En Grèce, éviter la faillite, encore

À la veille d’une réunion de l’Eurogoupe, Alexis Tsipras tente de faire voter la réforme des retraites sur fond de grève générale.

Le Premier ministre grec n’en a pas fini avec l’équilibrisme et la corde raide. Il doit de nouveau mener une course contre la montre et obtenir à tout prix avant la fin du mois un accord pour éviter que le pays ne sombre de nouveau. Athènes a un besoin urgent de liquidités afin de rembourser au FMI et à la Banque centrale européenne près de 5 milliards d’euros d’ici à la mi-juillet. “Un nouvel épisode d’incertitudes s’ouvre, mais personne ne veut revivre le même psychodrame qu’en 2015, d’autant que l’Europe doit déjà faire face à la crise migratoire et au référendum en Grande-Bretagne“, explique l’éditorialiste Nikos Dimou.

Si un accord n’est pas conclu lundi à l’Eurogroupe, Alexis Tsipras espère néanmoins obtenir une victoire politique sur l’allégement de la dette grecque (près de 180% du PIB). “Tsipras veut prouver à ses électeurs que malgré les mesures difficiles votées, il y a une lueur d’espoir. Son avenir politique dépend en partie de cette réussite”, soutient Nikos Dimou.

Deux lois en urgence dimanche

Pour arriver à ses fins, Alexis Tsipras a décidé de faire voter précipitamment par le Parlement d’ici à dimanche soir la loi sur les retraites. Cette réforme prévoit une réduction des pensions les plus élevées, mais surtout une augmentation des cotisations, critiquée par l’opposition et les syndicats. La loi concernant l’impôt sur le revenu, qui vise à taxer davantage les moyens et hauts revenus, doit également être adoptée aujourd’hui. Le Premier ministre a défendu l’adoption de ces mesures impopulaires en promettant qu’elles épargneraient les plus défavorisés au nom de la “justice sociale”.

“L’impopularité de Tsipras grandit de jour en jour, souligne le politologue Georges Sefertzis. Mais ce vote express au Parlement est intelligent ; il permet à Tsipras de faire bonne figure lors de l’Eurogroupe tout en obligeant les frondeurs au sein de son parti à voter la loi car ils ne veulent pas être responsables d’un échec dans les négociations.”

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Manifestation agitée d’agriculteurs au centre d’Athènes. Photo: M.R

À cette annonce, jeudi, les syndicats du public et du privé ont appelé à une grève générale de 48 heures, vendredi et samedi, la quatrième que depuis la réélection d’Alexis Tsipras en septembre 2015. Tout le pays est resté paralysé pendant deux jours : transports en commun arrêtés, bateaux à quai pour quatre jours, administrations publiques fermées, blocages par des agriculteurs, avocats absents des tribunaux – un mouvement social très peu médiatisé, le secteur public audiovisuel étant aussi en service minimum.

Divergences avec le FMI

De grandes manifestations sont prévues dimanche dans la capitale pour célébrer la fête du travail du 1er mai, reportée pour cause de célébration de la Pâque orthodoxe dimanche dernier. Autre signe de malaise, le gouvernement a décidé, pour des raisons de sécurité, de reporter à une date non définie la finale de la Coupe de Grèce de football entre l’Olympiakos et l’AEK Athènes, prévue hier. La police a déclaré se trouver dans l’incapacité d’assurer la sécurité autour du match en raison de la grève de 48 heures, qui la touche aussi.

“Nous nous trouvons dans la dernière ligne droite pour que soit conclue l’évaluation des réformes” associée au versement de prêts, avait assuré, à trois jours de la réunion de l’Eurogroupe, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras. Un optimisme qui contraste avec les divergences persistantes entre Athènes et ses créanciers. En effet, le Fonds monétaire international (FMI) réclame du gouvernement grec des mesures supplémentaires d’un montant de 3,6 milliards d’euros au cas où les objectifs fixés par les créanciers ne seraient pas respectés (un excédent primaire de 3,5% du PIB en 2018).

“Notre gouvernement ne compte pas accepter le vote d’un nouveau paquet de mesures préventives”, a insisté vendredi Nikos Voutsis, le président de l’Assemblée, où le gouvernement ne dispose que de trois sièges de majorité. Athènes propose comme alternative un mécanisme de baisse automatique des dépenses publiques en cas de déficit budgétaire. “Il est peu probable que l’Eurogroupe de lundi aboutisse à un accord. D’ailleurs, l’absence de Christine Lagardeest un signe que de grandes décisions ne seront pas prises avant la prochaine réunion, le 24 mai”, assure Georges Sefertzis.

Marina Rafenberg, correspondante à Athènes (Grèce) -publié dans  Le Journal du Dimanche le 8 mai 2016. 

À Athènes, migrants d’hier et d’aujourd’hui, «frères de galère»

Marina Rafenberg Article publié sur Slate.fr le 20.04.2016

Les migrants d’hier, main dans la main avec les Grecs, aident les nouveaux arrivants avec les moyens du bord.

Place Exarchia, au cœur du quartier alternatif et anarchiste d’Athènes, où les slogans en soutien des réfugiés sont légion, Hakim, la trentaine, blouson en cuir noir et cigarette à la main, promène son chien, Mao. «Évidemment c’est une référence au leader communiste. Je me fonds parfaitement à mon environnement», sourit cet Algérien arrivé en Grèce il y a six ans. En remontant la rue Tsamadou, vers le «Steki Metanaston», le «QG des migrants» littéralement, Hakim croise Erdal, un Kurde de Turquie, «un nouveau pote». Lui n’est là que depuis quatre mois, et s’apprête à assister à un cours de grec gratuit au«Steki».

Ce lieu associatif créé en 1997 par des militants de gauche antifascistes a accueilli toutes les vagues de migrants, à commencer par celles venues des Balkans et d’Europe de l’Est à la fin des années 1990. Depuis, le bouche à oreille amène les nouvelles générations à passer le seuil de l’édifice à l’apparence délabrée, recouvert de tags et d’affiches politiques: des cours de langue y sont dispensés, des conseils juridiques prodigués et une cuisine collective organisée.

L’entrée du «Steki Metanaston», le «QG» des migrants à Exarchia, dans le quartier alternatif d’Athènes | Marina Rafenberg

Bloqué dans la capitale hellène

Depuis l’été 2015, face à la crise migratoire sans précédent auquel doit faire face Athènes, le «Steki» a développé son action. Aziz, un Sénégalais installé depuis six ans en Grèce, se souvient:

«Durant l’été, il y avait plus de 500 réfugiés qui campaient non loin d’ici, dans le parc Pedios tou Areos. Pendant vingt-deux jours, nous avons distribué plus de 33.000 portions. Je cuisinais tous les jours de la semaine sans relâche.»

Désormais, ils collectent des produits de première nécessité (nourriture mais aussi lingettes hygiéniques, couches, savons, dentifrice…) pour les distribuer aux réfugiés place Victoria. Au centre d’Athènes, ce carrefour était envahi par des centaines de couvertures, de tentes improvisées il y a encore quelques semaines, avant que les forces de l’ordre ne décident de l’évacuer dimanche 6 mars. Mais les migrants et réfugiés y reviennent en journée même s’ils logent dans des centres d’accueil en banlieue d’Athènes pour trouver le soutien des bénévoles mais aussi des passeurs qui en ont fait leur repère…

“Jusqu’à présent, les réfugiés venaient et repartaient, il fallait répondre à une situation d’urgence temporaire. Mais maintenant avec la fermeture des frontières, nous devons en préparer certains à rester dans ce pays” Nassim, Afghan, pilier du collectif de solidarité aux réfugiés.

 

Dans quelques jours, un autre projet doit voir le jour au «Steki»: «l’Université silencieuse», initiée à Londres et mise en place dans d’autres villes européennes, vise à permettre à des réfugiés et migrants, anciens professeurs ou étudiants dans leur pays d’origine, d’enseigner leurs langues à des locaux. Nassim, un Afghan devenu un pilier du collectif de solidarité aux réfugiés depuis plus de dix ans, se réjouit de cette initiative «qui va aider à l’intégration». «Jusqu’à présent, les réfugiés venaient et repartaient, il fallait répondre à une situation d’urgence temporaire. Mais maintenant avec la fermeture des frontières, des milliers de réfugiés se retrouvent pris au piège en Grèce. Nous devons en préparer certains à rester dans ce pays et les aider grâce à nos propres expériences», précise-t-il. Au départ, son choix n’était pas de rester en Grèce mais Nassim y a finalement fait sa vie. À l’époque aussi les frontières étaient fermées et il s’est retrouvé bloqué dans la capitale hellène:

«Cela a toujours été difficile et dangereux d’entreprendre ce voyage, mais, depuis quinze ans l’Europe se referme, dix murs ont été érigés, les guerres ont mis plus de monde sur la route de l’exil…»

Coups de main

Le cours d’Erdal commence dans une pièce peinte de figures multicolores. «Kalimera»(«bonjour»), «Kalispera» («bonsoir»), répètent en cœur les élèves chinois, afghans, pakistanais, congolais, ivoiriens… Dans la pièce d’à côté, Hakim aide les migrants arabophones à comprendre des papiers administratifs en grec, il leur conseille aussi de rejoindre des squats anarchistes qui accueillent depuis quelques jours plusieurs familles de réfugiés. Depuis la fermeture des frontières, il avoue faire face à des dilemmes:

«Je n’ai pas envie de gâcher tous les espoirs des réfugiés qui viennent me voir… Que dire aux Syriens qui fuient la guerre? Que certains gouvernements européens ne se préoccupent pas de leur sort et qu’ils risquent d’être coincés ici pour plusieurs mois?»

Hakim essaie de persuader les familles de déposer une demande de relocalisation vers d’autres pays européens, mais les démarches prennent des mois et toutes les nationalités ne sont pas éligibles. Alors, l’autre solution, c’est de faire sa demande d’asile en Grèce.«Mais je comprends qu’ils ne veulent pas rester, ce n’est pas la Suède ici, il y a la crise. Ils n’auront pas d’appartement gratuit fourni par l’État ni d’aide financière et trouver un travail révèlera de l’exploit», soupire-t-il.

 

Les cours de grec du «Steki» sont organisés gratuitement par des bénévoles afin d’aider les réfugiés à s’intégrer | Marina Rafenberg

Arrivé en 2010, avant la construction du mur suivant la rivière Evros et séparant la Grèce de la Turquie, Hakim a lui aussi «ses propres problèmes». «Quand je suis parti d’Algérie, ma destination finale devait être la France mais je suis resté en Grèce et j’ai appris à aimer ce pays. Mais je n’ai toujours pas de papiers, je ne peux pas travailler, je ne peux qu’enchaîner des petits boulots au noir», explique cet électricien de formation. Pour lui, il est «normal d’aider les frères de galère. D’autres m’ont donné des coups de main quand moi aussi j’ai débarqué».

«Calvaire»

À Exarchia, il a toujours connu la solidarité des habitants «mais cela n’a pas toujours été le cas partout en Grèce». Les images des noyades, des conditions déplorables dans les camps ont mobilisé l’opinion publique. «Avant, il n’y avait pas autant de drames, mais surtout on en parlait moins. En novembre 2010, j’ai plusieurs copains algériens qui sont morts alors qu’ils essayaient de rejoindre l’Italie en canot depuis l’île de Corfou…» se rappelle-t-il.

Jawad Aslam, le président de la communauté pakistanaise en Grèce, se réjouit de cet élan de générosité de la population grecque «qui contraste avec les années 2010-2012, lorsque le parti néonazi Aube dorée prospérait et organisait des attaques contre les Pakistanais et d’autres minorités». Depuis 1996 en Grèce, Jawad, se rend régulièrement au Pirée, où plus de 5.000 migrants s’entassent dans des hangars ou les salles d’attente du port, et déplore le «calvaire» que vivent ses compatriotes et autres migrants. «Beaucoup me disent qu’ils veulent retourner d’eux-mêmes au Pakistan, ils ne savaient pas qu’ils seraient accueillis dans de telles conditions. Les passeurs leur vendent des rêves, leur font croire qu’ils auront une vie idéale en Europe et, quand ils arrivent en Grèce, se retrouvent dans ces camps de fortune, ils déchantent», raconte Jawad.

L’effet positif de l’accord signé entre l’Union européenne et la Turquie le 18 mars, il n’y croit qu’à moitié: «Ceux qui vivent sous les bombes, qui fuient les exactions, continueront de venir en Europe et malheureusement cela ne concerne pas que les Syriens…» Au«Steki», Nassim est lui aussi pessimiste: «Cela ne va pas arrêter les passeurs, ils vont trouver des nouveaux chemins, peut-être plus dangereux…Les centres de rétention en Grèce vont massivement réapparaître et enfermer dans des conditions sordides les migrants économiques voire les réfugiés politiques.»

 

En Grèce, près de 52.000 réfugiés bloqués dans des conditions sordides

MARINA RAFENBERG  article publié dans la Vie le 16/04/2016.

Alors que le pape François effectue ce samedi 16 avril une visite sur l’île grecque de Lesbos, et notamment dans le camp de réfugiés de Moria, rappel de la situation migratoire et humanitaire dans cette région..

La Grèce tente de faire face depuis quelques semaines aux quelques 52.000 réfugiés bloqués sur son territoire tout en mettant en place l’accord UE-Turquie entré en vigueur le 20 mars.« Les besoins pour l’identification et l’hébergement des migrants sur les îles sont énormes », a constaté le ministre grec des Affaires européennes, Nikos Xydakis.

A Lesbos, plus de 3000 migrants s’entassent dans le hot spot de Moria, devenu un camp « fermé » selon le Haut Commissariat aux Réfugiés qui a décidé d’y suspendre certaines de ses activités. « Continuer à travailler à Moria nous rendrait complice d’un système que nous considérons à la fois injuste et inhumain », a également annoncé Médecins Sans Frontières. Le dispositif européen prévoit le renvoi en Turquie de toute personne arrivée irrégulièrement en Grèce après le 20 mars, y compris ceux qui pourraient prétendre à l’asile. Pour chaque Syrien renvoyé, un autre doit être « réinstallé » dans l’UE depuis la Turquie, dans la limite de 72.000 places.

 

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Une famille de réfugiés attendent au port du Pirée de pouvoir être transférés vers d’autres camps plus décents. Photos: M.R. 

Les nouveaux arrivants sont enfermés jusqu’à ce que leur demande d’asile en Grèce ait été étudiée. Mais le renfort européen en personnel qualifié pour l’asile n’est pas encore arrivé sur les îles, d’où des camps surchargés. Les ONG s’inquiètent par ailleurs: est-ce que les réfugiés sont bien informés de la possibilité de déposer une demande d’asile en Grèce ? 325 personnes ont déjà été transférées des îles de Lesbos et de Chios vers les côtes turques. Désemparés, une dizaine d’individus ont entamé la semaine dernière une grève de la faim pour protester contre leur expulsion. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord, 7200 migrants ont accosté sur les îles.

A la frontière gréco-macédonienne, la situation s’aggrave aussi avec plus de 11.000 réfugiés qui campent dans des conditions sordides. Les autorités grecques tentent de les persuader de  rejoindre les centres d’accueil ouverts à travers le pays mais la majorité reste à Idomeni et réclame l’ouverture des frontières. Dimanche, lors d’une manifestation au niveau du grillage séparant la Grèce de la Macédoine, des gaz lacrymogènes tirés par la police macédonienne ont fait des centaines de blessés.

Renaissance de la capitale hellène Athènes, cité millénaire et dynamique

Longtemps délaissée par les touristes, associée aux émeutes urbaines, à la crise, Athènes fait peau neuve et offre une autre image aux visiteurs. Le temps d’un week-end de printemps, avant les grosses chaleurs, la capitale hellène surprend par son oscillation constante entre modernité et traditions.

Majestueuse et séculaire, elle domine la ville, elle est l’objet de tous les regards. L’Acropole constitue le point névralgique d’Athènes, le pont entre la métropole moderne et la cité antique. La balade piétonne (Dionysiou Aréopagitou) qui encercle le monticule, à l’abri de la circulation, séduit autant les locaux que les touristes.

Le chemin vous mène dans un premier temps au￿ musée de l’Acropole,flambant neuf!Sa mise en scène, lumineuse et aérée grâce à￿grandes baies vitrées, juxtapose les œuvres retrouvées sur le site et￿une vue plongeante sur le Parthénon, le temple dédié à la déesse Athéna. En poursuivant votre route sur la voie pavée, bifurquez vers la colline des Muses, où se trouve le monument funéraire érigé en l’honneur du sénateur romain Philoppapus. Au sommet, un panorama irrésistible se dévoile sous vos yeux￿: d’un côté l’Acropole et de l’autre la ville moderne, qui s’étend jusqu’au Pirée et à la mer. Avant l’ascension entre les oliviers et les pins, faites une pause à l’église byzantine d’Agios Dimitrios Loumbardiaris (XVe ￿siècle).

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L’Acropole vue de la colline des Muses. Photo: M.R

En redescendant la rue Dionysiou Aréopagitou, vous tomberez sur le quartier de Monastiraki. Le dimanche, le marché aux puces rassemble meubles anciens, vieux disques, timbres… Toute une ambiance ! Face à l’agora et au temple de Dionysos,laissez-vous tenter à midi par le restaurant Kuzina, une valeur sûre. Le chef s’amuse à mélanger les recettes grecques à d’autres saveurs internationales.

Si, par la suite, vous voulez continuer de vous immerger dans les vestiges de la cité antique, rejoignez le cimetière Kerameikos, pour une promenade bucolique en compagnie de tortues et de chats au milieu de stèles funéraires. Mais pour les adeptes d’art moderne, mieux vaut s’évader dans l’enceinte du musée Benaki, ouvert à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 (138 rue Pireos). De magnifiques expositions de photographie ou de design sont organisées dans un bâtiment à l’architecture épurée.

Au coucher du soleil, grimpez ! Sous l’Acropole,Plaka regorge de venelles aux maisons néoclassiques colorées,perdez-vous dans ce décor onirique. Au flanc du rocher, en suivant la rue Lysiou, vous tomberez dans un autre quartier, Anafiotika. Les ruelles en escaliers accueillent des cafés à l’ombre des bougainvilliers. En pour- suivant jusqu’à la cime de la colline, des maisonnettes blanches aux volets bleus rappellent les Cyclades. Pas étonnant, les habitants de l’île d’Anafi (située face à Santorin) sont à l’origine de ces constructions du XIXe￿siècle.

Des soirées animées

À la nuit tombée, les terrasses se remplissent, la ville vibre jusqu’au petit matin. À Monastiraki, le bar To Loukoumi (3 place Avissinias) dispose d’une vue imprenable sur l’Acropole￿: les Athéniens aiment y siroter un cocktail en écoutant de la musique

rock. À quelques mètres de là, la place Agia Irini est prise d’assaut. Pour un bon verre de vin, courez chez Vintage, dont la cave possède 200 crus grecs.

Autour de la rue Kerameikos, l’atmosphère est plus bohème. Vous y trouverez une des meilleures tables d’Athènes à moindre coût￿: Seychelles. Si vous préférez passer une soirée musicale, rendez-vous dans la taverne Mia zoi tin exoume (20 rue Sfaktiria), dont le nom signifie «￿Nous n’avons qu’une seule vie￿». Des chanteurs revisitent tous les succès de la variété grecque jusqu’au bout de la nuit.

Venir à Athènes le temps d’un court séjour est l’occasion de prendre le large. Filez le dimanche au Balux Café, à Glyfada, afin de barboter tout en sirotant un café frappé, ou rejoignez, plus loin sur la riviera, la plage de sable calme de Kavouri. Pour un dépaysement garanti, à seulement une heure, vous pouvez également prendre l’hydroglisseur jusqu’à l’île d’Égine, où un bain dans les eaux cristallines s’impose.

Athènes continue, malgré la crise, de se métamorphoser. De nouveaux projets sont déjà bien entamés￿: un musée d’art moderne installé dans une ancienne usine à bière doit ouvrir dans quelques mois, et la fondation de l’armateur Stavros Niarchos doit inaugurer d’ici à la fin 2016, dans la banlieue sud, un grand centre culturel conçu par Renzo Piano qui compren- dra un opéra, une grande bibliothèque et un immense parc. Un renouveau qui devrait attirer de plus en plus de visiteurs.

Marina Rafenberg

Article publié dans le Quotidien du Médecin le 7 avril 2016: Quotidien 7 avril 2016

 

Partir

Vols pour Athènes au départ de Paris par Aegean Airlines à partir de 170￿€￿ au printemps (www.aegeanair.com)

Hôtels

– Athens Was (5, rue Dionysos Aréopagitou), à deux pas du musée de l’Acropole, un￿hôtel ouvert en
avril 2015, décoré avec beaucoup de goût.￿Terrasse avec vue sur l’Acropole et la colline du Lycabette. Chambre double à partir de 180￿€, petit-déjeu- ner compris (www.athenswas.gr).
– Fresh (26, rue Sofokleous), autre hôtel tendance, plébiscité par les hommes d’affaires. Cafés et repas servis sur la terrasse au dernier étage, avec une vue magnifique sur la ville, petite piscine. À partir de 115￿€￿la chambre double (www.freshhotel.gr)

Restaurants

–Seychelles(49,rue Kerameikos), adresse prisée des Athéniens pour son ambiance bon enfant et sa cuisine succulente (purée de petit pois et pieuvre, joues de bœuf, pappardelle au fromage frais et au pastrami).
– Kuzina (9, rue Adrianou), face à l’Acropole, cuisine fusion (saveurs grecques, japonaises et orientales). Goûtez aux beignets fourrés à la feta recouverts d’une sauce à la grenade.
– Vintage (66, rue Mitropoleos), pour￿découvrir le vin et le fromage grecs. Viandes délicieuses, cuites à la perfection.

Renseignements

Sur la ville￿: http://www.thisisathens.org Office de tourisme grec￿: http://www.visitgreece.gr (sur ce site,
il est possible d’organiser un tour avec un Athénien, guide bénévole).

LES DOUZE TRAVAUXD’ALEXIS

Migrants, dette, austérité, Etat en échec… Aucun autre leader européen ne doit faire face à autant de crises en même temps. A Athènes, pourtant, le Premier ministre Tsipras apparaît serein. Mais comment fait-il ?

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL MARC EPSTEIN AVEC MARINA RAFENBERG.

Dette abyssale, Etat inopérant, économie en panne, crise migratoire… Par sa gravité et sa complexité, chacun des dossiers qui s’empilent sur le bureau du Premier ministre grec semble écraser le précédent. A 41 ans, avec son air éternellement jeune, Alexis Tsipras ne paraît guère s’en soucier. En janvier 2015, grâce à un mélange d’habileté et de pragmatisme, le leader de Syriza, le parti de la gauche radicale, est parvenu à s’imposer sur une scène politique ossifiée, rongée par le clientélisme et les dynasties. Six mois plus tard, en juillet, sa convocation surprise d’un référendum sur les réformes structurelles exigées par les créanciers européens l’a fait traiter de fou. Avec le recul, pour- tant, ce scrutin lui a permis de réaliser l’union nationale.

Aujourd’hui, tandis que d’autres leaders européens semblent habités par le doute et hantés par les sirènes du populisme, Tsipras apparaît comme celui qui a survécu à tout. Vingt-cinq ans de militantisme ont fait de lui un animal politique hors pair. Il lui faudra de l’instinct pour venir à bout des douze tâches qui l’attendent…

1/ Faire face à la crise migratoire

Depuis le 1er janvier 2015, plus de 1 million de migrants et de réfugiés sont arrivés dans le pays… L’an dernier, malgré la crise économique et financière, Athènes a plutôt bien géré la vague de migrants, originaires en majorité de Syrie, d’Afghanistan et d’Irak. En dépit des ratés et des retards de l’administration, la Grèce est apparue comme un pays d’accueil, fidèle aux principes européens de droit d’asile.

Une telle posture était facile à adopter en 2015, quand le territoire était un simple lieu de transit. A présent, tout a changé : le pays est devenu un piège depuis la quasi-fermeture, ces derniers mois, de la « route des Balkans », que les réfugiés empruntaient pour gagner l’Allemagne et la Suède. En début de semaine, les autorités recensaient près de 50 000 migrants et réfugiés. Sur les quais du Pirée, le principal port d’Athènes, des milliers d’entre eux dormaient sous des tentes, au pied d’immenses bateaux de croisière, synonymes de voyage et de rêve. Il devenait urgent de réagir.

2/ Appliquer l’accord

Scellé le 18 mars entre l’Union européenne et Ankara, un accord prévoit le renvoi en Turquie de tous les nouveaux arrivants. Pour chaque réfugié syrien renvoyé, les Européens se sont engagés à « réinstaller » dans l’Union européenne un autre Syrien, protégé en Turquie par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Les premiers retours pourraient commencer « à partir du 4 avril », selon la chancelière allemande Angela Merkel, inspiratrice de l’accord. L’objectif est de briser l’élan vers la Grèce et de fixer les réfugiés, autant que faire se peut, sur le territoire turc.

Reste à voir comment le texte sera appliqué. La Grèce a obtenu de ses partenaires européens l’engagement d’un renfort immédiat de quelque 2 300 personnes, dont 400 experts de l’asile et 400 traducteurs. Mais elle devra aussi offrir quelque 20 000 places d’accueil sur ses îles, contre 6 000 actuellement. La tâche sera « herculéenne », selon l’ex- pression du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

3/ S’allier à Angela Merkel

L’été dernier, la chancelière allemande avait obligé Athènes à accepter des mesures d’austérité sans précédent. Aujourd’hui, elle est soudain devenue l’une des principales alliées d’Alexis Tsipras.

« L’image d’Angela Merkel a beaucoup changé en Grèce, depuis qu’elle a

mis son poids politique en jeu dans la crise des migrants », souligne Susanna Vogt, qui dirige le bureau grec de la Fondation Konrad Adenauer. « Tsipras et elle ont toujours entretenu de bonnes relations de travail, ajoute-t-elle. A présent, la communication est encore plus étroite et régulière. Pour la chancelière, il est exclu de rejoindre le camp des pays qui ferment leurs frontières. Et il n’est pas question de voir la Grèce se laisser déborder par un afflux de réfugiés qui dépasse, de très loin, ses capacités d’accueil. D’où la conclusion de l’accord avec la Turquie. A eux trois, ces pays ont conclu une relation triangulaire inattendue, mais qui pourrait être efficace : chacun a besoin des deux autres. » Bénéficiaire de l’accord, Tsipras rend aussi service à la chancelière, politiquement affaiblie par sa gestion de ce dossier.

4/ Calmer la Turquie

C’est l’autre effet paradoxal de la crise migratoire. Non seulement elle rapproche la Grèce et l’Allemagne, mais elle rend aussi Athènes et Ankara dépendants l’un de l’autre. Or un différend oppose ces deux ennemis historiques. A Chypre, d’abord, mais aussi en mer Egée, lieu de passage des réfugiés et des migrants. Le mois dernier, des avions de combat turcs seraient entrés à plusieurs reprises dans l’espace aérien grec, selon Athènes. L’un et l’autre pays se disputent la souveraineté de certaines îles dans la région.

Pourtant, Alexis Tsipras devra composer avec son homologue turc, Ahmet Davutoglu : chacun y a intérêt. La Grèce doit s’attirer les bonnes grâces de l’Union européenne, qui prévoit un généreux plan d’aide. Quant à la Turquie, qui abrite entre 2,5 millions et 3 millions de réfugiés, elle obtient une accélération du processus d’adhésion à l’Union. Et, surtout, l’UE versera 3 milliards d’euros, en plus des 3 milliards déjà agréés à la fin de 2015, pour aider les Syriens de Turquie. Enfin, le régime

des visas pourrait être levé, d’ici à la fin de juin, pour les Turcs qui souhaiteraient se rendre dans l’espace Schengen. Une série de bonnes nouvelles inespérées à Ankara, sans doute, compte tenu des provocations récentes dans les domaines des droits de l’homme et de la liberté de la presse.

5/ Négocier le remboursement de la dette

Les discussions se poursuivent entre Athènes et ses principaux créanciers, l’Union européenne et le Fonds monétaire international. Les deux parties peinent à s’entendre sur la réforme fis- cale et celle des retraites (voir ci-dessous). L’objectif est de parvenir à un accord avant le 11 avril, date de la pro- chaine réunion des ministres des Finances de la zone euro. La Grèce pourrait alors recevoir de nouveaux prêts internationaux de 86 milliards d’euros, en échange de la poursuite de l’austérité.

6/ Réformer les retraites

C’est le casse-tête du moment… Imposée par les créanciers, la réforme des retraites provoque la colère des syndicats, qui ont appelé à une série de grèves générales.

Interrogé par L’Express, le ministre grec du Travail, Georges Katrougalos, se fait fort d’éviter de nouvelles coupes dans les pensions principales de retraite déjà versées. Mais des divergences demeurent, reconnaît-il : « Le dialogue a été très vif, en particulier avec nos inter- locuteurs du Fonds monétaire international. Mais je suis plutôt confiant. Alors que des Etats membres semblent tentés par le populisme et le repli sur soi, il est dans l’intérêt de l’Union européenne de s’allier avec des partisans de la gauche, comme nous, qui défendons le modèle social européen. »

Monsieur le ministre a accroché dans son bureau le fac-similé d’un décret signé par Robespierre. Comme la plupart des membres du gouvernement, c’est un ancien compagnon de route du Parti communiste grec. Paradoxalement, un tel profil pourrait lui faciliter le passage en force d’une réforme inévitable.

7/ Relancer l’économie

Qu’importe si l’agence de notation Standard & Poor’s a réévalué son appréciation en légère hausse, de CCC à B –. En Grèce, les entrepreneurs sont à la peine… « Le cauchemar bureaucratique est devenu secondaire, souligne Johnny Georgiadis, responsable du marketing d’une jeune start-up de vente par Inter- net de produits alimentaires, Yolenis.eu. L’ennui, c’est surtout l’absence totale de financements bancaires et le contrôle des capitaux, toujours en vigueur. »

« La Grèce n’affichera jamais les taux de croissance de l’Irlande ou de la Chine, reconnaît Panagiotis Petrakis, professeur d’économie à l’université nationale d’Athènes. A condition que le gouvernement ne fasse pas d’erreur, toutefois, il me semble que nous entamons un cycle vertueux, grâce aux mesures imposées par nos créanciers. La tâche ne serait pas très compliquée pour un parti de gouvernement classique. Mais Syriza a toujours promis l’avenir radieux et fait mine de refuser l’austérité. Politiquement, la tâche sera délicate. »

« Nous entamons

un cycle vertueux, grâce

aux mesures imposées

par nos créanciers »

Panagiotis Petrakis, professeur d’économie

8/ Réveiller l’Etat

En Grèce, tout le monde reconnaît que l’Etat fonctionne mal, mais personne n’est d’accord pour entreprendre sa réforme. En coulisses, pourtant, il y a des progrès. Au sein de chaque ministère, les départements et les services ont été réorganisés, souvent sous la houlette de l’Union européenne. « Chaque agent de la fonction publique dispose d’une feuille de route claire, qui explique le travail qu’il a à faire, explique une chercheuse universitaire familière de l’administration. La coordination interministérielle va mieux, elle aussi. A l’échelle de la Grèce, ce sont d’immenses progrès. » Les partis d’opposition soupçonnent Syriza de chercher à transformer l’Etat pour le modeler à sa guise.

9/ Moderniser le parti

« Les Grecs ont toujours entretenu des relations difficiles avec la réalité », soupire Nikos Dimou, journaliste et écrivain, auteur d’un best-seller au titre éloquent, Du malheur d’être grec (Payot). « Il me semble qu’Alexis Tsipras a perdu une partie de ses rêves de jeunesse et qu’il apprend à gouverner. Mais ses ministres, eux, apprennent plus lentement. Quant aux militants de Syriza, ils sont restés des communistes, variante stalinienne. » Un ministre désapprouve : « Nous ne sommes pas plus radicaux que les sociaux-démocrates il y a vingt ans. Aujourd’hui, il suffit de prôner un programme économique keynésien pour apparaître comme un dangereux extrémiste… »

10/ Lutter contre le clientélisme et les pots-de-vin

Alexis Tsipras et les membres de son gouvernement sont souvent accusés de promouvoir des camarades de lutte incompétents à des postes de responsabilité. L’ennui, c’est qu’il y a là une tradition nationale, dont toute la classe politique s’est rendue coupable. « Les mentalités évoluent, estime Aristidis Baltas, ministre de la Culture. A présent, quand certains m’approchent et me demandent si je n’aurais pas un poste pour tel ou tel membre de leur famille, ils me parlent à voix basse. Ils ont honte, et c’est nouveau. » Les statistiques de Transparency International reflètent une légère baisse de la « petite » corruption – enveloppes et dessous-de-table. Mais il est trop tôt pour savoir si le mouvement sera durable.

11/ Cajoler la majorité parlementaire

Les élections législatives de septembre 2015 ont donné la majorité à Syriza, malgré un fort taux d’abstention : près de la moitié de l’électorat a boudé les urnes, bien que la participation au vote soit obligatoire. « Le soutien à Syriza est toujours là, mais l’enthousiasme s’est évaporé, note Michalis Spourdalakis, recteur de la faculté de droit et de sciences politiques d’Athènes. Plus personne ne croit que la Grèce peut échapper à l’austérité. Simplement, une majorité d’électeurs comptent sur Tsipras pour que les réformes soient les plus humaines possibles. » A défaut d’atteindre la majorité absolue, Syriza a dû s’allier une nouvelle fois au parti des Grecs indépendants (AN.EL, droite), mais ce bloc représente trois petites voix de majorité…

12/ Provoquer des élections anticipées ?

Une nouvelle menace apparaît à l’horizon… Face à Tsipras, qui a déçu une partie de son électorat et apparaît souvent comme un « moindre mal », un autre quadra tente d’incarner le renouveau et le changement. En janvier dernier, en effet, les militants de la Nouvelle Démocratie, principal parti conservateur, ont choisi un outsider comme nouveau leader : Kyriakos Mitsotakis, 47 ans, issu, comme tant d’autres, d’une grande famille poli- tique. A présent, certains conseillent au Premier ministre de provoquer des élections anticipées afin de prendre de vitesse ce rival, sans lui laisser le temps de mettre son parti en ordre de bataille… Jamais tranquille !

Article paru dans l’Express le 23.03.16

Les migrants continuent d’arriver sur les îles grecques

Publié le 20 mars 2016 

MARINA RAFENBERG, CATHERINE BOITARD
Agence France-Presse
Lesbos et Athènes

Des centaines de migrants ont rallié dimanche les îles grecques de l’Égée, au premier jour de l’entrée en vigueur de l’accord UE-Turquie censé couper cette route migratoire et dont la mise en oeuvre démarrait laborieusement en Grèce.

Ces traversées ont fait quatre morts selon des sources policière et humanitaire: deux fillettes d’environ un et deux ans, noyées après être tombées d’un canot au large de l’île de Ro, dans le sud-est de l’Égée, et deux réfugiés syriens, victimes d’une crise cardiaque à leur arrivée sur l’île de Lesbos, au nord.

 

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Débarquement d’une barque au nord de l’île de Lesbos, à quelques kilomètres des côtes turques. Photo: Marina Rafenberg. 

 

Dans un autre drame, neuf migrants partis de Libye vers l’Europe se sont noyés et environ 600 autres ont été secourus samedi, ont annoncé des responsables libyens.

À Lesbos, principale porte d’entrée en Europe pour des milliers de migrants syriens, irakiens et afghans fuyant la guerre, la police dénombrait dans l’après-midi quelque 800 nouvelles arrivées.

Cette poursuite des flux pourrait s’expliquer par le flou régnant encore sur la mise en oeuvre de l’accord UE-Turquie, jugeait à Lesbos un agent français de l’Agence européenne des frontières, Frontex.

«L’information va vite circuler que le passage est désormais difficile à cause de l’accord», qui prévoit le renvoi en Turquie de tous ceux arrivés à partir de dimanche en Grèce, y compris les demandeurs d’asile syriens, voulait-il espérer, a-t-il fait valoir.

Selon l’organe de coordination de la politique migratoire en Grèce (SOMP), les nouveaux entrants seront soumis comme prévu à l’accord et «ne pourront pas quitter les îles, où ils attendront l’arrivée des experts étrangers qui lanceront les procédures pour leur renvoi».

À Lesbos, ils étaient dirigés dans la journée sur le centre d’enregistrement de Moria qui attendait toujours «plus de directives» sur la mise en oeuvre de l’accord UE-Turquie, selon directeur policier Dimitris Amoutzias.

«Les nouveaux sont enregistrés comme d’habitude. Nous ne savons pas encore comment l’accord de retour va être appliqué», a-t-il affirmé à l’AFP.

Le porte-parole, du SOMP, Giorgos Kyritsis, avait reconnu samedi que les modalités pratiques n’étaient pas encore en place, alors que le pays attend 2300 experts étrangers promis en renfort par ses partenaires européens.

Jusque là, Paris et Berlin ont offert jusqu’à 600 policiers et experts de l’asile, tandis que la Roumanie s’est engagée dimanche à envoyer 70 experts et deux embarcations de patrouille.

«Ne pas rester en Turquie»

La chancelière allemande Angela Merkel a avancé la date du 4 avril pour les premiers renvois, ce que la Grèce n’a toujours pas confirmé.

En Turquie, pays qui s’est engagé à réduire les départs de migrants à partir de ses côtes en échange d’un soutien financier et politique européen, la police portuaire a annoncé dimanche l’arrestation la veille de 210 partants.

Mais Gatan, un Syrien voyageant avec sa femme et leurs deux enfants arrivés à Lesbos dimanche, a lui échappé à ces arrestations.

«En Turquie on nous a dit de ne pas aller en Grèce, que désormais on risquait d’être arrêtés par la police», a-t-il affirmé à l’AFP. Mais «nous ne pouvons pas rester en Turquie. Nous voulons aller en Allemagne ou en France, peu importe».

Les autorités grecques peinaient aussi toujours à convaincre les exilés arrivés avant dimanche et bloqués sur son territoire par la fermeture de la route des Balkans — quelque 47 500 personnes — de gagner les centres d’accueil.

Ceux d’entre eux qui ne seront pas déboutés comme migrants économiques doivent être répartis dans l’UE.

À Lesbos, ils restaient méfiants: un traversier spécialement affrété pour les conduire sur le continent n’est parti dimanche avec 24 heures de retard qu’à moitié plein, avec 1400 personnes à bord.

Quatre traversiers ont été mobilisés pour poursuivre ces évacuations visant à faire de la place sur les îles aux nouveaux arrivants voués aux renvois en Turquie, a indiqué la police portuaire.

À la frontière avec la Macédoine, des migrants continuaient aussi dimanche d’affluer dans l’espoir de se frayer un passage dans le camp d’Idomeni, où s’entassent quelque 12 000 personnes.

Contesté par les organisations humanitaires, l’accord UE-Turquie est censé fermer la route égéenne, empruntée par près de 150 000 personnes depuis le début de l’année, et 850 000 en 2015, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

En contrepartie, les Européens se sont engagés, pour chaque Syrien renvoyé,  à «réinstaller» dans l’UE un autre Syrien depuis la Turquie, à hauteur de 72 000 places.

Ce mécanisme va requérir selon la Commission européenne la mobilisation de 4000 agents, pour un budget estimé à 280 millions d’euros sur les six prochains mois.

A Lesbos, l’accord UE-Turquie se met en place, avec des points d’interrogation

AFP-Publié le 21/03/2016

L’accord UE-Turquie sur le renvoi des migrants se mettait en place peu à peu lundi sur l’île grecque de Lesbos, principale porte d’entrée en UE depuis la Turquie, où les autorités tentent de faire cohabiter l’ancien système et le nouveau.

Tous les migrants arrivés depuis dimanche seront renvoyés en Turquie si leur éventuelle demande d’asile n’est pas acceptée. La procédure est loin d’être en place, en particulier parce que 4.000 agents et experts de Grèce et du reste de l’Europe doivent venir la mettre en oeuvre.

“Ce ne sera pas une affaire facile”, a convenu le Premier ministre grec Alexis Tsipras.

En attendant, les Grecs ont commencé à séparer, sur leurs îles situées face à la Turquie, ceux qui sont arrivés avant et après dimanche, les derniers tombant sous le coup de la nouvelle règle.

Ainsi, le camp d’enregistrement de Moria est désormais “un lieu fermé”, remarque Boris Cheshirkov, porte-parole à Lesbos du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), surveillé par des fourgons de police, duquel les nouveaux arrivants ne sont plus autorisés à sortir, en attendant l’examen de leur cas.

Quand? “Nous ne savons pas exactement quand arriveront les renforts européens”, soupire un agent français de Frontex, l’agence de surveillance des frontières européennes.

Dans ce camp que “nous avons tellement travaillé pour construire”, déplore Boris Cheshirkov, le HCR va désormais simplement maintenir une mission “d’observation et de conseil” pour repérer les cas les plus vulnérables.

Pour l’instant “il n’y a pas de changement significatif d’attitude” de la part des migrants désormais coincés à Moria, relève-t-il.

– “Une fois embarqués” –

Mais eux ont un peu plus d’options. Mohammed, un Syrien d?Alep accompagné de sa femme et de son fils de 2 ans, discute ainsi devant le camp de Moria avec un membre de l’ONG grecque “Praxis”.

“Ils doivent être relogés dans une chambre d’hôtel à Mytilène”, la capitale de Lesbos, explique le volontaire, “avant de prendre le ferry pour le continent” et un des nombreux camps montés à la hâte par l’armée grecque.

A moins qu’ils n’aillent grossir les rangs des quelque 13.000 personnes qui attendent l’hypothétique ouverture de la frontière macédonienne à Idomeni, dans des conditions misérables.

D’autres, parmi ces migrants arrivés à Lesbos avant le 20 mars, vont aller plutôt quelque temps dans le centre d’accueil de Kara Tepe, un autre camp de Lesbos.

Des migrants originaires du Pakistan attendent au camp pour migrants de Moria, sur l’île de Lesbos le 21 mars 2016. Photo: STR AFP. 

Pour Stavros Miroyiannis, le responsable de ce camp, “ils n’en partiront pas avant une ou deux semaines car certains n?ont pas d?argent pour acheter de billets de ferry. Ou bien, ils n’ont pas envie de partir par crainte de ce qui va leur arriver une fois embarqués sur le ferry…”. C’est-à-dire d’être ramenés de force en Turquie, même si cette crainte relève certainement du fantasme pour ceux tombés du bon côté du calendrier.

Boris Cheshirkov s’inquiète : “l’accord a été prématurément appliqué, la Grèce n’a pas la capacité de faire face à toutes les demandes d’asile”.

“L’arrivée de renforts est indispensable, d’autant que tous les migrants, même ceux qui n’ont aucune chance d’obtenir l’asile, vont essayer de tenter leur chance pour retarder leur expulsion”, pronostique un policier du camp de Moria.

C’est le cas de Noman, un Pakistanais de 22 ans, même si sa nationalité est rarement éligible à l’asile : “Au Pakistan je fais partie d’une minorité chrétienne et ma vie est aussi menacée”, avance-t-il.

L’accord signé vendredi à Bruxelles prévoit le renvoi systématique de tous ceux, arrivés en Grèce après le 20 mars, dont la demande d’asile aura été refusée. Et que pour chaque Syrien renvoyé en Turquie, un autre Syrien soit “réinstallé” dans l’UE, à hauteur de 72.000 places.