuels des services d’asile grecs, embauchés après la fermeture de la « route des Balkans », se sont mis en grève. Ces derniers ne sont plus payés depuis des mois et ne peuvent pas traiter correctement les demandes des réfugiés, faute de moyens suffisants.

 

Par Marina Rafenberg

Quelque 300 employés contractuels ont été embauchés par les services d’asile grecs depuis la fermeture de la « route des Balkans ». Mais, impayés depuis plusieurs mois, ces derniers se sont mis en grève mercredi, pour 48 heures. Ils ont aussi organisé un rassemblement devant les bureaux du ministre de l’Immigration, Ioannis Mouzalas, qui a reçu leurs représentants.

Une soixantaine de contractuels n’ont pas été payés depuis novembre et près de 260 depuis janvier-février. Les demandeurs d’asile qui avaient rendez-vous ces derniers jours pour que leurs cas soient étudiés se sont donc retrouvés en face d’effectifs réduits et les entretiens ont parfois été reportés de plusieurs mois.

Ahmad, un Syrien de 26 ans arrivé sur les côtes grecques avant la mise en œuvre de l’accord UE-Turquie le 20 mars 2016, a demandé l’asile en Grèce en septembre dernier et obtenu un entretien le 4 avril. Mardi, à 14h, une employée lui a appris qu’il n’y avait pas de traducteur disponible. Ahmad a rétorqué qu’il pouvait parler en anglais et ne souhaitait pas disposer de son droit à un traducteur. Mais il va falloir qu’il revienne le 11 août prochain pour son entretien. Légalement, la Grèce doit étudier dans un délai de neuf mois maximum les demandes d’asile des réfugiés arrivés dans le pays.

« Les services d’asile manquent de personnels et surtout de traducteurs, ce n’est pas si évident de trouver des personnes qualifiées parlant bien grec et arabe », concède-t-on au ministère de l’Immigration. « Nous avons embauché des gens récemment, mais pas encore assez. Il y a des mois, l’EASO, le Bureau européen d’appui en matière d’asile, avait promis de nous envoyer des renforts, mais nous les attendons toujours. »

Lors de la mise en place de l’accord UE-Turquie, les pays européens avaient promis de soutenir la Grèce, notamment dans les îles, pour aider le pays à traiter les demandes d’asile au plus vite. Selon la Commission européenne, 4000 spécialistes, parmi lesquels des traducteurs, devaient être déployés. Dans les faits, seul un quart d’entre eux sont arrivés.

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GRÈCE : AVEC LA CRISE, LES HÉRITIERS PRÉFÈRENT RENONCER AUX SUCCESSIONS

| De notre correspondante à Athènes | samedi 15 avril 2017

Quand on accepte un héritage, on prend l’actif et le passif : en Grèce, les successions comprennent bien souvent des dettes non réglées aux banques, au fisc ou à la Compagnie d’électricité. Les héritiers se méfient aussi du nouvel impôt foncier imposé par les créanciers du pays. Du coup, beaucoup préfèrent renoncer aux successions.

 

Par Marina Rafenberg

D’après le Syndicat des notaires grecs, les héritiers sont de moins moins nombreux à pouvoir assurer les frais de succession d’un parent décédé. Les plus pauvres ne peuvent pas payer l’impôt foncier (Enfia) exigé par les créanciers du pays depuis 2012 et qui a commencé à être effectivement prélevé en 2014. L’une de ces méthodes consiste à faire passer l’héritage à la génération suivante. Par exemple, un fils se démet de son héritage au profit de son propre fils. Une façon d’éviter de nouveaux frais à payer à la seconde succession. Cette tactique permet aussi de diminuer l’impôt sur la fortune de l’héritier.

Autre problème que remarquent les notaires : lorsqu’il y a plusieurs héritiers pour une propriété, ces derniers préfèrent bien souvent renoncer à l’héritage pour ne pas avoir à payer de frais, surtout si le bien ne représente pas un grand intérêt économique.

Avec la crise, de nombreux héritages comprennent aussi les dettes que parents et grands-parents ont accumulées. Il est donc de plus en plus fréquent de voir des personnes refuser des héritages pour ne pas avoir à rembourser des sommes importantes auprès des banques, du fisc, des compagnies d’eau et d’électricité.

Or, si ni les enfants, ni les petits-enfants, ni les cousins germains n’acceptent l’héritage, le bien revient automatiquement à l’État. Il arrive parfois que dix personnes d’affilée refusent l’héritage. Pourtant, les droits de succession ne sont pas très élevés en Grèce, surtout en comparaison avec d’autres pays européens : pour une succession d’une valeur de 500 000 euros, les frais s’élèvent à 11 500 euros pour des parents du premier degré (enfants, parents) et à 63 500 euros pour le second degré (frère, sœur, cousins).