GRÈCE : LES PAYSANS EN PLEINE JACQUERIE CONTRE L’AUSTÉRITÉ

| De notre correspondante à Athènes | mercredi 15 mars 2017

Les éleveurs et agriculteurs grecs sont touchés de plein fouet par la crise. Les mesures d’austérité et la baisse des prix ont placé au bord du dépôt de bilan un secteur qui fait toujours vivre près de 15% de la population active. Depuis plusieurs semaines, ils manifestent sans relâche contre le gouvernement d’Alexis Tsipras. Reportage.

 

Par Marina Rafenberg
La tension monte entre les paysans et le gouvernement d’Alexis Tsipras, et la violence a fini par éclater. Les agriculteurs y sont allés à coups de bâtons de berger sur les boucliers des policiers anti-émeutes et de jets de pierres sur le simple vitrage des fenêtres du ministère du Développement agricole lors de la manifestation du 8 mars. Les forces de l’ordre ont riposté avec des gaz lacrymogènes, mais ont eu le plus grand mal à empêcher les manifestants d’entrer dans le bâtiment. Quelques poubelles ont brûlé, un véhicule de police a été endommagé.

Cela fait plusieurs semaines que les agriculteurs enchaînent les manifestations. « Et ce n’est que le début », promet Spiros Grigorakis, un éleveur de moutons venus de Crète par bateau. « Si nous ne sommes pas entendus par le gouvernement, nous continuerons notre mobilisation, nous organiserons de plus en plus d’actions, nous occuperons des locaux du ministère et nous bloquerons les routes avec nos tracteurs. »

Ils étaient environ 1 500 à avoir fait le déplacement depuis cette île située à 4 heures du port du Pirée. Spiros explique sa colère : « La viande est vendue très peu chère en Grèce, car les consommateurs ne pourraient pas se permettre des prix plus élevés, mais nous, nous continuons à payer une TVA de 24% sur les engrais, sur les produits pour nos bêtes, sur l’essence… Nous demandons au gouvernement de faire un geste pour les agriculteurs et les éleveurs, et de revenir notamment sur la hausse des cotisations sociales qui va finir par nous couler complètement. »

J’ai des dettes, comme la plupart des agriculteurs grecs, et aujourd’hui, je ne travaille que pour rembourser mes prêts.

Stelios Karvounis est producteur d’olives et d’huile dans le Magne, au sud du Péloponnèse : « Avec un revenu de 10 000 euros par an, je payais jusque là 480 euros de cotisations sociales tous les six mois. Désormais, je dois payer pour toute l’année 2 700 euros, c’est une augmentation beaucoup trop importante et soudaine. »

Outre la hausse des cotisations, les agriculteurs doivent faire face, comme le reste de la population grecque, à la hausse de la TVA sur divers produits de base ainsi que sur l’essence et à la revalorisation de la taxe foncière qui s’applique aussi aux terres agricoles.

« Ensuite, sur mes 10 000 euros annuel », continue Stelios, « il y a encore 2 700 euros qui partent pour les impôts. Il me reste donc à peine 4 600 euros pour survivre toute l’année, sachant en plus que l’année 2016 n’a pas été très bonne pour notre récolte à cause des intempéries. Le gouvernement ne prend pas en compte ces circonstances particulières. Sans compter qu’il nous demande de payer les impôts pour 2016, mais aussi pour 2017 de manière anticipée. »

Du côté de Konstantinos Baraklitsis, producteur de coton dans le nord de la Grèce, le moral est aussi en berne. « Avec autant de TVA sur nos produits, comment être compétitifs à l’export ? », soupire-t-il. « Les coûts de production augmentent sans cesse car les prix de l’essence, des graines, des engrais sont aussi en hausse. J’ai des dettes auprès de ma banque, comme la plupart des agriculteurs grecs, et à l’heure actuelle je ne travaille que pour rembourser mes prêts. Je ne vois pas le bout du tunnel. »

Je ne souhaite même plus que mon fils reprenne l’exploitation, ça ne vaut pas le coup.

La modification des cartes forestières décidée par le gouvernement Siriza est un autre point sensible. « Certains de nos arbres sont désormais considérés comme faisant partie de la forêt et nous ne pouvons plus les exploiter. Le gouvernement nous prive donc d’une partie de notre production », s’agace Stelios.

Konstantinos est lui aussi très remonté contre Alexis Tsipras pour qui il a pourtant voté à son arrivée au pouvoir en 2015. Il estime que « comme pour les marins qui ne sont pas imposés sur l’essence qu’ils achètent pour leur bateau, les agriculteurs ne devraient pas payer de taxe sur l’essence utilisée pour leurs tracteurs. Pourquoi le gouvernement ne peut-il pas nous faire ce petit geste ? »

Les paysans grecs bénéficient bien entendu des aides de l’Union européenne via la politique agricole commune, mais dorénavant elles seront elles aussi soumises aux impôts. « Ces aides nous permettent de vendre nos produits à des prix peu chers, sans elles, nous ne pourrions pas survivre », se désole Stelios. Le sexagénaire cultive des olives depuis quatre décennies, mais et il depuis cinq ans, chaque année est de plus en plus en compliquée. « Je ne souhaite même plus que mon fils reprenne l’exploitation, ça ne vaut pas le coup. »

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