Syriza, une majorité parlementaire à l’épreuve des réformes d’austérité

Article pour LE MONDE ECONOMIE paru le 13.07.2016

« En un an, Syriza s’est métamorphosé : la gauche radicale ressemble désormais à un parti social-démocrate européen appliquant un programme d’austérité », note le politologue Georges Séfertzis. Le 13 juillet 2015, à la suite de la signature du troisième plan d’aide, la majorité d’Alexis Tsipras éclate. La fissure entre les pro- européens et les défenseurs d’une sortie de l’euro est actée avec le nouveau « mémorandum ». Dès le premier projet de loi adopté par le Parlement le 15 juillet, sur des mesures concernant une hausse de la TVA et des cotisations sociales, 32 députés Syriza avaient voté non.

L’éclairage :   Après un troisième plan d’aide, l’économie grecque est toujours à genoux

Fin août 2015, coup théâtre, le premier ministre, M. Tsipras, ne peut plus gouverner avec les dissidents de son parti et convoque des élections. Près de 25 députés du Syriza rejoignent alors Unité populaire, le nouveau parti du frondeur Panagiotis Lafazanis. Malgré cette scission, M. Tsipras remporte le scrutin du 20 septembre avec 35,5 % des voix. M. Séfertzis explique ainsi :

« Depuis septembre, Alexis Tsipras s’est débarrassé de son aile gauche et passe sans trop de difficultés toutes les mesures, même la réforme des retraites, considérée comme une épreuve de force pour le gouvernement. Il faut croire que le pouvoir unit. »

CHUTE DANS LES SONDAGES

Néanmoins, la coalition gouvernementale reste fragile avec seulement 153 sièges au Parlement sur les 300. Et Manos Papazoglou, professeur de sciences politiques à l’université du Péloponnèse, de constater :

« Tous les partis qui ont appliqué des mémorandums ont vu des députés quitter le navire lors de votes importants. Pour le moment, la volonté de Syriza de rester au pouvoir l’emporte sur les divergences, mais dans leurs discours sur les privatisations, sur les changements dans le droit du travail, tous les députés de Syriza ne sont pas toujours sur la même ligne. »

Le vote de la loi sur le travail en septembre, la deuxième évaluation du programme des réformes en octobre et l’adoption du budget en novembre sont autant d’étapes dangereuses pour M. Tsipras. D’après M. Papazoglou :

« Il sera dur pour le premier ministre de finir son mandat dans trois ans ».

Dans les sondages, Syriza ne cesse de chuter : le dernier en date, réalisé par l’université de Macédoine, annonce 11 points et demi d’avance pour Nouvelle Démocratie (droite). « C’est la chute la plus rapide de l’histoire politique grecque. En un an, Syriza est passé de 35 % des intentions de vote à 15 % », souligne M. Séfertzis, qui n’exclut pas des élections anticipées provoquées par M. Tsipras « pour refiler le sale boulot à l’opposition et mieux rebondir ensuite ».

Un avis partagé par Vassiliki Giorgiadou, professeure de sciences politiques à l’université Panteion à Athènes :

« Tsipras ne veut pas aller vers de nouvelles élections car il sait qu’il est en train de perdre des points dans les sondages et que le pays serait de nouveau déstabilisé mais en même temps plus il va avancer dans l’application des réformes, plus il va perdre en popularité. C’est un cercle vicieux, le temps joue en sa défaveur. »

Le reportage :   Un an après l’accord entre Athènes et Bruxelles, le ras-le-bol silencieux des Grecs

Athènes correspondance, Marina Rafenberg– (Intérim.)

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