La Grèce interpelle Merkel

Si le Parlement ne parvient pas à élire le président ce mois-ci, les législatives anticipées pourraient porter au pouvoir l’extrême gauche, ennemie jurée de l’austérité à l’allemande.

Une chute de presque 13 % à la Bourse d’Athènes, mardi, suivie d’une autre de 8% jeudi, c’est du jamais-vu depuis 2007! Les marchés ont réagi à la possible victoire de Syriza aux prochaines élections législatives, et ce ne sont pas les seuls. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré jeudi à la télévision autrichienne : “Je n’aimerais pas que des forces extrêmes arrivent au pouvoir en Grèce.” Tout s’est précipité avec la nouvelle, annoncée par le Premier ministre, Antónis Samarás, d’organiser l’élection du président de la République par les députés, avec un premier tour ce mercredi.

Alors que l’extrême gauche regroupée autour du parti Syriza caracole en tête des sondages avec près de 30 % des intentions de vote, le scrutin a de fortes chances d’aboutir à la dissolution de l’Assemblée et à des élections législatives anticipées. En effet, le gouvernement doit recueillir 180 voix des députés pour faire élire Stávros Dímas, choisi par le Premier ministre pour ce poste. Or, la coalition de la Nouvelle Démocratie (droite) et du Pasok (socialistes) ne dispose que de 155 députés.

“L’Europe est coincée”

 

Raison de l’inquiétude des Européens, et en premier lieu de l’Allemagne, qui a lourdement contribué aux réformes drastiques imposées aux Grecs? Syriza continue d’affirmer sa volonté de mettre fin aux politiques d’austérité. “Nous ­voulons une renégociation totale des mémorandums”, soutient George Stathakis, conseiller économique de Syriza.

La “Troïka” (BCE, UE, FMI), attendue d’ici peu à Athènes, peut-elle accepter que la Grèce voie sa dette restructurée et cesse d’entreprendre les réformes exigées en échange des prêts fournis? “Dans les circonstances actuelles, Syriza ne semble pas avoir les moyens de s’opposer à ses créanciers”, note Jésus Castillo, économiste chez Natixis, spécialiste de l’Europe du Sud. Mais sur l’allégement de la dette grecque, “l’Union européenne est coincée”. L’économiste explique que “lors du second plan d’aide à la Grèce, en 2012, l’Union européenne s’est rendu compte de l’impossibilité de ramener la dette grecque à un ratio de 120 % du PIB en 2020 et avait promis de revoir le poids de la dette si le pays arrivait à atteindre un excédent primaire”.

Quelle solution face à la dette grecque?

L’Europe doit donc trouver une solution viable au poids de la dette grecque et des discussions avec le gouvernement grec, quelle que soit sa couleur politique, seront indispensables. C’est l’avis de Gabriel Colletis, économiste proche de Syriza, pour qui “la dette grecque s’élevant à 175 % du PIB n’est tout simplement pas remboursable, et les créanciers de la Grèce en ont conscience”.

Le risque est grand car rien ne dit que l’Union européenne et surtout l’Allemagne ne soient prêtes à céder si facilement… “Syriza réussira à rompre avec les politiques d’austérité uniquement si l’Allemagne revoit sa position”, souligne le politologue Georges Séfertzis. Et d’ajouter : “L’Allemagne commence aussi à ressentir les effets de la crise, ce qui pourrait faire pencher la balance”, ajoute-t-il. Une analyse partagée par Jésus Castillo, chez Natixis. Selon lui, “ce serait suicidaire pour l’Allemagne de laisser tomber une partie de la zone euro”.

 

Marina Rafenberg, correspondance, Athènes (Grèce) – Le Journal du Dimanche, article publié dimanche 14 décembre 2014.

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