Active solidarité grecque

Sur l’île de Lesbos, à Athènes ou à la frontière macédonienne, les bénévoles s’organisent pour venir en aide aux milliers de réfugiés qui traversent la Grèce pour rejoindre le nord de l’Europe.

Marina Rafenberg. Article publié dans Réforme  le 1er octobre 2015.

A Chalandri, banlieue nord d’Athènes, Angelina entasse des sacs remplis de vêtements, de jeux d’enfants, de conserves, de médicaments. Tout doit être envoyé sur l’île de Lesbos, point d’entrée en Grèce de la majorité des réfugiés. Dans la capitale de l’île, Mytilène, qui compte 86 000 habitants, près de 20 000 Syriens, Afghans, Irakiens ou Erythréens étaient entassés sur le port et ses alentours ces derniers jours. Alors, Angelina et son collectif citoyen « Mazi tha ta fame » (« Ensemble, nous allons manger ») ont organisé une collecte. En seulement deux jours, leur local est plein à craquer, près de 2000 personnes y ont participé. Le collectif créé il y a quatre ans vient au départ en aide aux 110 familles pauvres de la banlieue touchées par la crise économique. « Mais en décembre, lorsque des Syriens avaient manifesté place Syntagma pour obtenir des visas et pour avoir de dignes conditions d’accueil, nous avons décidé de les aider. A l’époque, nous nous étions organisés pour accueillir dans la commune 6 familles et ce chiffre a au fur et à mesure augmenté. Une fois par jour nous distribuions des repas et nous demandions également à des médecins d’examiner leur état de santé», explique Angelina. Depuis le début de la crise, dans toute la Grèce, s’est développé un réseau de solidarité. Ces organisations ont immédiatement répondu présentes lorsque les réfugiés se sont trouvés dans des situations de détresse. « Les Grecs sont sensibles à cette question des réfugiés car beaucoup de Grecs ont été réfugiés, que ce soit pendant la guerre civile, pendant la dictature des Colonels ou les Grecs d’Asie mineure qui ont dû être rapatriés en Grèce en 1921. Et d’ailleurs comment rester impassible devant le drame que vivent ces familles? », commente l’enseignante quinquagénaire.

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Mobilisation en faveur des réfugiés place Syntagma. Photo: M.R.

Les bénévoles sont dépassés

Le mouvement citoyen auquel participe Angelina est en étroite relation avec la Maison des migrants à Athènes, le « Steki » qui depuis 25 ans offre aux réfugiés et migrants des cours de langue, l’aide d’avocats, un accompagnement et soutien financier si nécessaire pour obtenir un logement. Outre l’envoi de colis dans les îles de la mer Egée et à la frontière macédonienne, le « Steki » doit s’occuper des nouveaux arrivants qui sont obligés de rester plusieurs jours dans la capitale grecque avant de continuer leur chemin. Début juillet, un nombre important d’entre eux s’était mis à camper dans le parc « Pedio Tou Areos », dans le centre d’Athènes. « Ils n’avaient ni eau, ni nourriture, ni produits pour faire leur toilette, ni médicaments. Nous avions alors lancé un appel aux citoyens», soutient Nassim, un des responsables de la Maison des migrants. Trois fois par jour, ils cuisinaient pour eux, ils leur avaient apporté des tentes, des vêtements et tout ce dont ils avaient besoin. Mi-août, le gouvernement grec a ouvert un centre d’accueil en banlieue et plus de 300 personnes y ont été transférées. « Le problème s’était alors un peu dissipé. Mais avec l’afflux continue de réfugiés en provenance des îles, de nouveau des centaines de réfugiés se sont rassemblés place Victoria non loin du parc. Ce sont essentiellement des Afghans qui se donnent le mot et qui viennent ici pour trouver des passeurs », note Nassim lui aussi Afghan installé depuis 15 ans en Grèce. Le « Steki », encore une fois, se mobilise donc. « Mais les bénévoles sont dépassés. L’Etat grec, l’Union Européenne et les organisations internationales doivent agir !», soupire Nassim.

 

A Lesbos et à Thessalonique, les citoyens et les touristes se mobilisent aussi

Avant de débarquer à Athènes, la majorité des réfugiés doivent traverser la mer Egée et atterrisse à Lesbos. Depuis février, avec l’augmentation régulière des arrivées de réfugiés, les ONG comme « Angalia » ou « Médecins du Monde » étaient mobilisés, mais spontanément les habitants de l’île et les touristes aussi. C’est le cas de Philippa Kempson et son mari Eric, des Anglais installés sur l’île depuis quelques années. « Nous repérons où arrivent les canots avec les réfugiés et nous leur apportons de la nourriture, de l’eau. Nous nous assurons que les enfants, les femmes sont en bonne santé », affirme Philippa qui est entourée par de plus en plus de volontaires. « On nous écrit de toute l’Europe, des Anglais, des Suédois, des Norvégiens ont vu des reportages et viennent nous donner un coup de main ! Des paquets de toute la Grèce nous sont également livrés», ajoute-t-elle. Comment réagit la population locale face à l’afflux des réfugiés ? « A Mytilène, la population est compréhensive en général et tente d’aider. A Molyvos, la zone la plus touristique de l’île, les commerçants et hôteliers s’inquiètent de l’impact sur leurs activités et ne sont pas toujours accueillants », assure Philippa. Quand les réfugiés accostent sur l’île, il n’est pas rare de les voir faire un signe de victoire. « Mais ensuite ils passent par différents sentiments, la peur, la colère, et la lassitude. Ils doivent attendre dans de conditions difficiles à Mytilène plusieurs jours avant d’être enregistré par la police. Ils sont entassés dans des campements sans eau, sans toilettes… », déplore la bénévole anglaise.

A Thessalonique, ultime étape avant de rejoindre la frontière pour la République de Macédoine et tenter de rejoindre les pays d’Europe du Nord, des actions similaires ont vu le jour. « En mai un mouvement de solidarité a vu le jour, à ce moment près de la place Aristotelous, des centaines de réfugiés dormaient dehors sans que les autorités ne s’en inquiètent», constate Marianna qui s’est rendue une quinzaine de fois cette année dans la ville d’Idomeni à la frontière. « Les collectes auprès de la population connaissent un grand succès. Et outre les ONG comme Médecins du Monde ou la Croix Rouge, il y a aussi une ambulance d’un hôpital de Thessalonique Aghios Loukas, qui envoient du matériel médical et des médicaments une fois par semaine », poursuit la jeune femme. « Mais les besoins sont énormes ! En janvier, il n’y avait que 15 personnes par jour qui effectuaient la traversée. Désormais il peut y avoir jusqu’à 8 000! », s’exclame-t-elle, tout en insistant : « la mobilisation ne doit pas faiblir dans les prochains mois, même si le sujet ne fait plus la une des médias ! ».

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