32 000 réfugiés attendent de pouvoir quitter la Grèce

Article publié le 07/03/2016 dans la Dépêche du midi.

Rohala et ses amis logent dans un hangar au Pirée en attendant de poursuivre leur voyage vers le nord de l'Europe./ Photo M. R.

Rohala et ses amis logent dans un hangar du Pirée. Photo: M.R.

 

Sur le port du Pirée, Rohala, un Afghan de 17 ans, erre avec ses amis autour d’un hangar désaffecté où un centre d’accueil a été improvisé par les autorités grecques. Depuis deux semaines, les terminaux du port sont occupés par près de 3 000 réfugiés (des Syriens, des Afghans, des Irakiens, des Iraniens) qui attendent de pouvoir rejoindre la frontière gréco-macédonienne pour continuer leur voyage vers le nord de l’Europe. Mais la Macédoine n’a fait passer que 2 000 personnes en 15 jours et 13 000 migrants se trouvent près du village grec d’Idomeni. Des restrictions sur les nationalités autorisées à franchir la frontière ont également été imposées. Des informations qui n’ont pas échappé à Rohala : «Les Syriens peuvent passer donc ils partent rapidement d’ici, mais nous, les Afghans, nous n’avons aucune chance, nous préférons rester ici au Pirée le temps qu’une décision de la part des pays européens soit prise». Depuis trois jours, le jeune homme dort à même le sol dans ce hall bondé mais reste déterminé à trouver une solution. «Peut-être allons-nous essayer de prendre d’autres routes avec des passeurs pour rejoindre l’Europe du Nord… Ce qui est sûr c’est que nous ne pouvons pas faire marche arrière : nous avons déjà dépensé 2 000 euros par personne pour venir en Grèce et nous avons mis plusieurs fois nos vies en danger, pendant la traversée en bateau entre la Turquie et la Grèce, lors de la longue marche à pied depuis l’Iran menacés par des policiers armés», ajoute-t-il tout en faisant la queue pour récupérer un repas offert par la Croix Rouge. Pas question de reculer non plus pour Wael Al Khatib, un Syrien de Damas qui voyage avec sa femme et sa fille de neuf mois : «Je sais qu’ils ne font passer la frontière qu’à quelques personnes par jour, mais que faire ? Je pense que la situation va se débloquer, les Européens ne peuvent pas nous abandonner, ils savent que tous les jours en Syrie les vies de nos familles sont en danger».

Au Pirée, plusieurs ONG et citoyens émus par la détresse des réfugiés se mobilisent. C’est le cas de Matina Giorgia, professeur de dessin dans la banlieue d’Athènes. Ell vient tous les jours aider les migrants. «L’Etat est dépassé. Nous nous organisons de mieux en mieux chaque jour mais jusqu’à quand pourra-t-on gérer cet afflux si la frontière reste fermée ?», s’inquiète-t-elle. Le gouvernement grec tente de convaincre les migrants de rejoindre des centres d’accueil construits dans la région d’Athènes, mais sur les dix bus affrétés pour les transporter seuls trois étaient remplis samedi. «Le problème c’est qu’à Elliniko par exemple, dans un centre ouvert dans l’ancien aéroport, les conditions sont tout aussi lamentables», explique Elena Mavropoulou de Médecins du Monde.

Place Victoria, au centre d’Athènes, les réfugiés se refusent également à rejoindre des centres de peur de retarder leur départ vers le nord de l’Europe. Sur les vitrines des magasins, des panneaux «à vendre» sont collés, signe de protestation des commerçants dont le chiffre d’affaires baisse avec l’occupation de la place par les migrants.

 

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Sur la place Victoria, au centre d’Athènes, des familles campent à même le sol depuis plusieurs semaines dans des conditions sordides. MR

 

«La nuit, nous avons froid»

«Ils ne peuvent pas rester ici et dégrader l’image de notre quartier», affirme Yiannis, le propriétaire d’un café. «En général, les Grecs nous aident mais avec les commerçants les relations sont plus tendues», avoue Mati Noori, un ancien soldat de l’armée afghane, qui campe depuis une semaine sur un bout de trottoir jonché de détritus. «Dans la nuit, nous avons peur d’être volés, nous avons froid et le pire c’est quand il pleut ! Nous n’avons pas de toilettes, de douches, et nous sommes obligés de payer pour utiliser celles d’un hôtel», commente Arash, un Afghan de 15 ans. Depuis dix jours, la place ne désemplit pas. Le maire d’Athènes, Giorgos Kaminis, a appelé à son évacuation mais en vain…