Une attente qui n’en finit pas

REPORTAGE. Depuis la fermeture des frontières en mars dernier, près de 60 000 réfugiés syriens sont bloqués en Grèce. Débordé par la situation, le pays doit gérer les camps, les demandes d’asile et les renvois vers la Turquie, sans que l’Union européenne lui ait fourni les moyens en personnels nécessaires pour remplir ces différentes tâches.

 

Dans la zone industrielle de Skaramangas, à une heure du centre d’Athènes, des conteneurs s’alignent face à la mer. Alaa Koshak, un Syrien de 22 ans, vit avec sept autres réfugiés dans l’un d’eux. Le camp, qui accueille près de 3 600 per- sonnes, est l’un des plus importants de l’agglomération athénienne et ne cesse de s’agrandir chaque mois. Depuis la fermeture des frontières en mars dernier, quelque 60 000 réfugiés sont bloqués en Grèce dans l’espoir d’atteindre le nord de l’Europe. Alaa, arrivé le 19 février sur l’île de Lesbos, à quelques kilomètres des côtes turques, a ensuite passé cinq mois à la frontière gréco-macédonienne dans des conditions déplorables. En juillet, il a fini par venir à Athènes et a postulé au programme de relocalisation de l’Union européenne, seule option désormais pour rejoindre légalement le nord de l’Europe. Ce dispositif, adopté en octobre 2015, prévoit la répartition des réfugiés se trouvant en Grèce et en Italie, porte d’entrée en Europe, dans d’autres États membres.

Les services d’asile grecs débordés par les demandes n’ont donné rendez-vous à Alaa qu’en janvier 2017 pour un premier entretien. Au cours des cinq premiers mois de l’année, plus de 13 000 demandes d’asile ont été déposées en Grèce et 677 ont été acceptées. Les relocalisations sont elles aussi effectuées au ralenti : sur les 60 000 réfugiés que l’UE doit transférer depuis la Grèce d’ici à septembre 2017, seuls 4 000 ont été relocalisés.

Pris au piège

Ainsi, Alaa, une fois reçu au mois de janvier, devra encore attendre environ deux mois pour avoir une réponse et savoir quel pays a accepté d’étudier sa demande d’asile. Avant d’être acheminée vers ce pays, deux mois encore devront s’écouler. Mais, l’État en question, après avoir étudié son dossier, peut aussi refuser sa demande de relocalisation sans qu’aucune explication ne lui soit donnée, et alors il se verra à nouveau pris au piège en Grèce.

Cette attente est insupportable pour le jeune homme qui avoue que sa « vie n’a aucun sens dans le camp. Mes journées passent sans aucun intérêt. Je dors, je mange et je m’ennuie, c’est tout… ». Alors, Alaa songe à prendre un passeur ou à aller à pied tout seul à travers les montagnes pour rejoindre l’Allemagne avec un GPS. « Je n’ai rien à perdre », confie celui dont la mère est morte au cours de la guerre et qui voyage seul pour continuer à étudier et aider mon père resté en Syrie ».

Nombre de réfugiés espèrent également bénéficier de procédures de regroupement familial pour rejoindre un membre de leur famille déjà en Europe. C’est le cas d’Habir, une Syrienne d’Homs, mère de trois enfants, qui attend de retrouver son mari en Suède depuis deux ans. « J’ai attendu deux ans avant de revoir mon mari, je peux bien attendre encore six mois. Le plus dur, c’est pour les enfants, ils sont impatients et s’ennuient dans le camp. J’ai acheté une télévision d’occasion pour qu’ils puissent regarder les dessins animés, ils vont au cours de langue dispensé par des bénévoles dans le camp. Mais nous avons besoin de retrouver une vie normale, loin des camps… », explique cette ancienne professeure d’anglais.

 

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Habir bloquée en Grèce avec ses enfants espère bénéficier du regroupement familial et rejoindre la Suède où se trouve son mari. MR.

 

Plus d’une trentaine de camps, répartis à travers tout le pays, accueillent plus de 48 000 personnes. Certains ont été construits à la hâte et les conditions de vie y sont déplorables. Le gouvernement, appuyé par l’armée, gère ces structures, mais déjà plusieurs sont bondées ou doivent être remplacées car trop insalubres. La situation est encore plus critique sur les îles face à la Turquie où une centaine d’arrivants par jour viennent s’ajouter aux migrants déjà présents dans les camps. Environ 13 000 migrants y sont regroupés dans des centres fermés pour environ 7 400 places. Depuis l’accord UE- Turquie qui prévoit le renvoi en Turquie de tous les migrants arrivés après le 20 mars sur les côtes grecques, les services grecs sont d’autant plus débordés car la majorité des migrants demande l’asile en Grèce pour éviter d’être renvoyée immédiatement en Turquie. Cette surpopulation dans les camps crée des tensions entre les réfugiés de différentes nationalités et avec les habitants des îles. Plusieurs rassemblements de sympathisants d’extrême droite ont eu lieu à Chios ou Kos. Sur l’île de Lesbos, dans le centre de Moria, un incendie a été déclenché par certains des résidents au début du mois et les incidents entre Syriens, Afghans ou Africains sont récurrents.

 

Aide européenne insuffisante

Athènes est aidée financièrement par l’Union européenne pour gérer la crise migratoire. La Commission européenne a d’ailleurs décidé de verser au gouvernement grec quelque 115 millions d’euros d’aide d’urgence, en plus des 83 millions d’euros apportés en début d’année. Mais la Grèce déplore le manque d’équipements pour détecter les faux documents notamment et surtout de personnel formé pour faire face à l’afflux des demandes d’asile. À titre d’exemple, seuls deux spécialistes des questions de renvoi sur les 66 promis par l’UE et seuls 61 traducteurs sur les 400 attendus ont été envoyés.

Face à cette incapacité de l’État grec à répondre à cette crise, les Grecs restent mobilisés pour aider les réfugiés. À Athènes, notamment, des bâtiments inoccupés ont été transformés en squats pour réfugiés. 

« Les Grecs compatissent avec notre sort et je me souviendrai toujours de tous ces gens qui m’ont tendu la main… »

Des bénévoles s’organisent également depuis l’été pour donner des cours de grec et d’anglais aux enfants. 

 

« Les Grecs sont confrontés eux-mêmes à une crise éco- nomique mais n’hésitent pas à nous aider, soutient Habir. Ils compatissent avec notre sort et je me souviendrai tou- jours de tous ces Grecs qui m’ont tendu

la main… »•

 

MARINA RAFENBERG, Article publié en octobre 2016 dans Réforme.

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