Grèce : l’oligarchie dans la ligne de mire de Syriza

En tête des sondages, le parti de Tsipras ambitionne de mettre fin à la mainmise de quelques familles sur les médias et les grandes entreprises.

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Publié le 25/01/2015 à 12:20 sur Le Point.fr

“Nous, nous n’avons pas d’engagements avec les oligarques, nous en avons avec le peuple !” déclarait Alexis Tsipras, le leader de Syriza, lors d’un meeting jeudi soir à Athènes. Le parti en tête des sondages a eu un mot d’ordre durant toute la campagne électorale : détruire l’oligarchie grecque, ces quelques familles qui contrôlent les médias, les grandes entreprises, et tissent des liens privilégiés avec les hommes politiques.

Dans un câble diplomatique américain révélé par WikiLeaks, la situation grecque est ainsi décrite : “Un petit groupe de millionnaires, propriétaires de médias et d’autres entreprises, ayant hérité ou créé des fortunes considérables, entretient des liens incestueux avec les politiques.”

Armateurs

Parmi ces milliardaires, on trouve les Latsis, considérés comme la première fortune de Grèce, estimée à quelque 3 milliards d’euros. Ils vivent à Genève, en Suisse. Fils d’armateur, Spiros Latsis contrôle la plus grande raffinerie de Grèce, Lamda Development, qui vient en partie de racheter le site de l’ancien aéroport d’Elliniko au sud d’Athènes. Ce site de 620 hectares fait partie de la liste du Taiped, l’agence des privatisations grecques. Il devrait être transformé en un grand centre de loisirs et de tourisme, avec construction d’hôtels, d’immeubles de luxe, d’un casino… Mais Syriza une fois au pouvoir a promis d’annuler ce projet. Selon le parti, le site a été bradé et aucune étude sur les conséquences écologiques et sociales n’a été commandée.

Autre grande famille grecque qui concentre les richesses : les Vardinoyannis. Vardis Vardinoyannis est armateur, propriétaire de MotorOil, deuxième plus grande raffinerie du pays, mais aussi d’un hôtel à Athènes, de la chaîne de télévision Star et actionnaire de la chaîne de télévision Mega.

Les premiers visés par Syriza seront donc les armateurs grecs qui ne paient pas d’impôt sur les sociétés – à défaut, prétendent-ils, ils investissent des sommes importantes dans le mécénat… Les menaces de délocalisations proférées régulièrement risquent cette fois de ne pas être prises au sérieux par le nouveau gouvernement Syriza.

Magnats des médias

Syriza veut aussi renforcer la lutte contre l’évasion fiscale et dégager ainsi près de 3 milliards d’euros pour financer son programme de lutte contre la “crise humanitaire” (aides aux familles sans chauffage, soutiens aux petites retraites, couverture sociale pour tout le monde…). D’après la section grecque de Transparency International, la petite corruption diminue mais pas la grande, et l’évasion fiscale coûte toujours à l’État grec 10 milliards d’euros.

Enfin, Syriza prévoit de s’opposer aux magnats dans les médias. Ainsi, les licences permettant la diffusion de services audiovisuels seraient mises aux enchères, et non plus accordées de manière douteuse. Dans une interview au Financial Times, George Stathakis, un des piliers de la politique économique de Syriza, estimait que plus d’une centaine de millions d’euros pouvaient ainsi revenir à l’État. Un programme ambitieux qui devrait plaire aux créanciers de la Grèce, car il permettrait de remplir les caisses de l’État, mais un programme qui risque de trouver de fortes résistances dans son application.

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