Shabab Radio, la voix des réfugiés en Grèce

Avec la webradio « Shabab » – « les potes » en arabe – Stéphanie, Ahmad, Tariq et les autres veulent unir leurs voix en anglais, en arabe et en farsi pour aider les réfugiés et informer les Européens sur leur quotidien.

Publié le 17/07/2016 sur le site RUE89

 

(D’Athènes) 19h30, à Exarchia, le quartier alternatif d’Athènes, Tariq, George, Stéphanie et Azad s’installent dans une pièce minuscule, dans les locaux d’un incubateur de start-up qui les accueille temporairement.

L’émission «  Kalispera Shabab  » (un mix entre «  bonsoir  » en grec et «  les copains  » en arabe) commence dans quelques minutes, les micros sont mal réglés, le stress monte… Les présentateurs ne sont pas des professionnels, ils sont tous bénévoles et réfugiés, mis à part Stéphanie Cisowski, journaliste allemande d’origine polonaise installée en Grèce depuis cinq ans.

Le thème de la soirée  : les relocalisations des réfugiés depuis la Grèce vers d’autres pays européens. Ce dispositif, adopté en octobre 2015, prévoit la répartition d’ici à 2017 de 160 000 réfugiés syriens, irakiens, érythréens se trouvant en Grèce et en Italie dans d’autres Etats membres de l’Union européenne.

Procurer des réponses aux réfugiés

Ahmed Ayash, graphiste en Syrie, a été transféré il y a quelques semaines en Espagne, dans la banlieue de Madrid. Via Skype, il parle de sa nouvelle vie, de la façon dont il a été reçu par les Espagnols.

Invité sur le plateau, Cezaro alias Amine de Lattaquié (Syrie) a vu sa demande de relocalisation en Lituanie refusée, il témoigne de son inquiétude : «  Je dois désormais faire appel avec un avocat. Mais je ne connais pas très bien la procédure, et j’ai peur que ça ne serve à rien et que je sois désormais définitivement bloqué en Grèce  », explique-t-il en arabe au micro de Tariq Wady.

Ce dernier est un jeune Syrien de Damas, rappeur à ses heures perdues, qui a rejoint Shabab Radio, «  pour pouvoir s’exprimer en toute liberté ». « En Syrie, quand tu es rappeur et que tu prends des positions contre le gouvernement, tu dois cacher ton identité si tu ne veux pas avoir de problèmes », ajoute celui qu’on surnomme Mister Lion.

Interview par Tariq (à droite)

Interview par Tariq (à droite) d’un kurde au festival antiraciste d’Athènes

Son acolyte, George Nouneh, coprésentateur de l’émission, lui aussi amateur de rap, est arrivé le 6 mars sur l’île grecque de Lesbos  : «  Nous essayons de parler de sujets originaux qui sont peu traités par les médias généralistes. Qui parle des réfugiés qui voient leurs demandes de relocalisation refusées pour soi-disant des raisons de sécurité sans qu’aucune explication leur soit vraiment fournie ?  »

George, qui à Damas étudiait la littérature anglaise, est convaincu que cette émission est utile  : « Nous procurons des réponses aux réfugiés sur des points précis et nous faisons entendre leur voix. Qui sait, quelqu’un peut avoir entendu le témoignage de Cezaro et lui fournir une aide juridique  ? »

« Plus en commun que nous ne le pensons »

A ses côtés, Stéphanie, qui a le plus d’expérience dans le domaine des médias, manage l’équipe depuis sa création le 21 mai. Tout a commencé par une rencontre avec Ahmed, un Syrien parlant parfaitement anglais. Il est volontaire comme elle au port du Pirée pour aider les milliers de réfugiés campant des conditions sordides. Stéphanie explique :

«  Face à la crise migratoire que traversait le pays, j’avais l’impression que je devais agir. Avec Ahmed, nous étions bénévoles mais nous voulions faire plus pour donner les informations nécessaires aux réfugiés ; et aussi montrer que finalement, entre Européens et réfugiés, nous avons plus de choses en commun que nous le pensons.

Nous nous retrouvions face à des réfugiés qui nous demandaient des renseignements sur la fermeture des frontières, face aussi à des actions de générosité mais aussi d’incompréhension de certains Grecs. A ce moment-là, l’idée de faire une émission de radio est née. »

« Lutter contre l’ignorance »

Lors d’un week-end de l’entreprenariat et des start-up organisé à Athènes sur le thème du journalisme, Stéphanie, Ahmed sont rejoints par Lluís Santos, un Espagnol qui a lancé le site de la radio, et une Grecque, Xanthippi Lemontzoglou. A l’issue de l’événement, il gagne un prix et le projet est lancé.

Stéphanie assure avec conviction :

« Le but est de faire entendre les voix d’une même génération. Nous sommes tous en mouvement, fuyant la guerre ou la crise économique, mais nos revendications sont peu entendues. Grâce à ce concept, nous voulons partager nos opinions, nos histoires… Nous espérons aussi que grâce à l’échange nous pouvons lutter contre l’ignorance, terreau du nationalisme et de la xénophobie qui gagnent du terrain en Europe. »

George, Stéphanie, Tariq et Azad

George, Stéphanie, Tariq et Azad dans le studio de leur webradio

 

Au fil des semaines, l’émission se met peu à peu en place, avec des reportages dans les camps et dans les squats du centre d’Athènes où sont hébergés de nombreux réfugiés, avec des bulletins d’informations en arabe, en farsi, en anglais, et avec des interviews d’artistes migrants.

Stéphanie soupire :

«  Mais il reste beaucoup de chemin à faire. Nous avons peu de moyens, nous travaillons juste avec un ordinateur portable, un enregistreur et un appareil photo. Nous recherchons actuellement des aides financières auprès de fondations grecques et européennes.

Nous aimerions également avoir des sponsors pour avoir une connexion gratuite sur nos téléphones portables et faire des lives depuis les camps où se trouvent des milliers de réfugiés à travers la Grèce. Il est difficile d’obtenir des autorisations pour des reportages dans les camps. Mais si les réfugiés devenaient eux-mêmes journalistes, ne serait-ce pas un moyen de savoir ce qui s’y passe exactement  ?  »

21h30, Tariq, Stéphanie et Azad disent adieu à l’antenne à George, qui doit partir le lendemain pour Nicosie  : «  Kalispera  ! Nous continuerons d’avoir des nouvelles de George après sa relocalisation. La radio doit être comme un ami durant ce périple jusqu’à l’installation dans un nouveau pays  », annonce Stéphanie, émue de quitter celui qui est devenu un «  Shabab  », un ami.

Shabab Radio sur Soundcloud

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s