A Athènes, les réfugiés d’Alep observent la destruction de leur ville

ATHÈNES (AFP) – 

“A quoi notre combat a-t-il servi?” soupire Majd Ahmad. Assis sur les marches d’un immeuble couvert de graffitis, il scrute son smartphone avec angoisse, en quête de nouvelles de ses amis d’Alep restés dans les dernières zones contrôlées par les rebelles.

Le quartier alternatif d’Exarchia, à Athènes, abrite de nombreux réfugiés syriens dans des appartements loués par des ONG, ou dans des squats gérés par les mouvements anarchistes.

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Abu Habib, Majd et Abu Rmosh discutent de la situation à Alep. @Louisa Gouliamaki/AFP

Comme la plupart des Syriens d’Alep, Majd, qui vit dans un de ces squats, consulte en permanence sur Twitter et Facebook les nouvelles d’Alep. Il est arrivé en Grèce il y a neuf mois, comme la majorité des 62.000 exilés bloqués en Grèce depuis la fermeture des frontières au nord du pays, début mars dernier.

Dans quelques semaines, lui a la chance de pouvoir s’envoler pour l’Allemagne dans le cadre du programme de relocalisation européen.

Il a cru un temps au changement dans sa ville. “Pendant trois ans, Alep est restée libre, nous nous sommes battus pour la révolution et désormais tout s’effondre. Toutes les personnes qui avaient des aspirations, qui voulaient plus de libertés en Syrie sont mortes ou ont fui. A quoi notre combat a-t-il servi? “, s’interroge le jeune homme de 26 ans, tout en enchaînant les cigarettes.

“J’ai perdu tant de proches dans ce conflit, je ne veux pas en perdre plus!”, ajoute-t-il.

A ses côtés, Abu Habib (un surnom, ndlr), 24 ans, look à la mode, couvert de bagues, étudiant comme Majd, n’est pas bien bavard : “Que dire? Je ne peux pas décrire ma tristesse, toute ma ville a été détruite, tant d’enfants sont morts…Pourquoi?”.

Une partie de la famille du jeune homme, qui a fui pour ne pas être enrôlé de force dans l’armée, est encore à Alep. Dès que la connexion internet le permet, ils échangent quelques mots.

– “Plus aucun sens” –

“Mes grands-parents et mes cousins vivent dans la peur, ils ne peuvent pas sortir, ont peu de nourriture et de médicaments et chaque fois qu’ils entendent des bruits d’avion ils prient pour ne pas mourir”, ajoute Abu Habib, qui a décidé de demander l’asile en Grèce et de ne pas poursuivre son chemin vers l’Europe du nord, contrairement à la majorité de ses amis syriens.

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), depuis l’offensive du régime syrien pour reprendre la ville d’Alep le 15 novembre, près de 410 civils, dont 45 enfants, ont été tués à Alep-Est, et au moins 105 civils, dont 35 enfants, sont morts à Alep-Ouest, resté sous contrôle gouvernemental.

Abu Rmosh (un surnom également, ndlr), 30 ans, autre Syrien aux yeux bleus très clairs, affirme avoir perdu sa femme et ses deux enfants âgés de un et trois ans dans les bombardements à Alep il y a quelques semaines alors qu’il se trouvait déjà en Grèce.

Après le service militaire, il a été enrôlé de force dans l’armée, il a fait de la prison militaire. Une fois libéré, il est parti.

“J’ai tout perdu. Ma famille, ma vie”, confie-t-il ému, “et je me sens coupable d’avoir laissé mes parents et mes cousins”. Ses parents sont du côté d’Alep contrôlé par le régime.

“Ce qui se passe à Alep n’a plus aucun sens. Du côté du régime comme du côté des rebelles on tue, on vole et on s’accapare même l’aide humanitaire…”.

“Nous étions tous frères en Syrie avant la guerre, quelle que soit notre religion, mais maintenant nous avons été montés les uns contre les autres”, argumente le trentenaire.

Comme de nombreux réfugiés syriens, Abu Rmosh est en colère contre l’inaction de la communauté internationale: “Pourquoi les États-Unis et les grandes puissances laissent-ils un tel massacre se produire?”.

Il est arrivé trop tard en Grèce pour pouvoir participer au programme de relocalisation dans le reste de l’UE. Malgré la fermeture des frontières, il espère pouvoir se débrouiller pour rejoindre l’Allemagne.

“Peut-être un jour, dans dix ans, je retournerai à Alep. Pour le moment je veux rebâtir ce qui reste de ma vie en Europe”, lance-t-il, le regard tourné vers le ciel.

Par Marina RAFENBERG

© 2016 AFP

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