Grèce : Tsipras doit-il se méfier d’Aube dorée?

Le procès des soixante-neuf membres et dirigeants du parti néonazi Aube dorée s’est ouvert lundi. A peine débuté lundi, le procès a été suspendu jusqu’au 7 mai pour des raisons de procédure. Syriza prévoit des manifestations devant le tribunal, mais le gouvernement d’Alexis Tsipras se fait jusqu’à présent assez discret sur la question.

La Grèce s’apprête à vivre au rythme de l’un des plus grands procès de son histoire. Soixante-neuf membres et dirigeants du parti néonazi Aube dorée vont défiler sur le banc des accusés dans une salle spécialement aménagée de la prison de Korydallos, près d’Athènes. La justice grecque devra notamment décider si cette formation s’apparente à une “organisation criminelle”. Entrée pour la première fois au Parlement en 2012 avec 18 députés sur 300, Aube Dorée a défrayé la chronique avec des expéditions punitives organisées par ses membres contre des migrants ou en organisant des soupes populaires réservées aux seuls Grecs. En septembre 2013, l’assassinat de Pavlos Fyssas, rappeur antifasciste, par un membre présumé du parti néonazi déclenche une offensive judiciaire sans précédent.

Pour Alexis Tsipras, la condamnation du parti néonazi serait une grande victoire. Syriza prévoit des manifestations devant le tribunal, mais le gouvernement d’Alexis ­Tsipras se fait jusqu’à présent assez discret sur la question. Encore dans l’opposition, en mai dernier, Alexis Tsipras dénonçait les actions d’Aube dorée sans toutefois condamner “tous les électeurs d’Aube dorée, qui ne sont pas des nazis”. “Aube dorée instrumentalise le sentiment d’injustice et de détresse sociale. C’est à nous, partis démocratiques, de reconquérir ces électeurs”, ajoutait le leader de la gauche radicale.

“La recette de Marine Le Pen”

Aux dernières élections, le 25 janvier, Aube dorée restait la troisième force politique du pays et faisait réélire 17 députés. Mais, d’après le politologue Georges Sefertzis, Alexis Tsipras a réussi à endiguer l’avancée d’Aube dorée : “Dans les derniers sondages, le parti néonazi a perdu trois points par rapport au mois de janvier, en passant de 9% à 6% des intentions de vote. Certains de ses électeurs soutiennent désormais Syriza et la position anti-austérité adoptée par le gouvernement d’Alexis Tsipras.” Pour Michalis Spourdalakis, professeur de sciences politiques à l’université d’Athènes, le danger se situe justement dans le possible échec des négociations avec les Européens : “Si le gouvernement d’Alexis Tsipras n’arrive pas à mettre en place une partie de son programme sous la pression européenne ou si la Grèce est poussée à faire faillite, les citoyens grecs auront l’impression que leur vote n’a pas été respecté. Le risque alors est qu’ils se tournent vers l’extrême droite.”

Les dirigeants du parti néonazi, qui dénoncent malgré tout la “préparation d’un nouveau mémorandum”, ont conscience que sur le front de l’antirigueur ils ne sont plus en position de force. “Aube dorée était plus agressive face au précédent gouvernement, qui avait voté les plans de rigueur”, remarque George Sefertzis. Depuis quatre mois, les députés d’Aube dorée n’ont pas haussé le ton ou fait des esclandres au Parlement, à tel point que le journal grec de centre gauche Ta Nea s’interrogeait hier : “Est-ce que le parti a décidé de faire profil bas et d’adopter la recette de Marine Le Pen?”

Marina Rafenberg (à Athènes) – Article publié dans Le Journal du Dimanche le 19 avril 2015.

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