UN NOËL À LA BOUGIE ET SANS CADEAU POUR LES RETRAITÉS

| De notre correspondante à Athènes | lundi 19 décembre 2016

 

Les années passent et les retraités grecs sombrent toujours un peu plus dans la misère. Depuis 2010, ils ont perdu de 30 à 50% du montant de leurs pensions. Certains arrivent tout juste à survivre, en coupant le chauffage et l’électricité pour pouvoir manger. Et à la moindre mesure sociale prise par Athènes, l’Eurogroupe répond en refusant en bloquant tout allègement de la dette grecque.

 

Par Marina Rafenberg

À 95 ans, c’est tout seul que Christos Papazoglou a fait le déplacement depuis son île natale de Crète jusqu’à Athènes. « Il ne faut pas se décourager, il faut continuer à protester contre les mesures inhumaines que veulent nous imposer l’Allemagne et les créanciers », peste le vieil homme. Jeudi 15 décembre, quelque 2000 retraités s’étaient donnés rendez-vous devant le Parlement grec, qui examinait le déblocage d’une aide financière d’urgence, au mois de décembre, pour les personnes âgées touchant une pension inférieure à 850 euros. « Ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan et pourtant, même cela, les Allemands ne sont pas prêts à nous l’accorder », soupire Christos, ancien résistant qui ne mâche pas ses mots contre Angela Merkel et le gouvernement allemand.

Quand tu paies 100 euros d’électricité, 40 euros de téléphone, 50 euros d’eau, il ne te reste pas grand chose pour payer le médecin, pour prendre un café ou même offrir un bonbon à ton petit-fils.

Après le vote de cette mesure jeudi soir, et suite à un allègement de la TVA dans les îles du nord de la mer Égée, qui subissent de plein fouet depuis deux ans la crise migratoire, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a annoncé vouloir suspendre l’allégement de la dette grecque, à la demande de l’Allemagne. « Nous avons l’impression d’être une colonie, nos politiques ne sont que des marionnettes qui ne peuvent prendre aucune initiative », continue le vieil homme, qui tenait autrefois une pâtisserie à Heraklion. Comme de nombreux retraités, Christos touchait récemment 840 euros par mois mais, avec les successives mesures d’austérité, il ne perçoit plus que 665 euros. « Comment vivre avec si peu ? Quand tu paies 100 euros d’électricité, 40 euros de téléphone, 50 euros d’eau, la taxe d’habitation et les autres impôts, il ne te reste pas grand chose pour payer le médecin, pour prendre un café ou même offrir une confiserie à ton petit-fils », continue-t-il. « Aussi, quand le gouvernement annonce de nouvelles baisses, tu te demandes réellement s’il ne cherche pas à t’achever ! »

Jusqu’à présent, Christos touchait l’allocation EKAS, une aide de l’État de 200 euros par mois pour les petites retraites. Mais le gouvernement a voté en mai dernier une réforme qui entend suspendre graduellement cette mesure d’ici 2019. Outre l’abolition de cette allocation, la nouvelle loi prévoit de retarder l’âge du départ à la retraite à 67 ans, la diminution des retraites de 20 à 30% pour toutes les personnes cessant de travailler après le vote de la réforme, une hausse des cotisations pour les professions libérales, les indépendants et les auto-entrepreneurs. Depuis le début de la crise, en 2010, les retraités ont déjà vu leurs pensions diminuer de 30 à 50%. Avant la mise en œuvre de cette dernière réforme, la pension de retraite moyenne des Grecs ne s’élevait qu’à 882 euros par mois.

Malgré son agacement, Christos s’estime pourtant chanceux. « Mes deux enfants ont émigré aux États-Unis, ils travaillent et peuvent m’aider de temps en temps. En Grèce, sans cette solidarité familiale, on serait fichus depuis longtemps ». Dans les faits, ce sont souvent les retraités qui soutiennent leurs enfants et leurs petits-enfants, 24% de la population active et près d’un jeune de moins de 30 ans sur deux étant toujours sans emploi. D’après la chercheur Savas Robolis, 500 000 familles ne compteraient même pas un actif.

Avec les 1 500 euros que je touche tous les mois, j’aide tout le monde. Je paie les factures d’électricité et les loyers de mes enfants et de mon petit-fils.

Constantin Theodopoulos, 67 ans, retraité de la compagnie publique de téléphone (OTE), a deux enfants et un petit-fils au chômage. « Avec les 1 500 euros que je touche tous les mois, j’aide tout le monde. Je paie les factures d’électricité et les loyers de mes enfants et de mon petit-fils. Je pioche aussi dans mes économies », explique-t-il. En six ans, Constantin a perdu 45% du montant de sa retraite, autrefois de 2800 euros par mois. « Non seulement nos pensions sont amputées, mais nous devons faire face à l’augmentation des impôts et de la TVA. Dans quel pays a-t-on une TVA de 23% sur les produits alimentaires ? Nous n’arrivons pas à voir le bout du tunnel, chaque mois la situation s’empire ».

Andreas et Poppy défilent au côté de Constantin, leur voisin du Pirée, avec leur fils Petros, 32 ans, au chômage depuis un an et demi. Poppy n’a jamais travaillé, elle a élevé ses trois enfants. Andreas était marin, il partait sur les mers de longs mois durant. Avant la crise, ce dernier touchait 1000 euros tous les mois, et désormais ses 600 euros nourrissent aussi sa femme et son fils. « Nous ne faisons que survivre », raconte-t-il, ému. « Nous ne pouvons pas faire d’achat superflu. Même pour les fêtes de fin d’année, nous n’avons pas prévu de nous faire des cadeaux, juste quelques bricoles pour nos deux petits-enfants. Avant, nous partions deux semaines chaque été, ce qui est aujourd’hui impossible. Tout au plus allons-nous chez des amis qui une maison à deux heures d’Athènes », continue Poppy, 60 ans.

Le couple avoue même de pas allumer le chauffage et utiliser des bougies à la place de l’électricité pour faire des économies. « J’ai lu dans la presse que les créanciers comptaient encore baisser nos retraites, c’est pour cela qu’il faut continuer à se mobiliser », poursuit-elle. « Nous avons déjà l’impression d’être en guerre. Que veulent-ils de plus ? », lâche Andreas, avant d’entonner le slogan du syndicat : « La crise ne doit pas être payée par les retraités, mais par la ploutocratie ! ».

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