With art and sport, young refugees build new lives in Greece

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ATHENS (AFP) –

Jawad Ahmadi, an 18-year-old Afghan, reached the island of Lesbos a year ago with his older brother and cousin, believing Greece would be just a temporary stop on his way to Germany.

But just as he arrived, Europe’s borders were shut, leaving him stuck in Greece and curtailing his European dream.

“For eight months, every day, I woke up without knowing what I was going to do that day,” Ahmadi says. “I was going crazy.”

But four months ago, Ahmadi made his way to the Athens offices of the Greek Forum of Migrants and began Greek language lessons.

Now, in addition to the language classes, he is preparing for a football tournament, part of an effort by aid groups to help young refugees find a place in their new home.

“I decided to take charge and start building my future. I want to study computers and keep playing football, my passion,” says Ahmadi.

“In the end, it’s probably a good thing that I stayed in Greece. Here, the government doesn’t give any help to refugees: You have to work harder than in Germany, where refugees are pampered.”

With the support of Mercy Corps, the US-based humanitarian group, Ahmadi has formed his own football team. It competes in a tournament launched by the group in January for teams composed of refugees as well as volunteers from Greece, Spain and other European countries.

“We’ve noticed that a lot of activities were being offered for children, but there were few for teenagers and young adults,” says Mercy Corps’ Monica Rabii.

“But they are very nervous because they don’t know what their future holds.”

“That’s why, thanks to donations from large international companies, we decided to finance projects for young refugees, in partnership with local players.”

– ‘Like a normal citizen’ –

For Ahmadi, the tournament is the best way for migrants to mix with Greeks and other Europeans, “and to show that refugees are just like any other youths”.

Each morning he leaves a camp in Oinofita, an industrial zone about an hour north of Athens, to attend his language classes and football practice.

“I only come back to the camp to sleep,” he says. “I feel more and more like a normal citizen, and less like a migrant stuck in Greece,” he said.

Iman al-Bohtori, a 22-year-old Syrian who also arrived last March, is also looking forward to recovering “a normal life”.

She is hoping to be allowed to join family members in Sweden, where her sister recently went to be with her husband and their brother.

“When my sister left, I was very depressed, I felt paralysed,” says Bohtori, who has an economics degree from the University of Damascus.

But after meeting a worker at Mercy Corps, she began attending activities organised by Melissa, an association that helps migrant women by putting them in touch with former refugees.

There, she plays the guitar and makes origami, activities that help her to “stay positive, and not think about the past or the uncertainties of the future.”

Melissa recently held a sculpture class where participants began by carving dolls out of potatoes — eliciting peals of laughter around the room.

“It is meant for every single one of them to feel some worth, to create, to have creativity, to not just sit and wait,” said Brumilda Mustafa Guda, an Albanian artist who led the class.

For Zozen Daoud, a 26-year-old Syrian mother of two, the class offers a chance to “relax, and forget that I’m stuck in Greece with no job and far from the ones I love”.

“I spent eight months at Idomeni,” a migrant camp on the closed border with Macedonia, “where I only thought about my survival,” she said.

“Now, even if Greece wasn’t my first choice, I have to think about settling here, learning the language and finding a job.”

by Marina RAFENBERG
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Bloqués en Grèce, des réfugiés se reconstruisent par l’art et le sport

REPORTAGE 

“Je ne reviens au camp que pour dormir, je me sens de plus en plus comme un citoyen normal”.

AFP/ Marina RAFENBERG. Publié le 27/03/2017.

“Pendant huit mois, chaque jour, je me réveillais sans savoir ce que j’allais faire de ma journée, je devenais fou”, raconte Jawad Ahmadi. Aujourd’hui, il apprend le grec et s’occupe d’un tournoi de football à Athènes.

Jawad, 18 ans, Afghan de Kaboul, pensait que la Grèce ne serait qu’une étape sur la route de l’Allemagne. Mais lorsqu’il débarque sur l’île de Lesbos le 5 mars 2016, avec son frère aîné et son cousin, les frontières du nord du pays viennent de se refermer, ruinant son rêve.
Un an plus tard, après des mois difficiles, Jawad a surmonté sa déception. “Finalement, ce n’est peut-être pas plus mal que je sois resté en Grèce. Ici, l’Etat ne donne pas d’aides aux réfugiés. Tu es obligé de faire plus d’efforts qu’en Allemagne où les réfugiés sont choyés”, croit-il savoir.
Il y a quatre mois, il s’est donc rendu dans les locaux du Forum grec pour les migrants à Athènes pour suivre ses premiers cours de grec. “Je me suis pris en main pour construire peu à peu mon avenir. Je veux étudier l’informatique et continuer le football, ma passion”, souligne-t-il.

Pour cela, il bénéficie du soutien d’une ONG, Mercy Corps, qui l’a aidé à monter son équipe, et depuis janvier à mettre en place un tournoi où s’affrontent différentes équipes composées de joueurs réfugiés, grecs mais aussi italiens et espagnols notamment.
“Nous avions remarqué que beaucoup d’activités étaient proposées aux enfants mais peu aux adolescents et jeunes adultes. Pourtant, ils sont très angoissés car ils ne savent pas à quoi va ressembler leur avenir”, explique Monica Rabii, de Mercy Corps. “C’est ainsi que grâce à des fonds venant de grandes entreprises internationales,nous avons décidé de financer les projets qu’avaient certains jeunes réfugiés, en partenariat avec des acteurs locaux”, poursuit-elle.

Pour Jawad, le tournoi de foot est le meilleur moyen “de faire se rencontrer des Européens, des Grecs et des réfugiés, et de montrer que les réfugiés sont des jeunes comme les autres, avec les mêmes passions”.
Chaque matin il part du camp d’Oinofita, dans une zone industrielle à une heure au nord d’Athènes, pour suivre ses cours de grec et aller à son entraînement de foot.

‘Comme un citoyen normal’

“Je ne reviens au camp que pour dormir, je me sens de plus en plus comme un citoyen normal et plus comme un migrant coincé en Grèce”, se réjouit-il.

A Athènes, dans le centre Melissa qui coopère avec Mercy Corps, Iman Al Bohtori, une Syrienne de 22 ans, aspire aussi à reprendre une “vie normale”. Arrivée elle aussi en mars 2016, elle attend un hypothétique regroupement familial en Suède. Sa soeur a pu y rejoindre son mari et leur frère il y a quelques semaines.
“Quand ma soeur est partie, j’étais très déprimée, je me sentais paralysée”, raconte cette diplômée en économie de l’université de Damas. Mais elle finit par écouter une personne rencontrée à Mercy Corps, qui insiste pour qu’elle vienne “participer aux activités ou juste papoter”. Elle joue de la guitare, fait des origamis, pour “aller de l’avant, rester positive, ne pas penser au passé ni à l’incertitude de l’avenir”.

A Melissa, association qui vient en aide aux femmes réfugiées en incitant les migrants d’hier à dialoguer avec les nouveaux arrivants grâce aux arts, le cours de sculpture prodigué par une artiste albanaise provoque des éclats de rire. Les participantes doivent fabriquer une poupée à partir d’une pomme de terre. “Je me détends, j’oublie que je suis bloquée en Grèce sans travail et loin de ceux que j’aime”, commente Zozen Daoud, une Syrienne de 26 ans.
“J’ai passé huit mois à Idomeni (à la frontière fermée avec la Macédoine), où je ne pensais qu’à ma survie, confie cette mère de deux enfants. Désormais, même si la Grèce n’était pas mon premier choix, je dois penser à m’y intégrer, apprendre la langue, trouver un travail”.

En Grèce, le cri de colère des réfugiés et des ONG contre l’accord UE-Turquie

LE MONDE | 20.03.2017 à 10h44 • Mis à jour le 20.03.2017 à 14h43

Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim)

« Je ne m’attendais pas à être traité comme un prisonnier en arrivant en Europe, dit en soupirant Eyad, 41 ans, arrivé le 11 novembre sur l’île de Lesbos. J’ai fui la guerre en Syrie, j’ai été torturé en prison par le régime d’Assad pour mes opinions politiques. Je pensais qu’en arrivant en Europe, je serais protégé, mais j’ai été détenu comme un criminel pendant deux mois à Lesbos avant d’obtenir ma carte de demandeur d’asile. » Depuis la mise en place de l’accord entre Ankara et l’Union européenne, le 20 mars 2016, tout migrant arrivé en Grèce depuis les côtes turques doit être renvoyé en Turquie après étude de sa demande d’asile.

Si la Turquie est jugée comme étant un « pays sûr » pour le demandeur, il ne pourra alors pas rester en Grèce. Depuis un an, 851 migrants ont été renvoyés en Turquie selon les derniers chiffres de la police grecque, soit parce qu’il ne s’agissait pas de personnes pouvant prétendre au statut de demandeur d’asile mais de migrants économiques, soit parce qu’ils optaient pour un retour volontaire, souvent désespérés à force de rester dans les camps des îles grecques dans des conditions déplorables. Aucun Syrien n’a jusque-là officiellement été forcé à retourner en Turquie.

Lire aussi :   Quel est le bilan du pacte migratoire UE-Turquie au bout d’un an ?

Mais d’ici à quelques jours, le Conseil d’Etat grec pourrait prendre une décision qui fera jurisprudence. En effet, deux demandeurs d’asile syriens arrivés après le 20 mars 2016 ont fait appel pour ne pas être renvoyés en Turquie et ont été entendus par la justice grecque le 10 mars. « Si le Conseil d’Etat rejetait l’appel, cela pourrait ouvrir la voie à des renvois massifs de demandeurs d’asile en Turquie », explique Human Rights Watch dans un rapport publié le 15 mars.

« Après toutes les épreuves que nous avons traversées, ils veulent nous renvoyer en Turquie… »

Salim est arrivé le 20 mars 2016 sur l’île grecque de Chios, le jour même de l’entrée en vigueur de l’accord. « Je n’ai même pas eu le temps de marcher quelques mètres sur la terre ferme que la police m’a arrêté et m’a emmené dans un camp fermé, où je suis resté pendant vingt jours sans pouvoir sortir », explique Salim. Après avoir été envoyé sur l’île de Léros, « dans un camp surpeuplé où nous étions douze par conteneur, sans avoir aucune intimité », Salim a fini par obtenir sa carte de demandeur d’asile après deux mois et demi d’attente et a pu être transféré à Athènes, car considéré comme un cas « vulnérable ». Il a subi une opération chirurgicale au torse il y a quelques semaines.

Mais le jeune homme de 25 ans a eu le 14 octobre 2016 une mauvaise nouvelle : sa demande d’asile en Grèce a été rejetée en première instance. D’ici à une semaine il devrait avoir la réponse de son appel. « Après toutes les épreuves que nous avons traversées, ils veulent nous renvoyer en Turquie… Je ne compte pas attendre mon retour forcé bien sagement. Si j’avais l’opportunité et l’argent dans les jours à venir, je prendrais le chemin du nord de l’Europe avec un passeur ou même sans », s’exclame Salim.

« DÉPRESSIONS ET STRESS AIGU »

Un an après l’accord entre l’Union européenne et la Turquie, près de 62 400 migrants seraient toujours bloqués en Grèce, d’après les chiffres du gouvernement grec. C’est à Léros, Cos, Chios, Samos, Lesbos, les cinq centres d’identification et d’enregistrements des migrants dits « hot spots », que la situation est la plus critique. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ces cinq îles peuvent accueillir jusqu’à 8 759 personnes, alors que 14 000 demandeurs d’asile s’y trouveraient actuellement.

« A Lesbos, le camp de Moria est en surchauffe. Les conditions sont difficiles. Cet hiver, nous avons vu notamment des tentes non chauffées abriter des familles, trois personnes sont également mortes dans ce centre… », rappelle Efi Latsoudi qui, depuis 2012, gère à Lesbos un centre pour les réfugiés les plus vulnérables arrivés sur l’île (femmes enceintes, jeunes enfants, handicapés) et qui a été récompensée en 2016 par le prix Nansen pour les réfugiés décerné par le HCR. « Nous observons de plus en plus de cas de dépression et de stress aigu chez les réfugiés. Ils ont peur d’être renvoyés en Turquie. Certains sont depuis un an dans les camps sans savoir ce qu’ils vont devenir… », expose-t-elle.

Selon Médecins sans frontières, les automutilations et tentatives de suicide sont en « nette augmentation ». D’après le rapport de l’organisation non gouvernementle (ONG), à Lesbos les psychologues ont reçu ces derniers mois trois fois plus de patients souffrant de stress post-traumatique.

DES CONDITIONS « DÉGRADANTES »

A Lesbos, Efi Latsoudi s’inquiète également du « manque de transparence et de visibilité sur ce qu’il se passe dans les centres de détention », où sont détenus les migrants le temps que leurs demandes d’asile soient étudiées. « Un Syrien est ainsi détenu depuis six mois, dans des conditions qui nous sont inconnues puisque nous n’avons pas accès au site… », ajoute-t-elle.

Lors d’une visite à Lesbos jeudi 16 mars, le commissaire européen chargé des migrations, Dimitris Avramopoulos, a qualifié l’accord Turquie-UE de « succès », assurant qu’il avait permis de réduire le nombre d’arrivées en Grèce, qui seraient passées « de quelque 10 000 (…) par jour il y a un an à une cinquantaine en moyenne ».

Au contraire pour les ONG et les associations, comme Amnesty International, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), Human Rights Watch, Médecins sans frontières, Solidarity Now, le Conseil des réfugiés grec, et l’Union des droits de l’homme grecque, c’est un échec. Ce pacte « mine les valeurs européennes des droits de l’homme et de la dignité », viole le droit international de l’asile, et crée des conditions « dégradantes » pour les migrants bloqués sur les îles grecques, tout en favorisant les affaires des passeurs, ont-elles déclaré lors d’une conférence de presse jeudi, quelques jours avant le premier anniversaire de l’accord.

Colis piégé au FMI : qui se cache derrière la Conspiration des cellules de feu ?

Soupçonnée d’avoir expédié un explosif au FMI, l’organisation est responsable de plus de 250 attaques.

LE MONDE | 17.03.2017 à 17h46 • Mis à jour le 17.03.2017 à 20h48 | Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim)

La Conspiration des cellules de feu, groupe anarchiste qui a revendiqué, jeudi 16 mars, l’envoi d’un colis piégé, la veille, au ministère des finances allemand, serait, d’après les enquêteurs, également à l’origine de l’incident survenu le même jour à Paris au siège du FMI, au cours duquel une employée a été blessée au visage et aux mains. En effet, les mêmes méthodes ont été utilisées et rappellent les tactiques de la mouvance anarchiste grecque.

En Allemagne, le paquet qui comportait un livre où était caché l’explosif avait été envoyé sous le nom d’un ancien ministre du parti Nouvelle-Démocratie (ND, droite), Adonis Georgiadis, issu de l’extrême droite et honni de l’extrême gauche grecque. Le colis parisien avait, lui aussi, été expédié sous le nom d’un porte-parole du parti de droite, d’après Nikos Toskas, le ministre adjoint à la protection civile grec.

La Conspiration des cellules de feu est bien connue des autorités et de la police grecques. Elle est en effet responsable, depuis sa création, de plus de 250 attaques contre diverses institutions, magistrats. « C’est l’un des groupuscules anarchistes les plus dangereux qui opèrent actuellement en Grèce, même si, contrairement [à l’Organisation révolutionnaire] du 17-Novembre, qui a tué 23 personnes entre 1973 et 2002, il n’a jamais fait de victimes graves », explique Vassilis Lambropoulos, journaliste au quotidien To Vima et spécialiste du terrorisme d’extrême gauche.

Cibles privilégiées des organisations anarchistes

« En Grèce, nous sommes habitués aux actions ponctuelles de groupuscules anarchistes qui, d’ordinaire, placent des explosifs ou envoient des colis piégés chez des députés ou des magistrats, dans des banques. Mais ils avertissent en général en amont la police pour ne pas faire de victimes, souligne Mary Bossi, professeure de sécurité internationale à l’université du Pirée et autrice de plusieurs ouvrages sur le terrorisme en Grèce. Cependant, la Conspiration a déjà dit dans plusieurs communiqués qu’elle pouvait s’en prendre à la population. Dans sa rhétorique, si les citoyens restent sur leur chaise et ne participent pas au combat, ils sont complices du pouvoir et peuvent donc être touchés par leurs actions. »

Les cibles de la Conspiration des cellules de feu sont assez classiques : banques, casernes militaires, députés, magistrats. Dans la revendication de l’attaque contre le ministère des finances allemand, publié sur le site d’information alternatif Indymedia, l’organisation soutient avoir agi dans le cadre d’un plan Nemesis (« justice », en grec).

Lire aussi :   La piste de l’ultragauche grecque après l’explosion au FMI à Paris

« Nous continuons avec passion et conviction notre combat contre les institutions, les lieux et les visages du pouvoir », est-il expliqué dans un communiqué. L’Allemagne et le FMI sont jugés responsables par une grande partie de la population grecque des mesures d’austérité qui s’abattent sur son pays depuis six ans et sont donc des cibles privilégiées pour les organisations anarchistes et anticapitalistes.

« La crise économique et sociale a renforcé le mouvement anarchiste grec. La défiance envers les politiques et l’Etat grandit, les institutions internationales qui imposent au pays la rigueur sont de plus en plus mal vues par la population », confirme M. Lambropoulos. Une analyse que partage Mme Bossi : « La crise économique pousse de nombreux jeunes à rejeter le système démocratique actuel et ils peuvent se retrouver dans ces mouvements contre l’Etat, contre le capitalisme. » En visant le siège du FMI à Paris, « la Conspiration vise à se faire reconnaître internationalement et a suscité de nouvelles collaborations à l’étranger avec des organisations anarchistes. Elle dispose déjà de liens étroits avec les anarchistes italiens de la Fédération anarchiste informelle », commente la chercheuse.

Une organisation née en 2008

Mais la création du groupuscule anarchiste remonte à avant le début de la crise, en janvier 2008, quelques semaines après l’assassinat, par des policiers, d’Alexis Grigoropoulos, un jeune adolescent. Le quartier d’Exarcheia, à Athènes, terreau de l’anarchisme grec, s’était alors embrasé pendant plusieurs semaines. A la suite de cette révolte urbaine, plusieurs organisations telles que la Conspiration des cellules de feu avaient vu le jour.

En 2009, la Conspiration s’en était prise à la résidence d’un procureur puis au tribunal de Thessalonique, dans le nord de la Grèce. L’organisation avait aussi perpétré une vague d’attentats en Grèce contre des banques et des concessionnaires de voitures de luxe. Le 3 novembre 2010, quatorze colis piégés – selon le même procédé que celui utilisé contre le ministre des finances allemand et le siège du FMI à Paris – avaient été envoyés à plusieurs ambassades en Grèce, mais aussi à Angela Merkel, au président Nicolas Sarkozy, au premier ministre italien Silvio Berlusconi ou à José Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission européenne. En 2011, une dizaine de membres du groupe sont emprisonnés, et condamnés pour « participation à une organisation criminelle ».

En 2014, la Conspiration fait son grand retour avec de nouvelles recrues. Le nombre de membres actifs de l’organisation s’élève à 60, mais beaucoup sont en prison, selon Mary Bossi. En revanche, le nombre de sympathisants prêts à entrer en action pourrait atteindre 2 000 personnes. « Même si les membres de la Conspiration sont en prison, ils ont accès à Internet. Ils communiquent sur plusieurs sites du réseau anarchiste et ainsi recrutent de nouveaux membres », précise la chercheuse.

Interrogé sur la chaîne de télévision Skai, le ministre adjoint de la protection civile grec, Nikos Toskas, a assuré que l’équipement de contrôle à l’aéroport d’Athènes était « le meilleur d’Europe ». Quant au risque de nouveaux envois de colis piégés, le ministre s’est voulu rassurant : « Il n’y a pas de signe d’un nouveau paquet piégé. » Mary Bossi remarque cependant que « les derniers gouvernements grecs ont toujours considéré les actions des organisations anarchistes comme des actes de faible intensité, comme s’il s’agissait d’amateurs. Mais il faudrait peut-être qu’ils se méfient, car désormais elles se renforcent et tissent des liens importants à l’étranger ».

 

Colis piégés : qui se cache derrière la Conspiration des cellules de feu ?

Soupçonné d’être à l’origine de l’envoi du colis piégé au FMI, ce groupe anarchiste grec a revendiqué celui qui a été expédié au ministère allemand des Finances.

PAR , À ATHÈNES

 Publié le 17/03/2017 à 08:23 | Le Point.fr

GRÈCE : LES PAYSANS EN PLEINE JACQUERIE CONTRE L’AUSTÉRITÉ

| De notre correspondante à Athènes | mercredi 15 mars 2017

Les éleveurs et agriculteurs grecs sont touchés de plein fouet par la crise. Les mesures d’austérité et la baisse des prix ont placé au bord du dépôt de bilan un secteur qui fait toujours vivre près de 15% de la population active. Depuis plusieurs semaines, ils manifestent sans relâche contre le gouvernement d’Alexis Tsipras. Reportage.

 

Par Marina Rafenberg
La tension monte entre les paysans et le gouvernement d’Alexis Tsipras, et la violence a fini par éclater. Les agriculteurs y sont allés à coups de bâtons de berger sur les boucliers des policiers anti-émeutes et de jets de pierres sur le simple vitrage des fenêtres du ministère du Développement agricole lors de la manifestation du 8 mars. Les forces de l’ordre ont riposté avec des gaz lacrymogènes, mais ont eu le plus grand mal à empêcher les manifestants d’entrer dans le bâtiment. Quelques poubelles ont brûlé, un véhicule de police a été endommagé.

Cela fait plusieurs semaines que les agriculteurs enchaînent les manifestations. « Et ce n’est que le début », promet Spiros Grigorakis, un éleveur de moutons venus de Crète par bateau. « Si nous ne sommes pas entendus par le gouvernement, nous continuerons notre mobilisation, nous organiserons de plus en plus d’actions, nous occuperons des locaux du ministère et nous bloquerons les routes avec nos tracteurs. »

Ils étaient environ 1 500 à avoir fait le déplacement depuis cette île située à 4 heures du port du Pirée. Spiros explique sa colère : « La viande est vendue très peu chère en Grèce, car les consommateurs ne pourraient pas se permettre des prix plus élevés, mais nous, nous continuons à payer une TVA de 24% sur les engrais, sur les produits pour nos bêtes, sur l’essence… Nous demandons au gouvernement de faire un geste pour les agriculteurs et les éleveurs, et de revenir notamment sur la hausse des cotisations sociales qui va finir par nous couler complètement. »

J’ai des dettes, comme la plupart des agriculteurs grecs, et aujourd’hui, je ne travaille que pour rembourser mes prêts.

Stelios Karvounis est producteur d’olives et d’huile dans le Magne, au sud du Péloponnèse : « Avec un revenu de 10 000 euros par an, je payais jusque là 480 euros de cotisations sociales tous les six mois. Désormais, je dois payer pour toute l’année 2 700 euros, c’est une augmentation beaucoup trop importante et soudaine. »

Outre la hausse des cotisations, les agriculteurs doivent faire face, comme le reste de la population grecque, à la hausse de la TVA sur divers produits de base ainsi que sur l’essence et à la revalorisation de la taxe foncière qui s’applique aussi aux terres agricoles.

« Ensuite, sur mes 10 000 euros annuel », continue Stelios, « il y a encore 2 700 euros qui partent pour les impôts. Il me reste donc à peine 4 600 euros pour survivre toute l’année, sachant en plus que l’année 2016 n’a pas été très bonne pour notre récolte à cause des intempéries. Le gouvernement ne prend pas en compte ces circonstances particulières. Sans compter qu’il nous demande de payer les impôts pour 2016, mais aussi pour 2017 de manière anticipée. »

Du côté de Konstantinos Baraklitsis, producteur de coton dans le nord de la Grèce, le moral est aussi en berne. « Avec autant de TVA sur nos produits, comment être compétitifs à l’export ? », soupire-t-il. « Les coûts de production augmentent sans cesse car les prix de l’essence, des graines, des engrais sont aussi en hausse. J’ai des dettes auprès de ma banque, comme la plupart des agriculteurs grecs, et à l’heure actuelle je ne travaille que pour rembourser mes prêts. Je ne vois pas le bout du tunnel. »

Je ne souhaite même plus que mon fils reprenne l’exploitation, ça ne vaut pas le coup.

La modification des cartes forestières décidée par le gouvernement Siriza est un autre point sensible. « Certains de nos arbres sont désormais considérés comme faisant partie de la forêt et nous ne pouvons plus les exploiter. Le gouvernement nous prive donc d’une partie de notre production », s’agace Stelios.

Konstantinos est lui aussi très remonté contre Alexis Tsipras pour qui il a pourtant voté à son arrivée au pouvoir en 2015. Il estime que « comme pour les marins qui ne sont pas imposés sur l’essence qu’ils achètent pour leur bateau, les agriculteurs ne devraient pas payer de taxe sur l’essence utilisée pour leurs tracteurs. Pourquoi le gouvernement ne peut-il pas nous faire ce petit geste ? »

Les paysans grecs bénéficient bien entendu des aides de l’Union européenne via la politique agricole commune, mais dorénavant elles seront elles aussi soumises aux impôts. « Ces aides nous permettent de vendre nos produits à des prix peu chers, sans elles, nous ne pourrions pas survivre », se désole Stelios. Le sexagénaire cultive des olives depuis quatre décennies, mais et il depuis cinq ans, chaque année est de plus en plus en compliquée. « Je ne souhaite même plus que mon fils reprenne l’exploitation, ça ne vaut pas le coup. »

GRÈCE : AVEC LA CRISE ÉCONOMIQUE, LE NOMBRE DES DIVORCES EXPLOSE

| De notre correspondante à Athènes | lundi 6 mars 2017

 

Difficile d’avoir une vie de couple sereine en temps de crise. Outre la violence psychologique que représente la perte d’un emploi, certains font officiellement le choix de se séparer pour échapper à des taxes et percevoir des allocations.

 

Par Marina Rafenberg

Après 2008 et le début de la crise économique, le nombre de divorces a diminué en Grèce. Comment payer deux logements avec de petits revenus ? Comment assurer une pension alimentaire pour les enfants ? En 2010, 13 275 divorces ont été recensés, 13 607 en 2009. Mais la tendance s’est inversée en 2012, avec 14 880 divorces et un record a même été atteint en 2013, avec 16 717 séparations.

« Alors que la crise s’est éternisée, les divorces ont augmenté, ils concernent désormais 30 à 32% des couples qui se marient, contre 22% avant 2008 », explique au journal Kathimerini Laura Maratou Alibradi, professeur en psychologie à l’Université d’Athènes. « La pression économique et le stress sont des violences psychologiques pour les couples, alors même que la famille reste pourtant un rempart face à la crise ». Les divorces pour des raisons économiques ont augmenté, certains avocats parlant même de « divorces blancs », c’est-à-dire de séparations non voulues mais justifiées par la volonté de faire des économies.

« L’augmentation de l’imposition, les faillites d’entreprises, les dettes, le chômage conduisent de nombreux couples à se séparer, alors qu’ils continuent à habiter ensemble », explique à Kathimerini, Spyros Piperos, avocat au barreau d’Athènes. Ainsi, si « l’entreprise » du couple fait faillite, le divorce peut permettre à l’un à des deux conjoints d’être épargné par le remboursement d’une dette ou par le paiement de certaines taxes.

« Des couples divorcent afin que des mères puissent déclarer qu’elles habitent seules avec leurs enfants et recevoir des allocations. Pour ceux qui ont plusieurs propriétés, une séparation peut permettre de déclarer les deux appartements comme des propriétés principales, et ainsi éviter la confiscation de leurs bien en cas de dettes [1] », conclut Spyros Piperos.