AU NORD DE LA GRÈCE, LA RUÉE VERS L’OR DIVISE LES HABITANTS

Par Marina Rafenberg, article publié le 22 août 2016 dans Equaltimes.

 

Sur la route sinueuse entre Thessalonique et Ouranoupoli, avant le Mont Athos, la nature impressionne. Les forêts de chênes, de pins et de châtaigniers foisonnent autour de villages pittoresques.

Mais la sérénité apparente n’est qu’un leurre, et est soudainement brisée par le bruit de pelleteuses qui se dirigent vers les mines éparpillées dans les environs.

 

<p>Giorgos Tarazas milite pour la fermeture des mines depuis 1997. Derrière ses lunettes noires, il défie les agents de sécurité qui surveillent le site de Skouries et pose devant un panneau où il est indiqué « Hors de la forêt ».</p>
Giorgos Tarazas milite pour la fermeture des mines depuis 1997. Derrière ses lunettes noires, il défie les agents de sécurité qui surveillent le site de Skouries et pose devant un panneau où il est indiqué « Hors de la forêt ».(Marina Rafenberg)

 

Ici, dans le nord-est de la Chalcidique, un combat est mené depuis des années par des militants écologistes et habitants de la région contre cette exploitation de minerais qui, d’après eux, détruit leur environnement et leur bien-être.

L’entreprise canadienne Eldorado Gold exploite une mine d’argent et de plomb à Stratoni. À Skouries, elle commence l’extraction d’or et d’argent. Et à Olympias où se trouve une mine d’or, d’argent et de plomb, l’activité un temps arrêté a repris. Sur ces trois sites, d’après les informations fournies par l’entreprise, près de 1770 personnes sont employées à temps plein ou en intérim.

Une autre mine d’or et d’argent exploitée par Eldorado Gold devrait aussi voir le jour à Perama Hill, en Thrace.

« Non aux mines d’or » peut-on lire sur les banderoles de Ierissos, le chef-lieu du nord de la Chalcidique. « Les mines sont l’avenir de la Chalcidique » proclame-t-on au contraire à Stratoni.

Les villages sont divisés entre ceux qui défendent l’entreprise canadienne qui a apporté de l’emploi dans la région et ceux qui dénoncent l’impact néfaste de l’exploitation sur leur quotidien et sur les autres secteurs d’activités comme l’agriculture ou le tourisme.

À Palaiochori, commune de 1000 habitants, Kostas, retraité des mines, tient un café où les habitués jouent aux cartes.

« Ici, depuis des générations, les hommes du village travaillent dans les mines, comme mon grand-père, mon père, mes oncles et moi-même. Si nous fermons l’exploitation, qu’allons-nous devenir avec la crise ? Si les opposants au projet nous proposaient une alternative pour développer l’emploi, nous ne serions pas contre la fermeture, » assure -t- il.

Pour Giorgos Tarazas, militant et producteur de raki et d’huile d’olive, cet argument n’est pas valable : « Les postes créés sont illusoires car l’exploitation des mines détruit autant voire plus d’emplois dans les secteurs du tourisme, de l’élevage, de l’apiculture…Et puis, est-ce que pour 300 ou même 1000 emplois nous sommes prêts à gaspiller nos ressources naturelles ? »

En 2012 et 2013, des affrontements violents ont éclaté entre habitants et MAT (CRS grecs). Des militants ont été accusés de s’être introduits sur le site de Skouries et d’avoir détruit du matériel.

« J’ai été plusieurs fois mis en garde à vue, et tous les deux mois, nous sommes avec d’autres activistes convoqués aux tribunaux. Le combat pour défendre notre environnement est difficile, mais nous ne baisserons pas les bras maintenant, » explique Giorgos sous ses lunettes de soleil noires.

 

« Une ambiance de guerre civile »

Le principal point de conflit se situe dans la forêt de Skouries. Eldorado Gold prévoit de décimer la montagne et de créer un cratère d’un diamètre de 700 mètres.

Trois mille hectares de forêt primaire ont déjà été détruits. Dans ce flanc de montagne appelée Kakavos se trouve également les plus importantes réserves d’eau douce de la région. Dans les alentours, on craint l’assèchement et la pollution des rivières qui privera tout le monde d’eau potable.

À Megali Panagia, village de 3000 habitants, Giorgos est connu comme le loup blanc. Son « quartier général », le café Style, n’accueille que des opposants à Eldorado Gold.

« Nous vivons dans une ambiance de guerre civile, le climat est tendu entre les pros et les antis », souligne-t-il alors qu’il rejoint un de ces acolytes, Yannis Deligiovas.

« En 2012, la première députée de Syriza a été élue et beaucoup dans la région ont voté pour Alexis Tsipras aux dernières élections car ils ont cru en sa promesse de fermer Skouries. Mais, à présent, nous nous rendons compte que le gouvernement ne prend pas de mesures importantes », s’exaspère Yannis.

« La population est excédée, la députée Syriza de la région ne peut même plus mettre les pieds dans certains coins, elle se fait insulter », ajoute un autre compagnon de lutte, qui espère néanmoins des résultats suite à la dernière décision du ministère de l’Environnement.

Le 5 juillet, le ministre, Panos Skourletis, a pointé du doigt des incohérences dans l’étude technique et environnementale proposée par Eldorado Gold. L’entreprise a deux mois pour répondre aux questions soulevées par le ministère. Au-delà de ce délais le contrat qui la lie à l’État grec pourrait être remis en cause.

L’étude porte sur le procédé utilisé par la firme pour extraire l’or appelé « flash melting ».

Cette méthode doit pouvoir s’appliquer à un sol qui contient beaucoup d’arsenic comme à Olympias, où la concentration est entre 10 et 12% plus élevée que le taux acceptable. Plus de 20.000 tonnes d’arsenic devraient s’évaporer annuellement du site d’Olympias, et les informations sur la manière de gérer ces gaz toxiques et dangereux pour la santé des travailleurs restent insuffisantes, d’après le ministère.

« Cette décision du ministre est une bonne nouvelle mais cela ne signifie pas que les travaux vont s’arrêter alors même qu’ils ont de graves conséquences pour l’environnement, » note Dimitris Ibrahim, directeur de campagnes à Greenpeace Grèce. « À Skouries, une grande partie de la forêt a été détruite, l’écosystème a été grandement affecté. Désormais, ce qui nous inquiète c’est les taux élevés d’arsenic et d’amiante sur le site, ils peuvent avoir des impacts non seulement sur la santé des travailleurs mais aussi des habitants ».

Le bras de fer du gouvernement d’Alexis Tsipras avec Eldorado Gold commence en août 2015, lorsque le ministère de l’Environnement décrète la suspension des travaux sur le site de Skouries pour « diverses violations des conditions techniques du projet » préjudiciables à l’environnement. Le Conseil d’État grec annule finalement cette décision.

En janvier, pour les mêmes raisons, le gouvernement attribue une amende de 1,7 million d’euros (1,9 million USD) à la compagnie canadienne. Mais Eldorado menace de stopper toutes ses activités en Grèce et de mettre près de 600 personnes au chômage. Sous pression de l’opposition, le 9 mai, le ministère finit par approuver une première étude technique, autorisant l’entreprise à reprendre les travaux à Skouries.

Pour Dimitris Ibrahim, « Depuis le mois d’août 2015, le gouvernement teste le chaud et le froid avec l’entreprise mais n’a pas la volonté politique de mettre une fois pour toute un terme aux activités minières ».

Giorgos avance même une autre théorie : « Ces derniers temps, il y a moins de travail dans la mine de Skouries mais pas parce que le gouvernement leur a interdit quoique ce soit. C’est parce que les prix de l’or et de l’argent ont baissé entre 2012 et 2016, et que l’entreprise souhaite attendre que les prix remontent ».

Eldorado Gold dément cet argument. « Les travaux ont été suspendus à Skouries en janvier 2016 suite à des retards dans l’attribution de permis d’exploitation. Après l’approbation de l’étude technique début mai, les équipes ont été remobilisés », a indiqué à Equal Times le service presse de l’entreprise.

Giorgos Zoumpas, président du conseil municipal de Ierissos, élu sous l’étiquette Syriza, veut croire qu’il ne sera pas abandonné par ses alliés : « Le gouvernement doit trouver un moyen d’éviter l’expansion des mines pour protéger la population. Il n’y a pas encore eu d’étude sérieuse sur leur impact sur la santé des habitants, mais dans quelques années nous tomberons de haut en découvrant le nombre de cancéreux dans la région ».

Advertisements

En quête de sécurité, les touristes se pressent en Europe du Sud

Publié dans LE MONDE ECONOMIE | 10.08.2016 à 06h43 • Mis à jour le 10.08.2016 à 10h21

Par Marina Rafenberg (Athènes, intérim) et Sandrine Morel (Madrid, correspondance)

Bruce Payne vient tout droit d’Australie pour amarrer son voilier au port d’Egine (Grèce), une île située à une heure et demie d’Athènes. Il a choisi de naviguer, pendant trois semaines, dans le golfe Saronique :

« Pour la seconde année d’affilée, j’ai choisi la mer Egée pour ses eaux fantastiques, mais aussi parce que c’est une destination abordable. Malgré l’augmentation de la TVA sur certains produits depuis un an, les tarifs des marinas y sont peu élevés, en comparaison d’autres pays européens comme la France ou l’Italie. »

M. Payne aurait aimé partir, cet été, à la découverte des côtes turques, mais il avoue y avoir renoncé :

« La situation politique en Turquie m’a dissuadé. Ici, en Grèce, je me sens davantage en sécurité avec ma famille. »

David Lemire, un Québécois qui a passé trois semaines en Grèce entre les Cyclades, la région de Thessalonique et Athènes, explique s’y sentir « moins menacé par les attaques terroristes qu’en France ou au Maghreb ».

Lire aussi :   Sept conséquences du terrorisme sur le tourisme mondial

EN GRÈCE, UN NOMBRE RECORD DE VISITEURS

Aujourd’hui, la Grèce, mais aussi l’Espagne et le Portugal font leurs choux gras de l’instabilité politique, des menaces terroristes et des problèmes de sécurité qui frappent d’autres destinations touristiques phares du pourtour méditerranéen, comme la Turquie, l’Egypte et la Tunisie.

Depuis 2012, ces trois pays d’Europe du Sud peuvent compter sur leur secteur touristique comme moteur de la reprise de la croissance et des créations d’emplois. Il leur offre un baume réconfortant après des années de crise économique.

Malgré les restrictions bancaires imposées à l’été 2015 ou les hausses de TVA exigées par ses créanciers (sur l’hôtellerie, elle est passée de 6,5 % à 13 %), le nombre de visiteurs étrangers en Grèce devrait dépasser, en 2016, les 25 millions, selon la Confédération grecque du tourisme (SETE). Il s’agirait d’un record, avec près de 1,5 million de visiteurs de plus qu’en 2015 et 20 % de recettes supplémentaires (équivalent à 800 millions d’euros). Cette manne d’autant plus essentielle que le secteur représente 24 % du produit intérieur brut (PIB) du pays ; il y emploie un actif sur cinq.

BOUFFÉE D’OXYGÈNE POUR LE PORTUGAL

Moins dépendant du tourisme – il représente 6,5 % du PIB et 8,2 % de l’emploi –, le Portugal bénéficie d’une même dynamique. Les ruelles de Lisbonne et de Porto, les plages bordées de falaises blanches de l’Algarve et des joyaux comme Madère, ont attiré 10,2 millions de visiteurs étrangers en 2015, soit 9,7 % de plus qu’en 2014 ; parmi eux, près de 2 millions de Français.

Lire aussi :   L’Islande tente de maîtriser l’incroyable afflux de visiteurs

Les recettes engrangées par le secteur se sont élevées à 11,3 milliards d’euros, de quoi donner une bouffée d’oxygène au gouvernement alors que ce dernier sort péniblement du plan d’aide de Bruxelles et est confronté à un déficit public excessif (+ 4,4 % en 2015). Avec une hausse de 12 % des réservations en juin, selon le baromètre SNAV-Atout France, le pays promet, lui aussi, de battre de nouveaux records de fréquentation en 2016.

Pour Jean-Pierre Pinheiro, directeur de l’Office du tourisme du Portugal en France, il ne fait aucun doute qu’il existe encore « une belle marge de progression sur certains segments de marché » comme les voyages en famille, le tourisme sportif, la découverte des régions viticoles et de leurs vins, le thermalisme et le bien-être, ou encore les voyages d’affaires.

L’ESPAGNE « SATURÉE »

Baigneurs à Lloret de Mar, en Catalogne, le 7 août 2016. | JOSEP LAGO / AFP

En Espagne, Il n’est pas sûr, en revanche, que la « marge de progression » de l’industrie touristique soit infinie. Certes, après avoir accueilli 68,1 millions de touristes étrangers en 2015 (+ 4,9 %), le pays devrait dépasser aisément les 70 millions cette année. Sur les six premiers mois de 2016, il a déjà enregistré, sur un an, une hausse de 11,7 % du nombre de visiteurs – les Britanniques, les Allemands et les Français, ont été nombreux et ont largement compensés la baisse du nombre de Russes (– 32 %).

Mais certaines destinations semblent saturées, à l’image de Barcelone, où les graffitis « Tourist Go Home » (« touriste, rentre chez toi ») fleurissent sur les murs. La maire de la capitale de la Catalogne, Ada Colau, proche du parti de la gauche anti-austérité Podemos, a d’ailleurs gelé le nombre de licences d’ouverture d’établissements hôteliers depuis juin 2015 et elle s’est lancée dans une traque aux appartements touristiques illégaux.

PRIX COMPÉTITIFS

De quoi susciter la colère du Parti populaire (PP, droite, au pouvoir à Madrid), pour lequel il n’est pas question de toucher à la poule aux œufs d’or. Le tourisme, moteur de la croissance, représente 11,7 % du PIB du pays et 13 % de l’emploi. Le solde du secteur couvre 93,1 % du déficit commercial espagnol.

Avec 7 900 kilomètres de côtes, les longues plages de la Costa del Sol, les criques de la Costa Brava, les bords de mer bondés de la Costa Blanca, un climat chaud et ensoleillé, des infrastructures de transport et des prix compétitifs, l’Espagne a conforté sa place de deuxième destination touristique mondiale en termes de revenus (67,4 milliards d’euros en 2015, en hausse de 6,8 %), derrière les Etats-Unis.

LES DÉPENSES PAR TÊTE BAISSENT

Ce qui n’empêche pas les hôteliers en Espagne, mais aussi en Grèce, de craindre le développement d’un tourisme low cost.

« Nous faisons face à un phénomène étrange, car le nombre de touristes est en constante augmentation, mais les dépenses par tête baissent. Les personnes qui avaient prévu d’aller en Turquie, et qui se sont rabattues sur la Grèce, avaient prévu un budget précis et ne veulent pas dépenser plus », souligne Andreas Papadopoulos, le propriétaire de l’agence de voyages Odyssey Travel, à Athènes.

Lire aussi :   En France, le risque terroriste met en péril tout le secteur du tourisme

La hausse du nombre de touristes en provenance des Balkans et de l’Europe centrale (Bulgarie, Hongrie, Pologne…) – ils ont un pouvoir d’achat réduit – est une autre explication avancée par la SETE.

« Mais de nouveaux marchés s’ouvrent, avec des clients en provenance des Emirats arabes unis et de l’Inde, cette année, et nous avons l’espoir que ces touristes seront plus dépensiers », explique M. Papadopoulos.

Les créations d’emplois, qui accompagnent le développement du tourisme, suscitent aussi des réserves. En 2015, selon une enquête sur la population active espagnole, quelque 2,3 millions de personnes (+ 5,4 % par rapport à 2014) travaillaient dans le pays dans ce secteur qui bat, depuis le 1er janvier, des records en matière d’embauches. Mais il s’agit d’emplois précaires, rappellent les syndicats.

INQUIÉTUDES

Et derrière les bons chiffres pointent des inquiétudes. Au Portugal, la crainte que la reprise économique suscitée par le tourisme ne soit à deux vitesses entre les régions côtières, favorisées, et celles de l’intérieur. En Espagne, celles qui portent sur le risque de voir le pays se transformer en club de vacances.

Dans son éditorial du 4 août, le quotidien El Pais avertit :

« Comme en 2007, la croissance dépend du tourisme et de la construction, précisément les activités les plus vulnérables aux effets d’une éventuelle crise ».

Et de plaider pour qu’elle « repose sur des marchés plus innovateurs. Le degré de bien-être social, qu’il faut commencer à mesurer, n’est pas donné par des contrats d’un mois ni par des microsalaires, même s’ils améliorent les statistiques macroéconomiques ».

JO 2016 : en Grèce, la flamme s’est éteinte au camp de réfugiés d’Elaionas

Publié dans LE MONDE le 04.08.2016

Sur le chemin sablonneux ­entre le camp de réfugiés d’Elaionas et le métro, Yasmine Haddad et ses deux enfants marchent sous un soleil de plomb dans cette zone industrielle de la banlieue d’Athènes. Hébergée avec cinq autres migrants dans un préfabriqué, elle espère pouvoir rejoindre dans quelques mois son mari en Allemagne et se rend chez l’avocat afin de préparer son dossier pour un regroupement familial.

A quelques jours du début des Jeux de Rio, cette mère de famille syrienne se souvient encore du ­passage de la flamme olympique, le 26 avril, dans le camp d’Elaionas :« C’était un moment fort. Nous ­avions l’impression que ce Syrien qui avait fui la guerre et qui portait la torche était notre étendard, qu’il pouvait inciter l’opinion publique ­internationale à s’intéresser à nos problèmes. » Ibrahim Al-Hussein, 27 ans, avait été sélectionné par le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) et le Comité international olympique (CIO) pour ce passage de relais. La promesse avait été faite en janvier par Thomas Bach, le ­président du CIO, pour « envoyer un message d’espoir et de confiance aux réfugiés et attirer l’attention du monde sur le sort et le problème des réfugiés dans le monde ».

« Cela n’a pas changé notre quotidien »

Originaire de la région de Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie, Ibrahim Al-Hussein, nageur de compétition dans son pays, a perdu son pied droit dans un bombardement. Désormais en fauteuil roulant, il pratique le basket-ball et la natation, tout en travaillant comme serveur dans une cafétéria. Le 25 août, le jeune homme, qui est arrivé en Grèce en 2014 et possède une carte de séjour, devrait s’envoler pour Rio afin de participer aux Jeux paralympiques avec l’équipe grecque de natation. Mais il attend encore son visa. « J’aime l’idée que je puisse devenir un modèle d’intégration. Mais, surtout, j’aimerais passer un message aux pays européens : les réfugiés ne doivent pas juste rester dans les camps, nous avons beaucoup de talents, explique-t-il au Monde. Moi-même, j’ai mis du temps à me remettre au sport, mais, avec du soutien, j’ai réussi. Il y a beaucoup d’autres sportifs réfugiés comme moi qui n’attendent que de pouvoir s’adonner à leur passion. »

Depuis le passage de la flamme olympique à Elaionas, le sort des quelque 50 000 réfugiés bloqués en Grèce n’a pas réellement changé. Les départs vers d’autres pays se font au compte-gouttes et les regroupements familiaux prennent entre six et dix mois. « Une attente où la priorité est de survivre », lance Yasmine. « Dans notre camp, nous avons vu défiler beaucoup d’hommes politiques, de personnalités, la flamme olympique, mais, au final, cela n’a pas rouvert les frontières ou changé notre quotidien », déplore-t-elle, amère.

« Ne pas se contenter des effets d’annonce »

« Le symbole de cette flamme entrant dans le camp ou de cette équipe de réfugiés allant aux Jeux de Rio est très beau, mais il ne faudrait pas se contenter d’effets d’annonce, dit Roulam Reza, 37 ans, un Afghan qui a fui son pays il y a huit mois. Il faut agir pour améliorer le quotidien des réfugiés, leur fournir de la nourriture, des vêtements mais aussi des moyens de se divertir et d’échapper à leur quotidien difficile. Le sport peut être un bon moyen, mais encore faut-il avoir les équipements pour. »

 

Dans le camp d’Elaionas, dans la banlieue d’Athènes, en janvier.

Le camp d’Elaionas dans la banlieue d’Athènes. Crédit: Thanassis Stavrakis/ AP

Au camp d’Elaionas, un panier de basket et un but de football ont été installés. Un professeur de sport vient aussi cinq fois par semaine. Mohamed, un Malien de 18 ans, a formé une équipe de foot avec ses amis du Mali, du Congo et de Guinée. Le jeune homme a regardé les matchs de l’Euro sur les écrans géants placés sur les terrasses des cafés du centre d’Athènes. « Evidemment, j’ai envie de suivre les Jeux, mais nous n’avons pas de télévision ici, donc c’est un peu compliqué, explique-t-il. Pour la première fois, une équipe de réfugiés est envoyée aux JO, mais les réfugiés dans les camps ne peuvent pas suivre les épreuves, c’est dommage ! J’espère que cette initiative va tout de même aider le monde à comprendre qu’on est tous les mêmes. Peu importe d’où on vient, nous avons tous les ­mêmes hobbies. » Ali, un Afghan de 25 ans, rappelle que« les Jeux olympiques, dans l’Antiquité, étaient un moment de trêve où les guerres s’arrêtaient ». « Malheureusement, ce n’est plus le cas, poursuit-il. Mais, en tant que réfugiés, nous devons avoir une place dans cette compétition pour montrer à tous que les conflits continuent de mettre de nombreuses ­personnes sur les routes de l’exil. »

Lire aussi :   L’équipe des réfugiés, dernier étendard de l’idéal olympique

  • Marina Rafenberg (Athènes, correspondance)