Grèce : une élection pour valider l’austérité

Les Grecs votent de nouveau dimanche, sans illusions car, en cas de victoire de Syriza ou de la droite, la poursuite des réformes drastiques sera maintenue.

Dans un café du quartier populaire de Kypseli, à quelques rues de l’appartement d’Alexis Tsipras, Nikos et Costas s’interrogent : “Verrons-nous un jour le bout du tunnel?” En janvier, les deux retraités y ont cru. Huit mois plus tard, ils sont perdus et s’apprêtent à subir dès le mois prochain de nouvelles coupes dans leurs pensions. Selon le nouvel accord signé entre la Grèce et ses créanciers, les retraites principales et complémentaires devraient baisser respectivement de 2 et 6%. À 78 ans, Nikos a une petite retraite de 360 euros. En octobre, elle sera réduite de 7 euros. “Chaque sou est compté, actuellement. Avec 353 euros, comment fait-on pour vivre? Heureusement, j’ai eu en héritage un appartement et ma famille me soutient”, soupire l’ancien gardien de parking. Son ami Costas a vu sa retraite de 1.500 euros diminuer de 30% depuis le début de la crise : “Le mois prochain, on va me retirer 38 euros supplémentaires. Quel que soit le parti élu dimanche, il appliquera le mémorandum, et ce sera reparti pour trois ans d’austérité.”

Les agriculteurs ne devraient pas non plus être épargnés par les nouvelles réformes prévues dans le troisième plan d’assistance ­financière. Leur taux d’imposition doit passer progressivement de 13 à 26% d’ici à 2016 et leurs contributions sociales doivent être réévaluées. Le secteur agricole emploie près de 13% de lapopulation active grecque et, avec la crise, de nombreux jeunes ont quitté les villes pour devenir agriculteurs. “Pourquoi démolir les projets de ces jeunes qui ont souvent connu des années de chômage avant de s’en sortir?”, s’insurge Akis Kanakaris, qui possède des champs de citronniers sur 1,5 hectare près de Corinthe, dans le Péloponnèse.

Hausse de la TVA dans les îles

Après une première hausse de la TVA en juillet, une seconde salve est attendue dans les îles de la mer Égée, qui bénéficiaient jusqu’à présent d’un taux réduit. Malgré la bonne saison touristique, à Syros, la propriétaire de l’hôtel Aegli s’inquiète : “À Syros, nous ne sommes pas à Mykonos ; nous fonctionnons avec le tourisme grec, et cette hausse de la TVA va beaucoup nous affecter. J’avais baissé les prix cette année pour attirer les clients, mais je vais devoir les remonter de nouveau. Est-ce qu’ils continueront alors à venir?” L’année scolaire a aussi commencé sur les chapeaux de roue dans les écoles publiques du pays. “En septembre, certaines classes n’ont pas pu ouvrir, notamment dans les coins les plus reculés de Grèce”, constate Ali Mustafa, un enseignant vacataire qui devrait être affecté à un poste après les élections dans l’urgence. Selon les syndicats, depuis cinq ans, 11.000 personnes sont parties à la retraite dans l’enseignement public et seulement 272 ont été embauchées. “Le nouveau ­mémorandum, comme les deux précédents, n’autorise pas la création d’emplois dans la fonction publique. L’État doit faire appel à des enseignants vacataires, qui chaque année doivent changer de poste, qui n’ont pas les mêmes droits sociaux que les titulaires”, explique Ali avant d’ajouter : “Alexis Tsipras nous avait promis 7.000 postes, mais nous pouvons désormais faire une croix dessus!”

Le Pirée, port de l’angoisse

Au Pirée, les dockers sont ­anxieux. Fin octobre, l’appel d’offres concernant le port doit être bouclé. Athènes s’est engagé à dégager des privatisations 6,4 milliards d’euros d’ici à 2017. “Évidemment, nous avons peur de perdre nos postes. Si nous arrivons au point où la privatisation totale du port est autorisée, qui nous ­assure que l’entreprise chinoise Cosco va garder les mêmes employés dans les mêmes conditions?”, s’interroge Giorgos. Déçu par Syriza et par son leader, qui les avait pourtant soutenus dans des mouvements sociaux? “Je ne suis pas satisfait de l’accord qu’il a signé. Mais face à la menace de la sortie de l’euro, Alexis Tsipras a choisi la voie la plus réaliste pour éviter davantage d’ennuis aux Grecs.”

 

Marina Rafenberg, correspondance à Athènes (Grèce) – paru dans Le Journal du Dimanche le 20 septembre 2015.

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