Les premiers déçus de Tsipras

Un mois après sa victoire, le Premier ministre abandonne certaines promesses et doit faire face à un front intérieur.

Le Parisien | 28 Févr. 2015

Athènes (Grèce)

De notre correspondante Marina Rafenberg.

Alexis Tsipras a remporté une bataille, mardi, en obtenant l’extension du programme d’aide européen jusqu’en juin. Mais, en s’engageant auprès de Bruxelles à poursuivre certaines réformes, le Premier ministre grec doit affronter un second front, intérieur cette fois.

« Je demande pardon au peuple grec d’avoir participé à cette illusion. Ce n’est pas en changeant les noms — le mémorandum en accord, la troïka en institutions et les créanciers en partenaires — qu’on change quoi que ce soit », a déclaré le député européen de Syriza Manolis Glézos, héros de la résistance contre le nazisme.

Panagiotis Lafazanis, ministre du Redressement productif, représentant de l’aile gauche du parti, s’est étonné que la liste de réformes transmise par le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, « reprenne le langage des créanciers ».

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Sakellaridis, s’est voulu rassurant : l’accord trouvé avec les Européens « consiste en des généralités sur beaucoup de points, ce qui laisse le champ libre » au gouvernement. Mais ce flou dans la liste de réformes transmise par Athènes inquiète Leonidas, 54 ans. « Quand est-ce que les mesures pour lutter contre la crise humanitaire seront mises en place ? Tsipras nous les avait promises dans le premier mois suivant son élection et plus aucune date n’est avancée ! » s’exclame l’enseignant.

Giorgos, 42 ans, docker, est « préoccupé » par la poursuite des privatisations qui concerne le port du Pirée où il travaille. « Est-ce un revirement d’Alexis Tsipras ou est-ce une stratégie politique visant à apaiser les créanciers ? Si Tsipras recule, il devra affronter les syndicats… » prévient-il.

Selon Yannis, 31 ans, gérant d’un bar, « le gouvernement a fait l’erreur de reculer sur l’augmentation du salaire minimum. Beaucoup de jeunes l’espéraient, même les patrons n’y étaient pas opposés ». L’augmentation du smic de 580 à 751 € sera décidée « en accord avec les partenaires européens », selon le texte envoyé à Bruxelles.

« La Grèce reste bien sous le contrôle des créanciers », souligne Yannis. La majorité des Grecs continue de soutenir les efforts du gouvernement.

« Les Grecs ne se faisaient pas d’illusions sur le programme de Syriza, ils savaient que le nouveau gouvernement ne pourrait pas faire de miracles. Les électeurs de Syriza attendent surtout des résultats dans des domaines concrets comme la lutte contre la corruption et l’aide aux plus démunis », explique le politologue George Sefertzis. Plus étonnant pour l’analyste politique : « Alexis Tsipras a réussi à gagner le soutien d’électeurs du centre ou de droite contents de l’issue des négociations avec les Européens. Il faudra voir dans les prochains mois si sa cote de popularité perdure avec la mise en place des premières réformes. »

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