Grèce : Yanis Varoufakis, un ministre de l’Économie rock’n’roll

L’économiste de 53 ans, entré en fonction mercredi, ne mâche pas ses mots. Il aura un rôle clef dans les négociations avec les créanciers de la Grèce.

PAR , À ATHÈNES

Article publié le 28/01/2015 sur le site du Point.

Crâne rasé, chemise décontractée, veste en cuir, Yanis Varoufakis est un des hommes forts du gouvernement d’Alexis Tsipras, le tout nouveau Premier ministre grec. Économiste formé au Royaume-Uni, il sera donc en première ligne des négociations avec les créanciers de la Grèce. Avec son franc-parler et son intransigeance, les prochaines réunions à Bruxelles risquent de swinguer.

Avant même l’annonce officielle par Tsipras, Yanis Varoufakis, blogueur passionné, un brin geek, avait divulgué à ses quelque 137 000 abonnés sur Twitter qu’il serait le prochain ministre de l’Économie et des Finances. Malgré les mises en garde, il a d’ailleurs assuré vouloir continuer à publier ses réflexions sur son blog, “même si c’est considéré comme irresponsable à ce poste”, plaisante-t-il. Le nouveau ministre est aussi un adepte des théories du jeu. En 2012, il travaillait pour le géant américain Valve, qui gère le principal service de vente digitale de jeux vidéo.

Très critique des prêts accordés à la Grèce en échange d’une politique d’austérité, il milite depuis le début de la crise pour l’effacement de la “dette odieuse” et la fin des plans de rigueur. Interrogé récemment par la BBC, Yanis Varoufakis tenait à s’adresser aux contribuables allemands : “Le problème n’est pas que vous n’avez pas assez payé. Le problème, c’est que vous avez trop payé. Mais vous ne vous êtes pas rendu compte que moins de 10 % de votre argent a bénéficié à la Grèce. Le reste a été englouti par les créanciers, et dans le trou noir de la dette.”

“L’Europe ne devra plus compter sur notre misère”

Proche du célèbre économiste américain classé à gauche James K. Galbraith, Yanis Varoufakis a enseigné à l’université de Sydney, en Australie, et celle d’Austin, Texas, aux États-Unis. Il a été l’un des premiers à prédire la crise des “subprimes” en 2008. Mais surtout un des seuls à avoir demandé au gouvernement du socialiste George Papandréou, dont il était conseiller entre 2009 et 2011, de laisser l’État grec faire défaut et de ne pas accepter le plan de sauvetage en 2010.

En tant que ministre de l’Économie, Yanis Varoufakis compte proposer à l’Union européenne dans les futures négociations une nouvelle formule où le remboursement de la dette dépend de l’évolution du PIB. “L’idée, c’est que l’Europe devra être notre partenaire dans la croissance, et ne devra pas plus compter sur notre misère”, déclarait-il au journal La Tribune le 20 janvier.

La sortie de la Grèce de la zone euro et autres scénarios catastrophes ne lui font pas peur. Dans une interview à Bloomberg, il citait ainsi un vers de la chanson “Hotel California” du groupe The Eagles : “Vous pouvez rendre les clefs de votre chambre à n’importe quel moment, mais en fait vous ne partez jamais.”

“Nous allons détruire les bases d’un système”

Les négociations avec l’Allemagne en particulier s’annoncent rudes. Mais Yanis Varoufakis a assuré avoir déjà eu avec Jeroen Dijsselbloem, le président de l’Eurogroupe, “un dialogue encourageant”, prémisse d’une rencontre entre les deux hommes prévue vendredi. Mercredi, lors de la passation de pouvoir au ministère de l’Économie, le nouveau ministre a dénoncé l’attitude de certains médias “qui veulent donner l’impression de scènes de Far West et faire croire que nous allons provoquer en duel l’Europe”.

À la tête de son ministère, Yanis Varoufakis tient également à combattre l’oligarchie grecque, ces grandes familles influentes qui sont présentes dans les milieux des affaires, qui détiennent les médias et d’autres grandes entreprises. “Nous allons détruire les bases d’un système qui depuis des décennies pompe l’énergie et l’économie du pays”, avait-il déclaré avant l’élection de dimanche à la BBC.

“Nous tournons une page, dans ce lieu qui a vu naître une grande erreur, le plus grand prêt de l’histoire de l’humanité et une dette monstre”, a annoncé Yanis Varoufakis en franchissant le seuil du ministère de l’Économie. Le ton est donné. Le travail ne fait que commencer.

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